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Pêche illégale en Thaïlande : le plan d’urgence suffira-t-il à éviter le carton rouge de l’UE ?

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Cet article signé Richard Werly (texte et photos), vous est offert par le mensuel Gavroche dans le cadre d’un partenariat avec AlterAsia.

La menace de sanctions européennes sur les produits de la mer a poussé les autorités thaïlandaises à réagir et à annoncer un plan d’urgence de lutte contre la pèche illégale. Problème : la mise en oeuvre des nouvelles mesures restait hypothétique alors qu’une nouvelle mission européenne d’experts du secteur de la pèche était attendue dans le royaume mi-octobre.

Cinq lettres sont supposées avoir changé la donne, en Thaïlande, dans le secteur si important de la pêche et de l’exploitation des ressources marines. Créé à l’automne 2014, le Command Center for Combatting Illegal Fishing (ou CCIF – Centre de commandement pour la lutte contre la pèche illégale) est désormais chargé d’éclaircir un ciel devenu bien nuageux au dessus de la Mer d’Andaman et du Golfe de Siam. La méthode est connue, et elle ressemble à celle adoptée pour la gestion du pays en général depuis le coup d’Etat militaire de mai 2014 : une structure dirigée par la Marine royale, donc par une brochette d’amiraux, pour superviser les travaux et l’action de toutes les administrations civiles concernées, à commencer par le puissant et très bureaucratique Department of Fisheries, dont le quartier général se trouve sur le campus de l’université agricole Kasetsart à Bangkok.

Raisonnement simple : ce secteur économique crucial pour l’économie du royaume – près de 500 000 employés au sens large, 2 500 entreprises de transformation et de conserverie, 13 000 navires enregistrés – doit être d’urgence remis en ordre. Et seule l’armée est en mesure d’y parvenir dans les délais imposés par les pressions internationales.
Car le temps presse.

Surtout depuis qu’en avril 2015, l’Union européenne a brandi son « carton jaune », plaçant la Thaïlande sur la liste des pays en contravention problématique avec les normes indispensables pour accéder au grand marché communautaire. Un énorme pavé dans une mare très rentable pour quelques-uns des conglomérats agro-alimentaires les plus en vue du pays : Charoen Pokphand, Thai Union Frozen Products (numéro un mondial de la conserverie de thons et propriétaire de Mer Alliance, basée à Quimper), Siam Canadian Foods… Avec, dans la liste des griefs européens, une série de questions qui fâchent : traçabilité des produits de la pèche, chalutage illégal, destruction d’espèces protégées et recours massif à la main d’oeuvre clandestine cambodgienne et birmane sur les chalutiers. « La question du droit du travail dans le secteur de la pêche en Thaïlande justifie, à elle seule, de le mettre sous surveillance », lâche, en avril, la porte parole de la Commission européenne Maja Kocijancic, alors que la Marine thaïlandaise se débat devant les caméras du monde entier face aux accusations d’abandon en mer des migrants rohingyas.

Une décision capitale

L’échéancier à venir est en plus serré. Du 10 au 15 octobre, une nouvelle mission européenne d’experts du secteur de la pêche était attendue dans le royaume, où les responsables du CCCIF entendaient démontrer que les mesures tant attendues ont enfin été mises en place. Un rapport s’ensuivra en novembre, sur la base duquel la DG Mare, l’organe de la commission chargée de ces questions, et le Parlement européen, discuteront des nouvelles mesures à prendre. Avec deux scénarios possibles : le maintien du carton jaune pour une période donnée durant laquelle la Thaïlande sera priée de poursuivre ses réformes et d’en apporter la preuve, ou le redouté carton rouge, synonyme de sanctions commerciales et de millions de tonnes de conserves siamoises en rade dans les ports de l’UE. « Economiquement, ce serait sans doute l’un des coups les plus rudes portés à notre commerce extérieur depuis longtemps », déplore Waraporn Prompoj, directrice adjointe du Department of Fisheries.

Résultat : le réveil brutal d’un secteur dominé par de puissants intérêts commerciaux, des campagnes de publicité tous azimuts – y compris une pleine page dans les colonnes du Monde et The Economist – pour vanter les mesures prises par Bangkok pour lutter contre la pêche illégale (IUU Fishing) et surtout la production à grande vitesse d’un nouveau cadre législatif incluant des contrôles dans les ports, l’enregistrement des navires (plus de trois mille bateaux non enregistrés sont désormais prohibés affirme le CCIF), la distribution de permis de travail temporaires aux équipages, et la certification sanitaire de toutes les entreprises d’exportation vers l’UE. Preuve de ce branle-bas de combat : toutes les ambassades de Thaïlande en Europe ont été priées de bien mettre en évidence sur leur site internet le nouveau Thai Fisheries ACT et la feuille de route (roadmap) adoptée en janvier 2015 pour remplacer le cadre légal précédent qui datait… de 1947 ! Tout, de la taille des filets autorisés à la surveillance phyto-sanitaire des produits de la pêche a été passé au crible. Une conférence a été organisée en juillet à Samut Sakorn, l’un des principaux centres de transformation des produits de la mer, pour présenter l’éventail des mesures. Un diplomate européen en poste à Bangkok y était convié : « Ils ont fait un ravalement complet, explique-t-il. Mais c’est justement là que le bât blesse.

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