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Bersih 4.0 rappelle l’importance des réseaux sociaux en Asie du Sud-Est

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La manifestation Bersih 4 le weekend du 29 août dernier confirme l’importance des médias sociaux et du « drone-journalisme » pour véhiculer la parole des citoyens au 21e siècle.

Traditionnellement, les rapports des médias illustrent le « pouvoir du peuple » par des chiffres : 75000? 100 000? 200 000 personnes? Ces chiffres sont toujours des estimations et sont en général contestées par les autorités. De plus, comment interpréter ces chiffres ? Certaines études montrent que souvent les reportages couvrent ces manifestations sous l’angle de la violence ou du conflit, ce qui ne reflète pas la cause ou l’ambiance générale de la journée, mais se contente de fournir une touche de sensationnalisme pour le journal du soir.

Pour savoir quel medium véhicule le mieux le message d’un mouvement de masse, il faut plutôt se tourner du côté des médias sociaux. L’organisation d’une manifestation de masse de nos jours dépend de la dissémination de l’information sur les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter.

Durant la manifestation Bersih 4, les organisateurs ont tenu le peuple informé des événements et instructions, et les citoyens « ordinaires » dans le défilé sont devenus des « prod-users » pour reprendre l’expression d’Axel Bruns afin de décrire l’individu qui produit du media autant qu’il en consomme. Les Malaisiens se sont engagés dans une forme de journalisme citoyen ou participatif par le fait de partager des photos de l’événement dans les médias sociaux. Toutes ces images « collaboratives » sont importantes, en particulier en Asie du Sud-est où ils sont très largement utilisés chez les jeunes.

Des médias professionnels toujours utiles

Cependant, le message médiatique d’un mouvement de masse se trouve encore dans un média professionnel, via des photos panoramiques et des vues aériennes. Comment oublier ce cliché de Joko Widodo s’adressant à ses supporters lors des élections présidentielles en Indonésie en 2014 ? Cette image a apporté ce qui manquait jusqu’alors à la campagne de Jokowi : elle l’a fait apparaître « Présidentiel ». Il n’était plus le maire d’une petite ville se déplaçant de ville en ville pour serrer la main des locaux. La photo montre un candidat avec un large soutien populaire. Elle a fait les Unes des principaux quotidiens et a été diffusée largement dans les médias sociaux. Elle a même été publiée sur la page d’accueil de Twitter après la victoire de Jokowi aux élections.

Durant les manifestations en Thaïlande en 2013, les clichés panoramiques auraient donné aux manifestations une perspective qui avait manqué jusque-là dans les reportages nationaux.

En Malaisie aussi, comme de nombreux sites internet contrôlés par le gouvernement ne publient pas d’information sur les manifestations organisées par Bersih, ces images panoramiques prennent toute leur importance.
Durant la manifestation Bersih le weekend dernier, les grands médias savaient que les clichés panoramiques représenteraient une part importante de leur couverture.

Les mouvements sociaux de grande ampleur ont besoin de moyens de véhiculer leur “valeur” et leur “signification” au travers d’images qui reflètent l’échelle et le message de l’événement, et peuvent être partagées dans les réseaux sociaux. Dans ‘Spreadable Media : creating value and meaning in a networked culture’, Jenkins, Ford and Green affirment que “ce qui ne se diffuse pas est mort”. Ici, la foule occupe tout l’espace de la photo et l’usage d’une couleur pour illustrer une foule unie autour d’une cause commune est également efficace.

Tandis que ces clichés nécessitaient des hélicoptères ou un journaliste suffisamment téméraire pour grimper le plus haut possible, aujourd’hui la tendance est aux petits drones télécommandés. En 2015, les autorités d’Asie du Sud-est ont évoqué la mise en place d’un système de permis et d’immatriculation des drones, mais dans les mois qui viennent il sera intéressant de voir si elles tenteront d’empêcher les médias d’en utiliser.

L’expansion du « drone-journalisme » (pour utiliser le terme dans son sens le plus large) sur les plateformes de médias sociaux est en train de devenir un élément clé des manifestations de masse en Asie du Sud-est, et semble être le meilleur moyen de véhiculer le message de « pouvoir du peuple » dans la région. Ces clichés sont largement partagés et montrent des mouvements populaires dans une région où les citoyens ordinaires réclament des réformes significatives et immédiates.

Traduction : Louise de Nève
Source (Ross Tapsell/New Mandala) : The medium of people power
Photo : Malaysiakini

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