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Catastrophes naturelles : quelle réponse de l’ASEAN ?

Nargis_Birmanie_2008

L’Asie du Sud-Est est la région du monde la plus touchée par des catastrophes naturelles. Il a pourtant fallu attendre 2011 pour que l’ASEAN ne mette en place un centre régional de coordination de l’aide humanitaire : l’AHA. Un acteur qui espère aujourd’hui non seulement apporter une réponse humanitaire aux catastrophes régionales, mais aussi au-delà.

Après le tsunami dans l’océan indien en 2004 et le cyclone Nargis qui avait frappé la Birmanie en 2008, l’aide internationale a afflué vers l’Asie du Sud-Est. Arnel Capili, spécialiste des opérations d’urgence au Centre de coordination de l’assistance humanitaire de l’ASEAN (AHA), rappelle que dans ces deux cas le manque de réaction de l’ASEAN a été particulièrement criant : « ces deux événements ont réellement affecté les gouvernements de ces pays membres de l’ASEAN. La question s’est alors posée : mais que fait l’ASEAN ? Les différents pays membres en ont discuté et se sont mis d’accord pour s’entraider au nom de la fraternité entre les pays. »

En 2011, un comité de catastrophe nationale met en place un nouvel acteur régional : l’AHA (Centre de coordination de l’assistance humanitaire). Tous les pays de l’ASEAN en font partie : Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam. Peuplée de 600 millions de personnes, l’Asie du Sud-Est est la région du monde la plus touchée par des catastrophes naturelles, notamment des séismes, des inondations et des cyclones. L’ONU dénombre entre 2004 et 2013 500 désastres d’origine naturelle qui ont coûté la vie à plus de 350 000 personnes. Dans une région qui a connu un développement économique très rapide durant la dernière décennie et qui cumule un PIB de 2,2 trillions d’euros, l’AHA symbolise la prise de conscience que l’Asie du Sud-Est doit se prendre en main.

D’après Arnel Capili, jusqu’ici l’AHA s’est concentré sur de « petites victoires » pour prouver son utilité aux États-membres, notamment en développant une capacité de réaction face aux catastrophes, tout en menant des activités de contrôles et d’analyses.

Quand en 2012 un puissant séisme touche la Birmanie, Arnel Capili participe à l’élaboration d’une réponse, l’une des premières depuis la mise en place de l’AHA. La Birmanie sortait tout juste d’un demi-siècle de régime militaire et d’isolation. C’était depuis longtemps l’un des pays les plus problématiques de la région. Son équipe a été confrontée à un défi de taille : aider un pays très sensible à l’ingérence étrangère et à l’opinion internationale. « Après avoir atterri, nous nous sommes regardés en nous demandant ce que nous allions faire ici. Même mon responsable ne savait pas quoi faire. Nous nous retrouvions face à la problématique de la souveraineté nationale », témoigne-t-il aujourd’hui. Depuis trois ans, une dizaine d’interventions pour des inondations et des cyclones ont été nécessaires, ainsi que des formations destinées aux membres responsables des catastrophes nationales. Récemment l’AHA a été contacté par les responsables birmans pour intervenir dans un contexte d’inondations touchant le pays. Neuf membres de l’AHA, dont six des équipes de réaction d’urgence se sont rendu sur place. Et « les responsables birmans ont accueilli avec chaleur les membres déployés. Ils ont demandé à ce qu’ils restent à leur côté au centre des opérations et leur ont demandé de les aider pour la gestion de l’information et de la communication afin que le reste du monde voit ce qui se passe sur le terrain. »

Le défi le plus important auquel l’AHA a été confronté est le super typhon Haiyan qui a causé la mort de 6 300 personnes aux Philippines. La veille de la catastrophe en novembre 2013 l’AHA a dépêché un expert technicien avec des téléphones satellites et des équipements à Tacloban, la capitale régionale. Quand les communications ont été rompues après le passage de la tempête, le ministre de la Défense a utilisé les téléphones satellites de l’AHA pour informer le président basé à Manille.

À Sabang, sur la côte nord-est de la Malaisie, l’AHA a récemment stocké des réserves de première nécessité en cas de catastrophe : tentes, générateurs et biens basiques pour les familles. Le Centre a également formé 120 personnes de la région pour son équipe d’urgence et d’évaluations. Celle-ci est amenée à augmenter son personnel avec des membres de la société civile, la Croix Rouge, des militaires et du personnel de santé.

Prendre le relais de l’ONU

Avant le tsunami de 2004, plusieurs pays de la région n’avaient pas d’organisme dédié pour faire face à une telle catastrophe. La série d’inondations, de tempêtes et de tremblements de terre a changé la donne. Depuis, le Bureau des Nations Unies pour la coordination humanitaire (OCHA) a coordonné les réponses mondiales dans la région. Mais en juin dernier, l’OCHA a annoncé la réduction de ses opérations dans plusieurs pays d’Asie, en privilégiant l’aide à apporter à l’AHA afin que ce dernier augmente sa propre capacité à répondre aux urgences des catastrophes naturelles.

Toutefois les pays de l’ASEAN sont peu enclins à allouer des fonds, notamment au bureau des catastrophes nationales, aux Philippines, où Arnel Capilli travaille avec 22 personnes. L’AHA compte en effet beaucoup sur l’aide étrangère : le Japon a équipé l’AHA en ordinateurs et divers matériels, les États-Unis ont fourni les plateformes de surveillance et contribué au développement d’exercices et de planification, l’Australie a versé 2,4 millions d’euros sur cinq ans (jusqu’à 2016). D’autres pays apportent également une aide : la Russie fournit un support technique et « un budget très important » alloué par la Chine permet la mise en place de formations et la fourniture de drones pour des missions aériennes. La contribution annuelle obligatoire par États-membre de l’ASEAN est de 27 000 euros, soit 270 000 euros par an au total. Ce montant est plus de trois fois inférieur au budget annuel de l’AHA qui est d’envion 890 000 euros. Or, le soutien financier de l’Australie s’achève en 2016 et « il sera absolument nécessaire de convaincre les membres de l’ASEAN d’augmenter leur contribution respective pour le compenser », s’inquiète Arnel Capili.

Futur acteur mondial de l’aide humanitaire d’urgence?

L’AHA effectue donc actuellement une tournée pour se faire mieux connaître des responsables gouvernementaux, des ONG et des acteurs du secteur privé. La United Overseas Bank (UOB) a récemment contacté Capili pour lui dire qu’après avoir lu les rapports de situations de l’AHA en Birmanie elle souhaitait contribuer financièrement aux activités du Centre. Dans le même temps la compagnie aérienne low-cost Air Asia lui offre de l’espace pour entreposer des marchandises.

Le Centre, qui se concentre pour le moment sur les États-membres, espère un jour avoir les capacités d’agir en dehors de la région. « Nous avons les ressources, nous avons les personnes, nous avons du personnel formé, nous avons toute la flotte aérienne nécessaire, nous avons le plan. Si quelque chose arrive au Népal, l’ASEAN répond. Nous avons été les bénéficiaires de l’aide pendant longtemps, mais nous sommes maintenant sur le point de pouvoir venir en aide en dehors de la région. »

Traduction : François Vézier
Source (Alisa Tang/Thomson Reuters Foundation): SE Asia emergency response team takes on region’s deluge of disasters

Photo (Mohd Nor Azmil Abdul Rahman/Flickr) : Cyclone Nargis en Birmanie (2008)

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