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Le triste état de l’agriculture en Malaisie

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En Malaisie, le secteur agricole fait les frais d’une mauvaise gestion publique.

Durant les trente dernières années, la Malaisie est devenue un pays à revenu intermédiaire, passant du statut de producteur de minerais et de produits de base à une économie multisectorielle. Selon les statistiques officielles, en 1970 l’agriculture représentait 28,8% du PIB national contre seulement 9,33% en 2013. Toutefois, dans certains Etats comme Perlis, Kelantan et Sabah, l’agriculture représente encore 20 à 30% de l’activité économique. L’emploi dans le secteur a diminué de 13% de la population active en 2007 à seulement 9,3% en 2014, mais 66% des personnes qui travaillent dans le secteur agricole sont âgées de plus de 50 ans et les plantations emploient principalement des travailleurs étrangers, qui rapportent peu de revenus aux communautés locales.

Mais le secteur agricole du pays se caractérise par des erreurs qui ont coûté cher à différents niveaux : sécurité alimentaire ; développement rural, communautaire et régional ; emploi… tout en passant à côté des opportunités de l’industrie agro-alimentaire. On peut difficilement dire que les communautés locales ont tiré profit de la présence des GLC [Government Linked Companies : groupes dont l’Etat est actionnaire majoritaire]. Pourtant, les gouvernements des Etats de Malaisie se sont empressés de leur transférer des terres domaniales, sans aucune transparence.

La promotion d’un mode de culture industriel dans les années 1960 a également réduit la biodiversité. Même les organismes comme la Federal Land Development Authority (FELDA) et la Federal Land Consolidation Authority (FELCRA) ont écarté les cultures vivrières génératrices de liquidités au profit de l’huile de palme et du caoutchouc, qui promettaient des retours sur investissement plus élevés, avec un moindre effort de commercialisation. Aujourd’hui la forêt vierge continue d’être détruite pour faire de la place à des plantations de palmiers où les GLC réalisent des profits colossaux, en remplacement des cultures d’habitations privées ou d’établissements industriels.

Des considérations politiques ont aussi dominé l’investissement et la recherche. Les sociétés publiques ont reçu des financements généreux dans des domaines où cela n’avait souvent aucun sens, ce qui a entraîné le gaspillage de millions de dollars, notamment en « voyages d’études », et a laissé une série de programmes au point mort.

Le secteur connaît enfin plusieurs freins, tels que de mauvaises infrastructures de base, un accès insuffisant à l’irrigation et aux routes, le faible niveau d’éducation de la majorité des petits exploitants, l’exploitation des petits producteurs par les semenciers, l’attitude condescendante de l’administration vis-à-vis des producteurs.

Une planification qui ignore la dimension locale

Les orientations agricoles ont été définies par une série de plans à cinq ans. Chaque fois, les élites politiques et bureaucratiques présentent des prévisions optimistes, en organisant de véritables cérémonies lors de la signature de projets plus ou moins aboutis. Une partie du problème est que ces élites voient trop grand : par exemple, le ministre de l’Agriculture dresse une liste des agro-industries qui constituent des priorités nationales. L’Institut de recherche et de développement agricole (MARDI) et l’Institut de recherche forestière (FRIM) limitent leurs activités à ces priorités, sans explorer les cultures nécessaires pour stimuler la croissance au niveau local. De ce fait, les efforts de recherche profitent à peu de communautés, qui restent aujourd’hui encore dans une situation de pauvreté relative, surtout dans les Etats majoritairement agricoles comme Perlis, Kelantan, Sabah et le Sarawak. Et des institutions comme MARDI et FRIM n’ont plus qu’une fonction de prestige.

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