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Le matérialisme nuit gravement à la démocratie à Singapour

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Les résultats des élections montrent que pour les électeurs pragmatiques, le confort matériel passe avant les libertés individuelles et l’engagement politique.

Ce qui était annoncé comme le scrutin le plus disputé de ces dernières dizaines d’années a finalement renforcé la position du parti au pouvoir à Singapour. Vendredi 11 septembre, le Parti d’Action du Peuple (PAP) est sorti plus fort de ces élections, à la stupeur de ses supporters comme de ses opposants.

Bien sûr, le calendrier des élections avait été judicieusement choisi par le gouvernement. La date elle-même rappelait la vulnérabilité et les incertitudes auxquelles doit faire face Singapour. Les Singapouriens se sont rendus aux urnes en pleine tourmente financière mondiale ; en Grèce d’abord, et plus récemment en Chine. Plus proche, le spectre de la terreur et de l’instabilité politique flotte au-dessus de la région, notamment en Thaïlande et en Malaisie. Cela a sans doute rappelé aux Singapouriens que seul un gouvernement fort, un PAP fort, était en mesure de mener la nation vers l’avant.

Le parti au pouvoir se présentait après n’avoir obtenu que 60,1% des voix en 2011, en comparaison avec les 66,6% de 2006 et les 75,3% de 2001. Cette année était aussi marquée par la démission surprise du Ministre des transports, Lui Tuck Yew. Un certain nombre d’hommes politique de premier ordre comme Wong Kan Seng et Mah Bow Tan s’étaient également retirés de la politique.

C’était la première fois de l’ère post-Lee Kuan Yew que les électeurs se rendaient aux urnes. Il ne fait aucun doute que le sentiment national a agité les cœurs et les esprits du peuple, offrant au parti au pouvoir une victoire particulièrement significative. Dans un sens, au lieu de se montrer moins inquiet et plus audacieux, à travers ces élections le peuple semble avoir rendu un dernier hommage à l’héritage de Lee Kuan Yew.

Pragmatisme ou matérialisme?

Mais plus important encore, le résultat de ces élections montre le pragmatisme de l’électorat singapourien. Beaucoup considèrent qu’un parti fort au pouvoir reste le modèle de gouvernance le plus efficace ; ce modèle est étayé par le « communautarisme », dans lequel les leaders et le peuple sont intégrés au sein d’un réseau complexe d’interdépendances, de liens, de loyautés, de mutualité et de responsabilités. Aux citoyens qui font preuve de pragmatisme en leur offrant un soutien indéfectible, les leaders politiquent répondent par l’apport de services et de biens matériels.

Bien que la forme d’un tel modèle ait évolué au fil des ans, sa fonction et son but demeurent fondamentalement inchangés. Cela nous a apporté beaucoup de réussite, c’est indiscutable. Singapour est devenu un centre mondial pour le transport maritime, l’aviation et la finance, surclassant les autres nations de la région que l’on pensait voir devenir les centres névralgiques de l’Est asiatique.

Mais récemment, il est devenu difficile de se maintenir au niveau, en particulier au vu des politiques d’immigration, et des problèmes de transport et de sécurité sociale. Le pragmatisme de la société est d’autant plus révélateur que de nombreux Singapouriens sont aujourd’hui mieux éduqués, ont étudié et/ou travaillé à l’étranger, et ont accès aux informations et idées nouvelles.

Les résultats de ces élections montrent de façon à la fois convaincante et déconcertante que, bien qu’ils aient soulevé des questions délicates – libertés civiles, question LGBT, consultation et participation politique – et qu’ils aient eu la possibilité de choisir une opposition hyper motivée et qui proposait des candidats aux références impressionnantes, les Singapouriens préfèrent toujours sacrifier cela sur l’autel du confort matériel et de la stabilité sociale.

Peut-être qu’à travers cette preuve de soutien, l’électorat fait confiance au parti au pouvoir pour agir avec réciprocité et évaluer rigoureusement le modèle de gouvernement actuel, afin de s’assurer qu’il ne demeure pas dans un modèle vaguement rigide mais constitue un modèle transitoire qui continue d’évoluer vers plus d’ouverture, de flexibilité et de compassion.

Il reste cependant à voir si ce message sera entendu par le gouvernement, et s’il autorisera des voix et des points de vue différents du sien.

Traduction : Louise de Nève
Source (Patrick Sagaram / New Mandala) : Living in Singapore Material World
Photo : Jack at Wikipedia

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