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Les vies de l’Isan, en Thaïlande : “C’est mieux de donner que de recevoir”

VHV_isaan_thailande En réponse au vieillissement de la population, le gouvernement thaïlandais a commencé à allouer une aide sociale mensuelle de 7,40 € aux personnes âgées dont le revenu annuel est inférieur à 248 €. Avec nombre de leurs patients âgés de plus de 60 ans, Uthumporn Srichai et Amphon Phosanit s’attachent à prendre soin d’une population pauvre et vieillissante par des moyens alternatifs.

Khon Kaen – “Ma vie est dure mais je n’ai qu’à regarder autour de moi pour voir que c’est plus difficile pour d’autres” déclare Uthumporn Srichai debout dans une allée étroite du bidonville qu’elle appelle son domicile. Pour gagner sa vie, elle fait des ménages la nuit mais passe ses journées en tant que Volontaire de Santé de Village (VHV) s’occupant des membres de sa communauté.

Chaque jour, Madame Uthumporn visite les personnes âgées, les malades, les invalides et les personnes atteintes de troubles mentaux. Elle voit des nourrissons, des enfants et des alcooliques. Elle voit aussi une communauté de plus en plus développée et unie.

Mme Uthumporn pensait que sa vie serait très différente. Elle a grandi dans un village rural non loin de la frontière cambodgienne et a toujours voulu devenir enseignante. Mais après avoir obtenu son baccalauréat en Enseignement, elle n’a pas pu passer le test de certification d’enseignante après que les compétences informatiques ont été ajoutées aux exigences. Célibataire et sans enfant, elle aurait pu perdre courage quand son rêve ne s’est pas réalisé. Au lieu de cela, elle mesure sa vie non pas comme l’enseignante qu’elle aurait pu être, mais par rapport aux vies sur lesquelles elle a une influence aujourd’hui.

« C’est mieux de donner que de recevoir », affirme cette femme de 52 ans qui est VHV depuis six ans et reçoit une allocation mensuelle de 15 €. Elle dit que le service qu’elle rend à sa communauté la rend heureuse et lui donne confiance.

Chaque jour, Mme Uthumporn commence son travail en livrant des repas gratuits, donnés par une école locale, aux handicapés de sa communauté et des quartiers voisins. Son ami et patient, Amphon Phosanit, est toujours avec elle, lui servant de chauffeur et lui tenant compagnie. 

« Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de personnes handicapées que je pouvais aider, alors j’ai envoyé une proposition de budget pour fournir de la nourriture » indique Mme Uthumport, qui a commencé le nouveau programme de livraison de repas il y a quelques mois. Mais elle fait plus que livrer des repas. Elle rend aussi visite aux patients pour contrôler leur pression artérielle et leur taux de glycémie, leur rappelle de prendre leurs médicaments et parfois, les aide à aller à l’hôpital.

Khon Kaen, bidonville le long du chemin de fer

Lorsque Mme Uthumporn et M. Amphon marchent dans les rues étroites de Theparak 5, ils sont reconnus et accueillis avec des sourires chaleureux et un petit mot par tous ceux qu’ils croisent. Alors que beaucoup de VHV ne donnent que quelques heures par semaine, Mme Uthumporn consacre une grande partie de sa journée à rendre service à ses voisins.

Theparak 5 est un bidonville à Khon Kaen, le long de la voie ferrée, relégué en marge de la société urbaine. Beaucoup des résidents ici gagnent leur vie en tressant des paniers qui se vendent 1,50 € pièce. Autrefois camp de squatters, il est maintenant officiellement reconnu par le gouvernement et les habitants ont accès à l’eau courante et l’électricité, bien que certains ne puissent toujours pas se le permettre. Comme beaucoup d’autres membres de la communauté, Mme Uthumporn a quitté sa maison de Buriram il y a seize ans pour chercher du travail en ville, trouvant finalement une maison dans ce bidonville.

Sans réseaux familiaux pour les soutenir, de nombreux habitants du bidonville ont peu d’options de soins à domicile quand ils tombent malades ou sont immobilisés, un besoin remarqué par Mme Uthumporn. « Nous nous traitons mutuellement comme des membres de la famille. Je ne les traite pas comme des patients » dit-elle. Mme Uthumporn a reçu une formation VHV il y a six ans et a terminé un  programme de certification de six mois au cours duquel elle a appris à s’occuper des personnes handicapées et à guider les aveugles. 

Cette formation lui a également donné confiance pour agir pro-activement durant les crises, confirme-t-elle. Une fois, quand un voisin a été victime d’un anévrisme au cerveau, elle a été la première à répondre. Alors qu’ils prenaient le petit-déjeuner ensemble, le voisin lui a dit qu’il avait mal à la tête. Elle s’est rappelée qu’il avait déjà bu une petite bouteille de whisky de riz ce jour-là. Il s’est ensuite effondré et a craché du sang. Elle a appelé une ambulance et d’autres VHV pour l’aider. Ils ont administré les premiers soins pendant trente minutes avant l’arrivée de l’ambulance.

Sans famille pour veiller sur lui, c’était à Mme Uthumporn de rester à ses côtés. L’homme est décédé à l’hôpital plus tard dans la journée mais Mme Uthumporn a dit qu’elle « se sentait préparée pour la situation » et est reconnaissante d’avoir été là pour aider.

En cherchant comment elle peut aider les autres, Mme Uthumporn leur permet de s’aider eux-mêmes – comme M. Amphon, son chauffeur, patient et ami, qui a perdu son bras gauche dans un accident de voiture il y a cinq ans. « J’avais une petite amie qui m’aidait à prendre soin de moi mais nous avons rompu. Nous buvions beaucoup », reconnaît M. Amphon qui loue un espace dans la maison de Mme Uthumporn.

Elle l’a encouragé à devenir sobre pendant le Carême Bouddhiste et l’a aidé à obtenir les allocations gouvernementales pour les handicapés. « Je n’avais pas de carte d’invalidité donc je ne savais pas de quelles aides du gouvernement je pouvais bénéficier avant de louer chez Mme Uthumporn » précise-t-il. Dans le petit espace de vie qu’ils partagent, M. Amphon sort un haut-parleur portable rudimentaire avec sa main droite et connecte une clef USB contenant ses chansons favorites. C’est Mme Uthumporn qui lui a acheté le haut-parleur et l’a encouragé à utiliser ses talents pour travailler comme musicien de rue sur les marchés des environs. « Ma vie est bien meilleure maintenant car [Mme Uthumporn] m’a aidé à sortir et à trouver un travail. Sans elle, je serais devenu sans abri, errant simplement et dormant la nuit près des trains » dit-il.

M. Amphon chante ensuite une balade dans un micro, le son métallique d’un clavier et la batterie du synthétiseur accompagnant sa voix. Il chante avec confiance tandis que Mme Uthumporn regarde en souriant.

Isaan Record lance une nouvelle rubrique intitulée “Les vies de l’Isan”, qui raconte les histoires des habitants de cette région au Nord-Est de la Thaïlande : les faibles, les puissants ; les riches, les pauvres ; ceux qui sont activement engagés et ceux qui se contentent de mener leur travail et leur vies. Nous commençons avec le travail et la vie d’une Volontaire de Santé de Village qui s’occupe des défavorisés dans un taudis qui est à la fois au centre de la ville de Khon Kaen et néanmoins en marge de la société thaïe.

Traduction : Edith Disdet
Source (Zoe Swartz, Mariko Powers et Katie Mathieson/Isaan Record): Isaan Lives « it’s better to give than to receive »

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