AlterAsia

Société civile

Indonésie : le préservatif a toujours du mal à passer

distribution de preservatifs

Une ébauche des révisions du code juridique prévoyait de pénaliser la vente de contraceptifs au nom du “bon sens”. Cette disposition n’a pas été retenue, mais elle illustre les pressions politiques de plus en plus conservatrices.

Selon le Jakarta Globe, l’article 481 du projet de révision du Code pénal indonésien punissait quiconque cherchant à promouvoir la vente de “dispositifs pour prévenir la grossesse”, sous peine d’une amende de 700 dollars. Les fonctionnaires du ministère de la Santé et les activités de planification familiale n’étaient toutefois pas soumis à cet arrêté.

À l’heure actuelle, les préservatifs sont largement vendus dans le pays. Mais en juin dernier, des législateurs à Bengkulu (une province sur l’île de Sumatra), avaient déjà présenté une loi visant à interdire l’usage des préservatifs car, selon eux, la mise à disposition gratuite des préservatifs, en facilitant les relations sexuelles hors-mariage, entraîne la propagation du VIH et du sida. Une idée qui va à l’encontre de la quasi-totalité des recherches médicales et sociales sur le sida. Que de telles restrictions surgissent encore dans des propositions législatives illustre l’atmosphère ambiante de suspicion et met en avant le pouvoir de persuasion de personnalités religieuses capables d’intimider les législateurs, qui coopèrent en faveur d’une politique de plus en plus conservatrice.

Bière interdite

Un peu plus tôt cette année, l’ancien ministre du Commerce, Rahmat Goebel, avait interdit la vente de bière dans les mini-marchés et les petites échoppes familiales à l’échelle nationale. Cette décision répondait à une poignée de plaintes contre des adolescents buvant en dehors des mini-marchés de Jakarta. Mais plutôt que de s’interroger sur la consommation d’alcool chez les mineurs et de légiférer sur ce point, Rahmat Goebel a pris une décision “coup de poing” : interdire la bière à tout le monde.

L’interdiction de la bière a réduit d’environ 60% les ventes de bouteilles dans nombre de petits commerces, cela a également causé une chute énorme des investissements de la brasserie et stimulé les ventes de bière au marché noir. Selon Rahmat Goebel, l’application de cette règle avait pour but de renforcer la moralité des jeunes et était censée conduire à un regain de l’activité économique.

Goebel a été remplacé au poste de ministre du Commerce en août, à la suite de l’interdiction de la bière jugée pour beaucoup comme source de ridicule. Toutefois, certains législateurs veulent maintenant interdire toute vente d’alcool dans le pays.

L’interdiction de commercialisation de préservatifs – même si elle n’est finalement pas passée – constitue un autre exemple de loi inutile et qui met le pays dans l’embarras au niveau international. “Cette loi nous fait passer pour une bande de fanatiques religieux. De plus, cela nuit à l’économie”, a déploré un homme d’affaires indonésien après avoir lu le texte sur l’éventuelle interdiction du préservatif.

Avec le ralentissement de la croissance à moins de 5%, la baisse des prix des matières premières et l’inflation en hausse, le pays séduit plus difficilement les investisseurs. Pendant ce temps, les législateurs semblent peu préoccupés par l’économie. Ils augmentent les obstacles réglementaires, resserrent les règles en matière de propriété étrangère, restreignent le permis de travail pour les expatriés et prennent d’autres mesures en décalage avec les économies régionales comme celle du Vietnam et encore des Philippines.

Le président Joko affirme quant à lui lors de ses voyages à la recherche de potentiels apports que l’économie est ouverte aux investisseurs étrangers. Mais l’interdiction du préservatif n’est pas le genre de chose qui va rendre le pays moderne et attractif aux yeux des investisseurs.

Le nouveau code pénal proposé tente également de pénaliser l’adultère et la cohabitation, qui peuvent être désapprouvés par certains, mais ne sont pas pour autant illégaux dans la plupart du pays. Or, s’il existe de réels problèmes d’application de la loi et du code pénal, les préservatifs ne constituent pas une priorité. Pour Supriyadi Widodo Eddyono, directeur exécutif de l’Institut pour la réforme de la justice pénale, cette révision aurait surtout constitué une hyper-criminalisation de la société.

“[Les préservatifs] sont en vente libre dans les supermarchés, à la vue de tous”, a déclaré le chef adjoint de la CNCPF Julianto Witjaksono au micro de la radio KBR la semaine dernière. “Les gens peuvent tout simplement les acheter si besoin. Que faire s’ils sont achetés par les adolescents ?”. L’approvisionnement de préservatifs est ouvertement soutenu par la Commission nationale de coordination de la planification familiale (CNCPF), une institution gouvernementale.

Traduction : Aliénor Simon
Source (Asia Sentinel) : Indonesia’s Next Target: Condoms
Photo : Frédéric Bisson/Flickr

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.