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Liberté de la presse menacée : Jokowi recadre un ministre

indonesian-newspapers Le président indonésien Joko Widodo a demandé à son ministre de l’Intérieur d’annuler les nouvelles mesures qui auraient restreint les activités des journalistes étrangers dans le pays. Il a ainsi évité une avalanche de critiques de la communauté internationale.

Les nouvelles mesures, apparemment prises sans consultation préalable avec la présidence, rappelaient celles en cours sous le régime dictatorial de Suharto et avaient été largement critiquées par des groupes de défense et par le Club des correspondants étrangers de Jakarta.

La rapide intervention du président pour freiner les actions de son ministre, et défendre la liberté de la presse, pourrait marquer un tournant dans la politique du pays. Une série de règlementations a écorné l’image de l’Indonésie au niveau international et atteint la confiance des investisseurs. Mais le président indonésien semble reprendre la main sur des fonctionnaires qui agissent souvent indépendamment.

« Cela peut être un moment déterminant. Ces fonctionnaires ne s’excusent jamais pour leurs actions, quels que soient les dommages causés. J’espère que Joko va finalement prendre les choses en main », s’exprimait un homme d’affaires occidental.

Le ministre de l’Intérieur Tjahjo Kumolo a fait paraître un communiqué dans lequel il renonce à ce qui avait été annoncé. Il s’agit d’un fait inédit au sein des ministères indonésiens.

La circulaire en question, qui avait été envoyée aux administrations régionales du pays, demandait aux journalistes étrangers ainsi qu’à leurs équipes locales d’obtenir un permis à la fois du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l’Intérieur. La nouvelle règlementation obligeait également les journalistes à faire part de leur activité en se faisant connaître des autorités locales et en demandant des autorisations á tous les échelons administratifs, de la commune à la province.

Cette circulaire était clairement un acte de désobéissance envers un président ouvert à la couverture internationale des informations de son pays. Il s’agissait également d’un acte de défiance envers les journalistes mais aussi les civils. Poengky Indarti, la directrice générale du groupe de défense Imparsial, a expliqué que « le président Joko Widodo s’était positionné en faveur du travail des journalistes étrangers en Papouasie ainsi que dans d’autres régions ». Selon elle, la nouvelle réglementation « allait mener à une baisse des investissements et des revenus du secteur touristique.

Le jour du recadrage ministériel, le gouvernement a annoncé une série de mesures afin d’attirer divers investisseurs dans les pays. Par ailleurs, ces dernières semaines, deux cours de justice ont rejeté les fausses accusations contre deux enseignants étrangers. Elles ont mis fin à un procès qui aurait pu coûter 125 millions de dollars et faire fermer la célèbre Ecole interculturelle de Jakarta. Le cas était suivi de près par investisseurs et diplomates qui craignaient qu’un puissant promoteur ne tente d’utiliser des fausses accusations d’abus sexuels afin de mettre la main sur les possessions immobilières de l’école.

Dans un communiqué, le Club des correspondants étrangers de Jakarta expliquait que « la continuation et l’extension des politiques restrictives que l’Etat fait peser sur les journalistes étrangers rappellent tristement le régime autoritaire de Suharto. Il s’agit d’une entorse au processus de démocratisation du pays et aux promesses de son gouvernement de soutenir la liberté de la presse et les droits de l’homme. »

Traduction : Elsa Clavé
Source (Asia Sentinel) : Jokowi slaps down Minister on Press Freedom Threat
Photo : DR

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