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Indonésie : les conditions de vie des homosexuels se durcissent en Aceh

Charia_Aceh

L’arrestation de deux jeunes femmes pour une étreinte constitue un signe inquiétant de la montée de la religiosité et du conservatisme en Indonésie.

Alors même que 12 agences de l’ONU appelaient les États à mettre un terme aux violences et à la discrimination faites aux personnes homosexuelles, lesbiennes, bisexuelles, transgenres et intersexuées, deux jeunes femmes ont été arrêtées dans la province d’Aceh, dans le nord-ouest de l’Indonésie, car elles sont suspectées d’être d’homosexuelles. Leur crime ? S’être assises l’une à côté de l’autre et étreintes en public. De plus, elles seraient en possession sur leur téléphone portable de photos incriminantes de leur relation.

Basé sur la charia, ou loi islamique, le code pénal de la province d’Aceh proscrit les relations et rapports sexuels entre personnes de même sexe et prévoit pour ces délits une peine de 100 coups de fouet, assortie de 100 mois de prison. Il semble toutefois que les deux femmes, âgées de 18 et 19 ans, s’en soient “plutôt bien tirées”. Selon la police, elles suivront simplement un programme de « réhabilitation » mené par le bureau local du ministère social. Malheureusement, il est difficile de savoir de quoi se compose exactement ce programme. Ce qui s’est passé pendant leurs quatre jours d’interrogatoire n’est pas très clair non plus. Lors des arrestations précédentes de couples hétérosexuels, la police de la charia (Wilayatul Hisbah) procédait généralement à des « tests de virginité » sur les femmes. Il est possible que des tests semblables aient été effectués sur les deux femmes en question ; mais cela semble peu probable parce que ni la police, ni la police de la charia ne savent vraiment comment les lesbiennes font l’amour.

Aceh est la seule province d’Indonésie autorisée par les autorités nationales à édicter des arrêtés en relation avec la charia. Ce territoire bénéficie depuis 1999 d’un statut spécial, introduit dans le cadre d’un accord de paix avec Gerakan Aceh Merdeka (GAM ou Mouvement pour l’Aceh libre). Ces arrêtés s’appliquent aux résidents et aux visiteurs de la province quelle que soit leur religion, ce qui est à l’origine de nombreuses controverses. Le code pénal et les arrêtés d’Aceh ne concernent pas que les relations entre personnes de même sexe. Ils s’appliquent également aux zina (toutes les relations sexuelles hors mariage), aux khalwat (« comportement indécent »), aux jeux d’argent et au non-respect des prières du vendredi.

Selon Graeme Reid, directeur du programme des droits LGBT à Human Rights Watch, « l’arrestation de deux femmes à Aceh pour un geste somme toute très anodin est la démonstration d’un abus de pouvoir révoltant de la part de la police et doit être considérée comme une menace pour tous les Indonésiens. Il est temps que les autorités indonésiennes fassent pression sur Aceh pour qu’elle abroge ses nouveaux arrêtés discriminatoires. »

Il est très inquiétant que des femmes soient accusées d’homosexualité simplement pour s’être étreintes en public. Ces deux femmes ne sont encore que des adolescentes! Toutes les jeunes filles devront-elles à l’avenir recevoir une aide psychologique et une rééducation si elles serrent leurs amies dans leurs bras? Pourquoi une étreinte est-elle considérée comme un acte sexuel plutôt que comme une manifestation d’amitié? Je n’ose imaginer ce qu’un officier de police d’Aceh pourrait penser des amitiés entre adolescentes en Australie, où les jeunes filles s’étreignent, se coiffent mutuellement et s’étendent pêle-mêle sur les pelouses de leur école.

Que l’on soit hétéro, homo, bi ou quelque part entre tout ça, tout le monde devrait pouvoir embrasser ses amis. Et son(sa) petit(e) ami(e), d’ailleurs. Cette arrestation de deux femmes pour une étreinte démontre le degré de contrôle que les hautes autorités de la province veulent avoir sur la sexualité de leurs concitoyens. C’est un signe inquiétant supplémentaire de la montée de la religiosité et du conservatisme dans la province d’Aceh.

Traduction : Cindy Presne
Source (Kate Walton*/New Mandala) : Lesbianism and Detention in Aceh
Photo : Un affichage des lois de la charia en Indonésie. Johanes_r_prakoso / Foter

*Kate Walton œuvre pour les droits et la santé des femmes en Indonésie.

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