AlterAsia

Société

Aux Philippines, la malnutrition des enfants reste élevée malgré la baisse de la pauvreté

enfants_philippines
Les Philippines figurent au neuvième rang des pays dont les enfants ont un retard de croissance. Une étude de Save The Children indique que le pays est tombé à des niveaux “subsahariens” de malnutrition.

MANILLE – Abdul, 3 ans, est né avec une paralysie cérébrale qui affecte ses mouvements et ses capacités motrices. Contrairement aux autres enfants de son âge, Abdul ne peut pas se déplacer et jouer avec d’autres enfants. Également sévèrement sous-alimenté, il ne pèse que 3,6 kg – presque le poids d’un nourrisson.

Une étude réalisée aux Philippines par l’Organisation non gouvernementale Save the Children, Sizing Up the Stunting and Child Malnutrition Problem in the Philippines (Évaluer le retard de croissance et la malnutrition infantile aux Philippines) confirme que la malnutrition chez les enfants est toujours répandue aux Philippines, en particulier dans les communautés pauvres. Abdul fait partie des enfants présentés dans cette étude.

Au moins un enfant philippin sur trois souffre de retard de croissance, un indicateur de malnutrition chronique, indique Save the Children. Les Philippines sont classées à la 9è place des pays ayant le nombre le plus élevé d’enfants en retard de croissance et au 10è rang des pays avec le plus fort taux d’émaciation, devant des pays d’Afrique comme la Tanzanie, l’Egypte, le Kenya, l’Ouganda et le Soudan. Ned Olney, directeur de Save The Children aux Philippines, note ainsi une chute à des niveaux subsahariens de la malnutrition aux Philippines malgré les améliorations signalées sur le plan de la pauvreté. Le nombre d’enfants sous-alimentés n’a donc pas significativement baissé en même temps que le niveau de pauvreté, a-t-il expliqué lors du lancement du rapport le 3 septembre dernier.

Un enfant sur trois en retard de croissance

Pour le Dr Armando Parawan, conseiller santé et nutrition de Save the Children, la petite taille des Philippins n’est pas une simple caractéristique génétique mais la conséquence de générations d’enfants rachitiques, trop petits pour leur âge en raison de malnutrition chronique. Il a cité les trois formes de dénutrition : insuffisance pondérale, retard de croissance impactant la taille et émaciation qui affecte le poids et la taille. Retard de croissance et émaciation, explique-t-il, sont des formes sérieuses de malnutrition.

Un enfant présente un retard de croissance quand il n’atteint pas les Normes de croissance de l’enfant définies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pour le Dr Parawan, le retard de croissance résulte de la faim prolongée ou de la malnutrition chronique. Il note que la croissance d’un enfant est entravée s’il y a apport insuffisant de nutriments particuliers. Des infections fréquentes, comme la pneumonie, la diarrhée et la rougeole sont également des facteurs qui ralentissent la croissance et peuvent déboucher sur des retards de croissance. Pour lui, le retard de croissance est très sérieux car il a des conséquences à court et à long terme, telles qu’une altération du développement mental.

Une forme de malnutrition plus sérieuse est l’émaciation. Parawan précise qu’un enfant émacié peut avoir la même taille que des enfants du même âge mais peser moins. « Chez un enfant sévèrement émacié, les organes internes sont détériorés. Ces enfants sont sujets aux infections car leur système immunitaire est également touché ». Il ajoute que les décès parmi les enfants sous-alimentés sont causés par une émaciation sévère.

En 2013, 8% des enfants philippins, soit 769 000, souffraient d’émaciation modérée à sévère. Selon l’OMS, un taux de prévalence de l’émaciation supérieure à 5% est « alarmant compte tenu d’une augmentation parallèle de la mortalité qui devient rapidement évidente ». « S’il n’y a pas de pénurie alimentaire, la prévalence de l’émaciation est habituellement inférieure à 5%, même dans les pays pauvres » mentionne le site internet de l’OMS.

Le rapport note que les provinces de la Région Autonome en Mindanao Musulmane (ARMM), la région la plus pauvre du pays, ont toujours présenté des niveaux critiques de retard de croissance et d’émaciation. Elles enregistrent la prévalence la plus élevée d’insécurité alimentaire avec un taux de 64%. Le rapport attribue le niveau élevé d’insécurité alimentaire de Mindanao au conflit armé récurrent qui a souvent pour conséquence le déplacement et la dislocation des familles. Viennent ensuite le Cotabato du Sud, le Cotabato, Sultan Kudarat, Saranggani et General Santos (SOCCSKSARGEN), avec une prévalence d’émaciation de 36%. Il indique également que, malgré les programmes gouvernementaux pour traiter à la fois le problème de la pauvreté et de la malnutrition et les engagements à réussir les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), la tendance sur les 20 dernières années ne montre qu’une faible amélioration de l’état nutritionnel des enfants. « Les enquêtes nationales sur la nutrition montrent que la prévalence du retard de développement chez les enfants de moins de cinq ans a baissé progressivement, passant de 39% en 1993 à 30% en 2013. ». Le pourcentage des enfants en insuffisance pondérale dans la même classe d’âge a été réduit de 24% à 20% sur la même période de 20 ans.

Des mères sous-alimentées

Chaque année, pas moins de 20 millions d’enfants dans le monde naissent avec un poids insuffisant, « soit car ils sont nés prématurément, soit car ils sont nés à terme mais sont petits en raison du mauvais développement du bébé dans l’utérus. » Le mauvais état nutritionnel de la plupart des mères dans les pays en développement est le résultat des “effets cumulatifs et synergiques” de nombreux facteurs tels que l’accès limité à la nourriture et aux soins médicaux, le rapport de forces dans le foyer, les traditions et les coutumes qui relèguent les besoins des femmes au second plan, les besoins nutritionnels des grossesses précoces et répétées ou de l’allaitement au sein, ainsi que la pratique d’un travail physique. « Dans la plupart des cas, les mères sous-alimentées sont susceptibles de donner naissance à des enfants sous-alimentés », conclut le rapport.

Aux Philippines, l’Enquête nutritionnelle d’actualisation réalisée en 2011* indique qu’une femme enceinte sur quatre risque de donner naissance à des enfants de faible poids et de connaître des complications de grossesse car elle est en insuffisance pondérale ou n’a pas le poids de gestation nécessaire en rapport avec son âge. Selon cette enquête, les mères adolescentes présentent un risque plus élevé de mettre au monde des bébés de poids insuffisant à la naissance : 36% des personnes à risque ont moins de 20 ans, contre 24% pour la tranche d’âge suivante. Un pourcentage équivalent de femmes enceintes à risque sur le plan nutritionnel sont dans leur premier trimestre, soit au moment où le fœtus se développe.

Save The Children rappelle que l’alimentation pendant les 1000 premiers jours de la vie d’un bébé est cruciale pour prévenir l’émaciation, depuis le début de la grossesse de la mère jusqu’au second anniversaire de l’enfant. « Les études ont montré que les enfants qui n’ont pas été en mesure d’atteindre une croissance optimale dans cette fenêtre de 1000 jours sont plus à risque au plan du développement cognitif, ce qui a des conséquences néfastes sur leur performance scolaire, leur participation au monde du travail et leur productivité plus tard. » Son rapport met aussi l’accent sur l’importance de l’allaitement maternel, relevant les évidences empiriques qui identifient les pratiques des soins aux enfants et du mode d’alimentation comme des facteurs contribuant à assurer la croissance et le développement optimum des enfants : « L’Organisation Mondiale de la Santé recommande que les bébés soit exclusivement allaités pendant les premiers six mois et qu’à partir de six mois, on leur donne des aliments variés en complément à l’allaitement maternel». Il ajoute que la mortalité infantile diminue avec l’allaitement maternel immédiat, l’allaitement maternel exclusif pendant six mois, l’introduction d’aliments de complément appropriés au bon moment et le maintien de l’allaitement maternel jusqu’à deux ans. Il relève ainsi une prévalence élevée de retard de croissance parmi les enfants qui n’ont pas été nourris au sein, ont été nourris au sein pendant moins d’un an ou ont été nourris avec des aliments semi-solides de mauvaise qualité. (Lire aussi : Children’s health at risk with low breastfeeding practice).

Faire de l’alimentation une priorité absolue de développement

« La malnutrition – sous toutes ses formes – continue de toucher des millions d’enfants particulièrement dans les pays en développement », poursuit l’ONG. Les Philippines ont été identifiées comme un des pays qui pèse le plus lourd dans le fardeau de la malnutrition. « Il est nécessaire de faire de l’alimentation une priorité absolue de développement aux côtés de questions comme la pauvreté, le changement climatique et la sécurité nationale”, conclut-elle.

La malnutrition compromet le développement des enfants, la croissance économique et la capacité des gens à se sortir de la pauvreté, rappelle Ned Olney. « En luttant simultanément contre la malnutrition infantile et la pauvreté, mais aussi en assurant la sécurité alimentaire, nous contribuons ainsi à préserver et exploiter tout le potentiel de millions d’enfants philippins », conclut-il.

Save the Children a aussi lancé sa campagne contre la malnutrition « Lahat Dapat » (Pas d’enfant laissé à la traine) pour appeler le gouvernement, la société civile et le public à redoubler d’efforts pour réduire la malnutrition, en particulier dans les 1000 premiers jours de la vie de l’enfant.

* Réalisée par l’Institut de recherche sur la nourriture et la nutrition et le Département des sciences et de la technologie.

Télécharger le résumé de l’étudeCombating child malnutrition in the Philippines
Télécharger l’étude complète : Sizing Up the Stunting and Child Malnutrition Problem in the Philippines
Traduction : Edith Disdet
Source (/Bulatlat) : Ph ranks 9th among countries with most stunted children
Photo : Campagne de Save The Children.

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.