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Indonésie : les multinationales en colère

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Depuis juillet dernier, une loi oblige les multinationales à suivre le principe : engager dix travailleurs locaux pour un étranger. Une loi qui contredit les aspirations du président Joko Widodo à attirer davantage d’investissements étrangers pour son pays.

Un homme d’affaires occidental s’emporte : « Sur un marché du travail de plus de 100 millions de personnes, le ministère du Travail a recensé 54 000 travailleurs étrangers, un chiffre en baisse de 30% par rapport à 2012. Parmi eux, 13 000 sont des Chinois. Nous sommes tous très en colère. Tout ceci est tellement stupide que je peux à peine respirer ! ». L’homme d’affaires ajoute que les Indonésiens « exigent dorénavant que les dirigeants étrangers des entreprises indonésiennes obtiennent des permis de travail même s’ils ne vivent pas en Indonésie et qu’ils n’ont pas l’intention d’y vivre. Cela semble aussi concerner les entreprises indonésiennes appartenant à des étrangers », ajoute-t-il. Une démarche qui en général nécessite plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Le personnel étranger a également besoin de visas de travail en avance pour être autorisé à participer à des réunions, à effectuer des formations ou à se rendre en Indonésie en urgence.

Dans un effort apparent de calmer les craintes de la communauté internationale concernée par ce problème, Ruwiyono Septy Preharso, le responsable de la section des permis du travail du ministère du Travail, a organisé un séminaire à destination des hommes d’affaires étrangers. Il en a profité pour expliquer que cette régulation ne signifie pas pour les entreprises qu’elles doivent embaucher dix Indonésiens pour occuper les mêmes fonctions ni avoir les mêmes capacités que les expatriés. « Il ne faut pas vous inquiéter » a-t-il a confié à Bloomberg. Les quotas peuvent être remplis en employant du personnel peu qualifié pour occuper des tâches subalternes. Il n’est pas obligatoire de recruter des travailles à temps plein, même si c’est préférable ».

Alors que les multinationales sont furieuses et menacent de limiter leurs activités dans le pays, le président Jokowi se rendra à Washington et sur la côte Ouest des États-Unis à la mi-octobre pour trouver des investisseurs étrangers. Dans un contexte où la croissance du pays a atteint son niveau le plus faible depuis 2009 (+4,67%), l’Indonésie a besoin d’investissements extérieurs pour relancer son économie.

Chômage en hausse

Selon les statistiques de la Banque mondiale l’Indonésie se trouve seulement au 114è rang mondial du classement World Bank’s Doing Business Report pour l’année 2015. D’après un rapport de Banco Santander « le renforcement de la stabilité économique et politique a fait disparaître certains risques et amélioré l’atmosphère globale du marché. Cependant, certains obstacles persistent : la hausse du coût du crédit, le climat morose pour les investissements, des régulations imprévisibles et excessives, la qualité médiocre des infrastructures, le contrôle du risque terroriste et un haut niveau de corruption ».

Alors que des officiels ont rapidement levé des barrières pour certaines entreprises américaines qui ont indiqué leur volonté d’augmenter leurs investissements si les conditions s’améliorent, d’autres bureaucrates continuent d’envoyer des signaux contradictoires. Preuve de l’engagement personnel du président, celui-ci a convoqué l’ensemble de son cabinet pour un cycle de réunions de trois jours à Bogor pour s’attaquer à la bureaucratie. Il a par la suite dévoilé une liste de 89 mesures révisées afin de simplifier l’obtention des autorisations d’affaires et de lutter contre la bureaucratie de manière générale.

La loi sur les permis de travail ne fait apparemment pas partie de ces mesures, probablement à cause du poids des très influentes organisations syndicales qui ont rappelé que le chômage a augmenté, pour atteindre 5,81% début octobre. Le ministre du Travail Tom Lembong, un ancien financier, a confié à Bloomberg que les restrictions sur les permis de travail pour les étrangers et la règle des quotas sont de « gros problèmes » créés par des bureaucrates. « Chaque étranger venant travailler ici crée en réalité entre trois et douze emplois » avait-il déjà dit au mois de septembre. « Vous devez bien comprendre que cela ne vient pas du président ».

Selon l’Investment Coordinating Board, les entreprises étrangères qui ont le plus investi en Indonésie en 2014 sont : Singapour, le Japon, la Malaisie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, les États-Unis et la Corée du Sud. Cependant les investissements chinois augmentent très rapidement. Bien que les détails ne soient pas connus, la Chine est engagée dans la plupart des infrastructures à rénover. Récemment elle a signé un contrat pour mettre en place un train rapide entre Jakarta et Bogor, où se situe la plupart de la production textile du pays. Des médias locaux dénoncent cependant le fait que les industries et les infrastructures que les Chinois sont en train de construire sont réalisées par une « invasion » de travailleurs chinois venus de Chine.

Traduction : François Vézier
Source (Asia Sentinel) : Jakarta Tries to Soothe Angry Multinationals Visas
Photo : Luke, Ma / Flickr

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