AlterAsia

Environnement

Sécurité alimentaire : produire plus de riz ne suffit pas en Indonésie

riz_kalimantan

La politique alimentaire est insuffisante en Indonésie. Pour faciliter l’accès des pauvres à la nourriture, elle devrait aller au-delà de l’augmentation de la culture du riz et poser la question de l’accès à la terre.

Selon la FAO (l’Organisation onusienne pour l’alimentation et l’agriculture), dans de nombreuses parties du monde, beaucoup moins de personnes vivent maintenant dans la pauvreté absolue. C’est le cas en Indonésie. L’organisation estime que 36 millions d’Indonésiens souffraient de malnutrition en 1990 pour 19,4 millions environ aujourd’hui.

Le pays a presque atteint ses Objectifs du Millénaire pour le Développement en réduisant de moitié en 2015 le nombre de personnes sous-alimentées. Néanmoins, la pauvreté alimentaire et la malnutrition des enfants demeurent un problème tenace. Par exemple, un rapport de l’UNICEF a indiqué que 37% des enfants étaient encore atteints de retards de croissance, un indicateur de la malnutrition chronique.

Après son élection, le Président Joko Widodo avait annoncé sa volonté de s’attaquer aux problèmes de la nourriture, de la terre et de l’agriculture. L’objectif était d’atteindre l’autosuffisance alimentaire en trois ans. Il est prévu de créer de nouvelles zones agricoles, d’améliorer l’irrigation sur un million d’hectares et de distribuer des semences, des engrais et du matériel agricole. 750 000 hectares de domaines dédiés à l’alimentation en Papouasie et 500 000 hectares seront créés au Kalimantan.

Il y a trente ans, pendant la “Révolution Verte”, l’Indonésie avait atteint l’autosuffisance en riz. Mais elle en importe maintenant à nouveau. Cette autosuffisance constitue une question de fierté nationale et l’obligation d’importer du riz pose un problème politique au président. Mais fermer ce marché aux importations peut faire monter les prix sur le marché domestique. Même si les investisseurs trouvent de nouveaux moyens pour gagner de l’argent avec l’agriculture, les journalistes décrivent le fossé béant entre riches et pauvres.

La politique devrait-elle viser à assurer l’autosuffisance en riz et à faciliter l’accès des pauvres à la nourriture au sein d’économies diversifiées, ou bien à garantir la sécurité d’occupation aux agriculteurs et à améliorer leur production alimentaire sur leurs propres terres? Il semble difficile de courir toutes ces pistes à la fois.

Quel que soit le choix des décideurs, il est possible qu’ils y laissent quelque chose de précieux. Au Kalimantan, des méga-fermes rizicoles ou “établissements alimentaires” ont été développées dans les basses terres. Mais ces nouvelles méga-exploitations ont besoin de terres fertiles. Or, des millions de personnes vivent dans ces contrées et les villageois locaux revendiquent des droits usuels sans titre légal.

Toujours dans le Kalimantan, les promoteurs ont empoché des permis pour des projets de palmiers à huile et miniers. Certaines estimations laissent penser que les investisseurs disposent maintenant de licences sur 15 millions d’hectares de palmiers à huile et sur 25 millions d’hectares pour l’exploitation minière. Le cas échéant, le seul endroit disponible pour les établissements alimentaires se trouve dans les tourbières marginales, où il est difficile de produire du riz.

Par le passé, le gouvernement a trouvé des façons d’aider les paysans sur leurs propres terres sans créer de fermes géantes. Cette pratique se poursuit mais les organismes agricoles n’ont plus les moyens de l’ère Suharto. La Révolution Verte est terminée. De nouveaux projets peuvent aider les paysans pauvres dans les zones marginales du Kalimantan mais cela ne contribue qu’en partie aux ambitieux objectifs nationaux.

Une nécessité : l’accès à la terre

La politique alimentaire dépasse largement la culture du riz : elle nécessite que les pauvres aient accès à la nourriture. Comme l’indique un rapport sur le Projet pour le Millénaire des Nations-Unies, pour la plupart des gens, l’accès à la terre est « une condition pour l’accession à un niveau de vie décent ». Les plantations de palmiers à huile détruisent les agro-forêts des hautes terres de Kalimantan. Dans ces zones, le changement climatique expose les paysans au risque de mauvaise récolte sur des terres arides. Le risque climatique peut être sérieux, surtout lorsque des épisodes sévères d’El Nino frappent la région comme c’est prévu pour cette année.

Les agriculteurs ont besoin de moyens de subsistance diversifiés. Par le passé, ils dépendaient d’agro-forêts résistantes. Comme les paysans perdent l’accès à la terre et aux autres ressources naturelles, les plantations de palmiers à huile peuvent générer pauvreté et inégalités. Elles ont également suscité des conflits fonciers qui, selon une estimation, concernent environ 1,2 million d’hectares dans toute l’Indonésie.

Les plantations d’huile de palme offrent du travail aux pauvres. Mais ce travail est peu rémunéré. Comme les plantations n’ont besoin que d’une personne pour trois hectares, elles n’emploient que quelques villageois. Il reste encore aux plantations à offrir une voie pour sortir de la pauvreté et de nouveaux programmes doivent aider les paysans pauvres à monter en gamme et à moderniser les palmiers à huile ou d’autres cultures rentables.

Le gouvernement de « Jokowi » mène aussi une politique de reconnaissance des droits des peuples autochtones. Il existe des plans de redistribution de 12 millions d’hectares de terres. Garantir la sécurité d’occupation aux pauvres est essentiel. Mais les nouvelles initiatives se heurtent à des obstacles politiques et juridiques. Les réformes doivent aussi veiller à ce que le développement des plantations respecte les règles internationales concernant l’investissement agricole responsable.

Permettre aux paysans vulnérables coincés dans la pauvreté rurale d’utiliser leurs propres terres plus efficacement continue d’être primordial. La terre peut offrir un filet de sécurité vital quand aucun autre n’est disponible, comme une protection sociale ou la possibilité de trouver des travaux agricoles bien rémunérés. Des efforts pour s’attaquer à ces dilemmes locaux donneraient déjà de l’espoir aux ruraux indonésiens pauvres.

Traduction : Edith Disdet
Source (John McCarthy/New Mandala) : Food and Land : Indonesia’s prickly choice
Photo : Wakx/Foter

Print Friendly

Tagged ,

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.