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Cambodge : un village flottant expulsé du Tonlé Sap

Kompong_Chhnang_cambodge

Le gouvernement de Kampong Chhnang expulse plus de 1000 familles qui habitent les villages flottants sur la rivière Tonle Sap dans le cadre d’un programme quinquennal pour embellir les berges. Quid de leur réinstallation?

Selon le gouverneur adjoint de la province en charge de l’expulsion, Sun Sovannarith, les autorités ont informé, début octobre, les résidents des villages flottants de leur déménagement imminent. Il explique que déplacer les familles vers un nouveau site, 3 km plus loin sur la rivière, est nécessaire pour améliorer l’image de Kompong Chhnang et renforcer son modeste secteur touristique : « Nous avons un plan directeur quinquennal de 2015 à 2019 pour développer la ville de Kompong Chhnang, donc nous agissons conformément à ce plan (…). La raison pour laquelle nous devons les déplacer est que cet endroit est la vitrine de la province de Kompong Chhnang et surtout celui de la ville de Kompong Chhnang ». Avant d’ajouter que « dans le passé, les gens ont toujours critiqué les autorités pour l’absence de développement, le désordre et le manque d’animations (…). Nous allons travailler dur pour améliorer l’environnement de cette zone. Nous allons aménager un parc le long du fleuve pour que les gens puissent faire de l’exercice physique et aient de jolis points de vue.

Selon lui, les familles Khmères, Cham et Vietnamiennes qui habitent les 1486 maisons déménageront entre le 15 et le 25 octobre et environ 90% des familles auraient accepté de se déplacer. Les 1486 maisons flottantes pourraient ensuite demeurer dans leur nouvel emplacement pour une période de 2 ans, pendant que les autorités provinciales iront repérer un terrain pour les réinstaller de manière définitive.

Cependant, Nguyen Yon Mas, un représentant de quelque 800 à 900 familles de la minorité vietnamienne qui vivaient vivant dans ces villages, a déclaré que la plupart d’entre elles avaient vécu ici depuis la chute du régime des Khmers rouges en 1979, et qu’elles voulaient rester. Selon lui, tous les habitants ont déjà navigué vers le nouvel emplacement, à l’exception d’environ 200 familles vietnamiennes : « Ils nous forcent à nous déplacer loin. Cela va sérieusement affecter les moyens de subsistance des familles pauvres. Ils nous poussent à environ 5 km de l’ancien emplacement».

Il explique également que si certains villageois qui avaient déjà une terre sur le rivage pouvaient simplement y vivre, la situation est plus compliquée pour ceux qui n’ont pas. Ces derniers s’inquiètent d’être mis de côté par les autorités, qui ne leur offrent que de vagues promesses de réinstallation permanente : « Pour les gens qui ont plusieurs terres dans les villages, ça importe peu. Mais nous sommes préoccupés par les gens qui n’ont rien. Si les autorités leur ordonnent de partir … où peuvent-ils aller ? ».

Une large majorité de familles vietnamiennes

Concernant le nouveau site de réinstallation temporaire, l’emplacement est loin d’être idéal pour un village flottant d’après M. Mas, à la fois pour des raisons économiques et de sécurité. « L’ancien emplacement était sûr, parce qu’il y avait beaucoup d’arbres qui l’entouraient, mais le nouveau site en est dépourvu. Si une grosse tempête survient, nous devrons faire face à une catastrophe majeure (…). Dans ce nouvel emplacement, c’est difficile parce qu’il n’y a ni électricité ni eau potable et il est éloigné du marché. Ce sera difficile pour nos familles de se déplacer pour vendre du poisson ».

Toth Kimsroy, coordinateur provincial de l’Organisation des droits des minorités, soutient le principe de l’expulsion en raison de la pollution dont certains villageois étaient responsables. « Nous saluons l’action des autorités, parce que ces personnes empoisonnent la rivière et l’environnement avec leurs activités, telles que le chargement des batteries et la réparation des machines ». Toutefois, selon lui, les autorités devraient être plus dynamiques dans la recherche de terres pour les villageois, au lieu d’espérer que les villageois se déplacent par eux-mêmes avant l’échéance de deux ans. Il estime que 80% des habitants des villages flottants dans la ville de Kompong Chhnang sont Vietnamiens, la plupart arrivés au Cambodge entre 1979 et 1983 et seulement quelques-uns auraient obtenu la nationalité cambodgienne.

Mou Sron, un homme khmer de 54 ans qui vit sur le fleuve depuis 1980, n’a pas encore quitté le site parce qu’il ne sait pas bien comment déplacer la porcherie sophistiquée qu’il a mise en place. « Récemment, les autorités sont venues nous dire de partir, mais je suis un citoyen cambodgien et ma famille a vécu dans cette zone depuis 1980. Les Vietnamiens ont rapidement accepté de partir car ils ont des maisons flottantes, mais pour ma famille c’est plus difficile car je fais de l’élevage de cochons ». Une partie de sa porcherie est sur terre pour que les porcs mangent et dorment, mais une autre partie se prolonge au-dessus de l’eau afin de leur permettre de déféquer proprement. Une telle structure aurait du mal à flotter, justifie-t-il.

Traduction : Elodie Prenant
Source (Ben Sokhean/The Cambodia Daily) : On Tonle Sap Vietnamese families face mass eviction
Photo : FrankBoyd/Flickr

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