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Voix de l’Isaan (Thaïlande) : le projet de Constitution fait l’unanimité… contre lui

Surasak Baojanya, ancien combattant et garde de sécurité, est l'une des personnes interrogées par The Isaan Record.

Surasak Baojanya, ancien combattant et garde de sécurité, est l’une des personnes interrogées par The Isaan Record.

Malgré leur soulagement sur le rejet du projet de Constitution, les habitants du Nord-Est de la Thaïlande sont consternés par le processus de rédaction antidémocratique et la perspective d’un régime militaire prolongé.

KHON KAEN – Dimanche 6 septembre, le Conseil national de réforme (CNR) nommé par la junte militaire a rejeté le projet de charte que le Comité de rédaction de la Constitution écrivait depuis presque 1 an. Selon le journal Prachatai, au moins 85 millions de bahts (environ 2,35 millions de dollars) ont été dépensés pour l’ensemble de ce processus.

A Khon Kaen, les gens soutiennent le rejet du projet de Constitution mais critiquent le retard d’un retour à une démocratie électorale. En mars dernier, les habitants avaient exprimé leur scepticisme sur le processus de rédaction et certains avaient appelé à un retour de la Constitution de 1997. Un sentiment partagé par beaucoup d’habitants, d’après les témoignages que nous avons recueillis au nouveau terminal de bus de la ville.

« Je viens d’apprendre la nouvelle et je suis très contente que le projet de constitution ait été rejeté », a déclaré d’une voix douce Sirilak Phonsuwan, une rizicultrice de 60 ans de la province de Sakon Nakhon. « Ce n’était tout simplement pas une bonne constitution et nous, les gens ordinaires et les agriculteurs n’aurions pas été favorisés», a-t-elle dit, se décrivant elle-même comme « grassroot people » (« la base de la population » ou « les gens ordinaires ») malgré l’insistance du Premier ministre Prayuth Chan-Ocha de remplacer ce terme par « personnes ayant peu d’éducation ».

Surasak Baojanya, ancien combattant et garde de sécurité de 53 ans au nouveau terminal de bus de la ville est également d’accord avec le rejet de la charte. « Ce n’était pas démocratique de toute façon, et ils étaient en train de rédiger un projet de constitution seulement pour eux-mêmes et non pour le peuple. J’ai été soldat mais je ne suis pas d’accord avec ce qu’ils font maintenant », a-t-il dit.

Il a aussi critiqué le nombre élevé de constitutions que la Thaïlande a connu sans jamais devenir une démocratie complète. « Cela pourrait être une bonne idée de revenir à la Constitution de 1997 et de la modifier, ce serait plus démocratique. Nous n’avons pas besoin d’un autre conseil de rédaction, ce dont nous avons besoin ce sont des élections », a-t-il dit avant de réaliser un salut militaire.

Fonctionnaire à la retraite, Thanatat Satanakho préfère aussi un retour à la «Constitution du peuple ». « Peu importe ce qu’ils vont en faire, ce ne sera pas plus démocratique que la Constitution de 1997 », a-t-il dit. « Et il n’y a toujours pas de réconciliation, le pays reste plus divisé que jamais. Je vois plus de problèmes à l’avenir avec ce gouvernement actuel », a-t-il ajouté.

Une autre fonctionnaire à la retraite, Wanna Koetsiri, est également d’accord avec le rejet de la charte, mais pour des raisons différentes. « Si nous avions des élections maintenant, les anciens politiciens reviendraient », déclare cette femme de 67 ans. « Je veux de nouveaux responsables politiques et non pas ceux qui nous ont mis dans ce pétrin. C’est pourquoi nous avons besoin de réformer d’abord le pays. Cela pourrait prendre beaucoup de temps, peut-être deux ans », a-t-elle ajouté avant de partir acheter un ticket de bus pour Bangkok.

« Je veux qu’ils mettent en place un nouveau conseil de rédaction, mais cela ne devrait pas leur prendre plus de 6 mois pour écrire une nouvelle constitution, a déclaré Phonpichaya Phiriya-anatakun, étudiante de 21 ans en Administration locale à l’Université de Khon Kaen. « La Thaïlande est une démocratie fragile, et je veux qu’elle se renforce prochainement », a-t-elle ajouté.

La plupart des personnes interrogées s’accordent à dire que les fonds publics utilisés pour le processus de rédaction ont été jetés par la fenêtre. « C’était une perte de temps et de ressources de mettre en place ce comité de rédaction et ensuite de rejeter la charte », a déclaré Surasak Samroeng, un enseignant à la retraite.

« Je veux que la Thaïlande devienne une démocratie à part entière sans ce cycle sans fin de coups d’Etat militaires. Les gens sont suffisamment instruits pour un régime démocratique », a-t-il ajouté.

Traduction : Elodie Prenant
Source (The Isaan Record) : Voices from Isaac: The Failed Constitution Draft

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