AlterAsia

Société civile

Enquête sur le professionnalisme des travailleuses du sexe en Thaïlande (2/2)

prostituées_thailande

Lorsqu’il est question de l’industrie du sexe thaïlandaise, les clients étrangers se réfèrent aux établissements de Soi Cowboy, Nana, Patpong et Pattaya. Bien moins connue, il existe également une industrie du sexe locale qui s’adresse aux Thaïlandais. Rencontre avec Poi-Sian (40 ans), Khem (37 ans), Phikul (38 ans) et Fa (38 ans), prostituées dans ces établissements. Elles nous expliquent leur métier.

En raison du risque élevé lié aux MST dans leur travail quotidien, les prostituées doivent prendre des précautions pour protéger leur corps et assurer ainsi la longévité de leur carrière, leur capacité à mettre de l’argent de côté pour leur retraite et subvenir aux besoins de leur famille.

Comment les travailleuses du sexe se protègent contre les MST

Les Thaïlandais savent que les MST sont des maladies vénériennes qui touchent aussi bien les hommes que les femmes, qu’elles se transmettent par le sang ou le sperme et qu’elles sont plus fréquentes chez les personnes qui ont de multiples partenaires sexuels ou qui n’utilisent pas de protection lors de leurs rapports sexuels.

Pour réduire le risque lié aux MST, certains peuvent pratiquer l’abstinence, limiter leur nombre de partenaires sexuels ou utiliser un préservatif durant l’acte sexuel. Bien entendu, les travailleuses du sexe ne peuvent choisir que la troisième option dans le cadre de leur travail.

Suphap Keawgla, infirmière spécialisée au Bureau de la Santé Publique de la province de Phisanulok, explique comment les prostituées se protègent contre les MST : « À chaque rendez-vous, elles s’assurent que le client porte un préservatif. Elles prennent également soin de leur santé en suivant un régime alimentaire équilibré et en pratiquant une activité sportive régulière. » Elle explique que le Bureau de Santé Publique a reçu un financement international pour déployer son réseau de lutte contre les MST dans les 32 provinces du pays. Ce financement est géré par le Bureau d’Epidémiologie tandis que le Bureau de Santé Publique coordonne le réseau.

La province de Phitsanulok a été sélectionnée pour améliorer la lutte contre les MST. Des agents se déplacent sur le terrain pour informer les travailleuses du sexe à propos des MST et leur distribuer des préservatifs gratuits tous les six mois. Ces activités constituent la première phase du programme.

La seconde phase, également mise en place, consiste à dépister les MST chez les travailleuses du sexe. Toute MST décelée est immédiatement traitée. Les traitements préventifs et curatifs sont opérés de la même manière, en analysant des échantillons sanguins pour le VIH et la syphilis et en réalisant des tests d’urine pour la gonorrhée.

Le coût de participation au programme de prévention des MST est de 2 000 bahts (50 euros) pour une personne, mais les travailleuses du sexe peuvent obtenir un bilan de santé gratuitement. Lorsque les fonds du Bureau d’Epidémiologie sont insuffisants, les bilans de santé effectués sur le terrain sont réduits à une fois par an, au lieu de deux en temps normal.

« Nous devrions donc nous concentrer sur la prévention. En comparaison du coût de traitement des MST qui englobe la commande de tests de sang et d’urine, celui de la distribution de préservatifs et de la diffusion d’informations sur les MST est bien moins élevé. Le coût d’un préservatif n’est que d’1 baht (2 centimes d’euros). Pour diffuser l’information sur les MST, nous n’avons même pas besoin de recruter des spécialistes car nos agents ont déjà l’expertise requise » affirme Suphap.

Poi-sian, qui a généralement du succès auprès des clients, a pu mettre un peu d’argent de côté. Cependant, le port du préservatif est le seul point sur lequel elle ne transige pas. Certains hommes ont parfois eu recours à la violence pour l’obliger à avoir des rapports sexuels sans préservatif. Elle a dû compter sur sa vivacité d’esprit pour se sortir de telles situations. « Il y a eu un client qui ne voulait pas mettre de préservatif. J’ai essayé de le persuader mais il ne voulait rien entendre, a saisi mon bras et m’a poussée sur le lit. J’ai attendu un moment d’inattention pour le pousser du lit et m’enfuir de la chambre. Je dois toujours penser à ma sécurité. Je ne suis plus toute jeune et les symptômes des MST seront plus virulents que si j’étais jeune. Certains clients me proposent même plus d’argent pour des rapports non protégés mais je leur dis que je n’accepterais pas même s’ils m’offraient des millions. Je leur explique que l’argent ne peut pas m’acheter et qu’ils devraient chercher quelqu’un d’autre ».

Phikul prend toutes les précautions nécessaires de santé et de sécurité afin d’assurer la pérennité de sa carrière et sa capacité à subvenir aux besoins de ses deux enfants. Elle affirme obliger le client à porter un préservatif, y compris pendant les préliminaires, et se moque que sa « règle d’or » ne plaise pas à certains clients. « Mes clients doivent porter un préservatif même pendant les préliminaires car c’est une mesure préventive pour ceux qui ne se retiennent pas. Si l’un d’eux me dit être allergique au latex, je fais immédiatement machine arrière ‘alors rentrez à la maison et allez voir votre femme’. Je ne me soucie pas d’être directe avec les clients dans la mesure où porter un préservatif est ma règle d’or ».

Print Friendly

Pages : 1 2 3

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.