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Cambodge : ouverture du procès du médecin accusé d’avoir transmis le sida à un village entier

Le procès d’un médecin non agréé, accusé de meurtre pour avoir contaminé par le virus du SIDA plus de 270 villageois, s’est ouvert le 20 octobre dernier au tribunal de Battambang.

Dans la salle d’audience ce mardi 20 octobre matin, Yem Chrin a refusé la responsabilité de l’épidémie qui a touché la commune de Roka dans la région de Sangke en décembre dernier. Il a affirmé ne pas avoir utilisé de seringues usagées, comme l’accuse les plaignants. Au village, dix villageois infectés sont morts depuis.

S’il est condamné pour meurtre aggravé selon l’article 205 du code pénal, M. Chrin risque la prison à perpétuité. Le médecin de 56 ans, sans diplôme, est aussi accusé de pratique de la chirurgie sans licence et d’avoir intentionnellement inoculé le virus du SIDA.

Lors des questions du juge Yich Chheanavy – qui a interdit aux journalistes de rentrer dans la salle d’audience avec des carnets et des stylos – et du procureur adjoint Heng Luy, M. Chrin a dit ne pas savoir comment tant de gens ont été infectés par le virus du SIDA. Alors que le médecin reconnaît avoir réutilisé des seringues et des aiguilles à son retour d’un camp de refugiés le long de la frontière thaïlandaise en 1993, il dit aussi qu’il a mit un terme à cette pratique en 1997 ou 1998, quand les équipements médicaux sont devenus plus facilement disponibles.

En réponse, le procureur adjoint a indiqué que cette défense n’était « pas raisonnable », citant les réponses données à la Police par M. Chrin au cours de son interrogatoire de décembre. M. Chrin avait alors admis un manque de soin dans l’administration des injections auprès du chef adjoint de la police criminelle de la province Seng Luch. Selon ce dernier, « Il (le médecin) a dit qu’il changeait les aiguilles mais parfois pas les seringues ». Le Procureur adjoint a également présenté comme preuve la sacoche médicale de M. Chrin, indiquant à la cour que les enquêteurs y ont trouvé des seringues inutilisées et des seringues usagées, toutes mélangées dans une des poches. À la question de savoir s’il gardait les nouvelles seringues et les seringues usagées ensemble, le médecin est resté silencieux.

Approché plus tard dans le Palais de justice, le procureur adjoint n’a pas souhaité commenter l’affaire, indiquant seulement que le procès allait durer encore quatre jours. En plus de M. Chrin, huit villageois infectés ont aussi témoigné devant la cour ce mardi, la plupart indiquant avoir donné leur confiance à l’accusé à cause de ses connaissances médicales.

Plus de 100 villageois contaminés ont porté plainte contre M. Chrin. Chum Phorn, 73 ans, a indiqué à la cour qu’elle et son mari, qui a témoigné plus tard dans la journée, ont tous deux été testés positifs au virus du SIDA après des visites chez M. Chrim, précisant qu’il était le seul docteur à l’avoir toujours soignée. Elle est convaincue que Monsieur Chrin l’a contaminée mais elle ne sait pas comment cela a pu arriver et n’a jamais ressenti le besoin de surveiller ses pratiques. Si son mari demande une compensation financière de la part Monsieur Chrin, elle demande seulement que l’accusé lui donne de quoi se nourrir jusqu’à sa mort.

Loeum Lorm, 52 ans, le premier homme de Roka à avoir été testé positif, a expliqué à la cour que M. Chrin l’avait soigné durant les 2 années avant l’épidémie. À l’inverse de Madame Phorn, il déclare avoir été témoin de la négligence de son médecin. Contacté plus tard dans la journée, il a affirmé avoir vu le médecin réutiliser des seringues alors qu’il le traitait pour des douleurs à l’estomac : « J’ai suspecté Yem Chrin d’avoir contaminé les gens avec le virus du SIDA quand il a utilisé une seringue pour me faire une injection et que l’emballage plastique de celle-ci était déjà ouvert » dit-il, ajoutant que depuis qu’il a contracté le virus du SIDA, il a dû vendre 10 vaches pour payer son traitement : « Ma femme, ma fille, mon gendre, mon beau-père, deux nièces et moi sommes infectés par le virus. Tous étaient soignés par Yem Chrin ».

Dans une interview en dehors du palais de justice, après le départ de son mari pour la prison, l’épouse du médecin, Youm Chenda, 45 ans, a réaffirmé son assurance de l’innocence de son mari. « Il n’a pas infecté ces gens avec le virus du SIDA », dit madame Chenda, ajoutant qu’elle et ses quatre filles vivent maintenant avec leur nièce à Battambang par peur des représailles des habitant de Roka. Entourée dans membres de sa famille, certains en pleurs, elle clame aux habitants qui accusent son mari qu’ils sont motivés par la perspective d’une compensation.

« Beaucoup de villageois n’ont pas de vrai travail à Roka – ils se suivent les uns les autres, un par un, accusant mon mari (…). Il ne se disputait jamais avec personne au village. Il a soigné les villageois pendant très longtemps. La plupart des gens l’aimait avant que cela n’arrive ! »

Traduction : Marie-Estelle Piard
Source (Khy Sovuthy et Anthony Jensen / The Cambodia Daily) : Unlicensed Medic on Trial Over HIV Outbreak

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