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Les feux de forêt dans le collimateur du gouvernement indonésien

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En Indonésie la saison des feux de forêt rime avec tensions diplomatiques et problèmes de santé.

Alors que la saison actuelle des feux de forêt semble être la pire des dernières années, l’Indonésie a commencé à s’en prendre aux opérateurs du secteur de l’huile de palme les moins scrupuleux. Une entreprise du secteur a été taxée à hauteur de 23 millions d’euros, deux employés ont été mis en détention et des centaines de militaires ont été déployés dans les zones les plus gravement touchées par les feux.

Quatre entreprises ont également été accusées de non-respect des lois environnementales dans le Sud de l’île de Sumatra, d’où les nuages de fumée partent vers Singapour et la Malaisie. Ces deux pays ont déposé plainte auprès de Jakarta pour protester contre cette brume qui les touchent directement. L’Agence nationale indonésienne de réduction des catastrophes (INDMA) a annoncé que les pertes liées à ces feux et ces nuages de fumées durant la saison des incendies de 2014 s’élevaient à 1,4 milliards d’euros. Au regard de la situation actuelle, il est probable que ce coût soit dépassé cette année.

Le gouvernement indonésien a déclaré l’état d’urgence dans la province de Riau, la plus proche de Singapour, face à la menace d’une annulation du Grand Prix de Formule 1 le 20 septembre dernier pour cause d’une mauvaise qualité de l’air. Les pilotes roulant jusqu’à 300km/h, une excellente visibilité est essentielle. L’Indonésie a également déployé des avions bombardiers d’eau au-dessus de Riau. La Malaisie et Singapour ont émis l’idée de recourir à « l’ensemencement des nuages » (Cloud-seeding) pour provoquer une pluie artificielle au-dessus des incendies.

Dans la région de Jambi, sur l’île de Sumatra, l’Agence Environnementale locale a annoncé que l’index de mesure de la pollution de l’air (ISPU) a atteint un niveau « très dangereux », le plus élevé des dernières années. Des dizaines de personnes se sont rendues dans les hôpitaux de la région. A la mi-septembre deux personnes sont décédées à cause de la pollution : un enfant de deux ans et un jeune de 15 ans. L’Agence nationale pour l’environnement de Singapour (SNEA) a déclaré avoir demandé expressément à l’Indonésie de « prendre des mesures concrètes pour lutter contre ces nuages de brume transfrontaliers » et le Premier ministre malaisien Najib Razak a exprimé sa préoccupation face à ce problème dans un communiqué.

Les principales firmes d’huile de palme poursuivies en justice

Pour lutter contre ces incendies ravageurs, le gouvernement indonésien a annoncé l’envoi supplémentaire de mille soldats pour combattre les feux de forêts alors que jusqu’ici 107 individus ont été déclarés coupables d’avoir volontairement déclenché des incendies et 68 zones ont été répertoriées. Ces zones doivent servir à pratiquer la culture sur brûlis. Kalimantan Centre est la région qui présente le plus important nombre de feux, suivie par Sumatra Sud, Riau et Kalimantan Ouest. Cependant le problème est encore plus important. Greenpeace Indonésie a dévoilé que le nombre de points de départ de feux dans la province de Riau était de 6 644 en 2011 contre 15 112 en 2013. Aucun chiffre n’a été communiqué pour 2014 et 2015.

Le gouvernement est également en train de poursuivre en justice quatre des principales firmes d’huile de palme dans un cas « qui est sans précédent au regard à la fois de l’action intentée par l’Etat et par le degré de sévérité des sanctions prévues » selon l’ONG internationale pour l’environnement Mongabay. Plus tôt dans le mois l’ONG rapportait que la Cour Suprême indonésienne avait rejeté un appel déposé par l’entreprise de plantation PT Kallista Alam et avait ordonné à la compagnie de payer l’équivalent de 23 millions d’euros d’amendes et de dédommagements, mettant ainsi fin à trois années de procès initié par le ministère de l’Environnement indonésien. Cette somme est par ailleurs l’une des plus importantes jamais réclamées à une entreprise locale.

Plus de 75% de la région de Tripa au sud de Sumatra, où Kallista menait ses opérations, est maintenant couvert de concessions d’huile de palme. Le nombre d’orang-outans de Sumatra est passé de plus d’un millier dans les années 90 à 200 qui vivent aujourd’hui dans les 17 000 hectares de forêts qui ont résisté aux plantations d’huile de palme.

En juillet 2014 deux responsables de Kallista Alam avaient été condamnés à des peines de prison, néanmoins pas encore appliquées. Selon Mongabay, la Coalition pour la protection des zones humides et de la tourbe du Tripa (CTPTPS) a annoncé que « la confirmation de ces peines dépendait de l’appel interjeté au civil devant la Cour suprême, et devrait aboutir après l’annonce récente du rejet de cet appel ».

Au premier semestre 2015 le gouvernement d’Aceh a établi une zone protégée au niveau des anciennes concessions de Kallista. La ministre de l’Environnement et des forêts Mme Siti Nurbuya a déclaré samedi 12 septembre « apprécier la décision de la Cour suprême ». Muhammad Nur, le directeur exécutif de l’ONG Forum indonésien pour l’environnement (Wahli) pour la région d’Aceh, a lui aussi commenté cette décision. « Nous espérons que cette condamnation serve de leçon à toutes les autres entreprises crapuleuses opérant à Aceh, mais également à Sumatra Nord, Jambi, Riau, Sumatra Sud, Borneo et d’autres régions où elles brûlent nos terres ». Pour lui les gouvernements régionaux et le gouvernement central de Jakarta devaient systématiquement attaquer en justice les entreprises responsables des incendies.

Cité par Mongabay, Rudi Putra, un défenseur de l’environnement originaire d’Aceh et fondateur du Forum de conservation du Leuser (LCF), l’attention constante dont ont bénéficié cette affaire et l’Ecosystème du Leuser a permis d’aboutir à ce verdict. « Cette victoire n’aurait jamais été possible sans le soutien national et international de personnes qui refusent ces destructions abominables, qui ont suivi l’affaire de près et qui ont maintenu la pression pour un résultat juste et transparent ». « Nous voulons remercier tous ceux qui ont rendu possible cette décision extrêmement positive et bienvenue ».

T.M. Zulfikar de l’ONG Yayasan Ekosistem Lestari avait dans le passé déjà porté plainte contre Kallista Alam. Aujourd’hui il se félicite également du verdict. « Nous allons aussi observer de près ce qui va maintenant se passer pour s’assurer que l’ensemble des amendes et réparations soient effectivement payé et mis en place, notamment la remise en l’état d’origine des concessions affectées ».

Farwiza Farhan de l’ONG Aceh – Forêts, nature et environnement (HAkA) se réjouit du verdict final mais met en avant les menaces qui pèsent sur le Leuser à cause du nouveau Plan spatial adopté par le parlement provincial l’an passé. Ce plan est très critiqué car il n’a pas reçu l’aval du gouvernement central et ne fait pas mention de l’Ecosystème du Leuser, une zone stratégique imposée au niveau national.

Selon Farwiza, le plan « légalise dans les faits un nombre important de routes illégales, dont beaucoup d’entre elles traversent déjà les forêts protégées. Elles permettent toutes d’avoir accès à de nouvelles zones propices à de nouvelles concessions minières et à de nouvelles plantations. Malgré la victoire contre PT Kallista Alam à Tripa nous avons un combat encore plus urgent et vital à mener : protéger les forêts d’Aceh et les personnes qui y vivent d’un autre désastre imminent et pourtant évitable ».

Traduction : François Vezier
Source (Asia Sentinel) : Indonesia Moves Against Fires
Photo : World Resources / Flickr

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