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Quelle justice pour les migrants qui travaillent en Malaisie?

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La Coalition pour le Droit aux Réparations des Travailleurs Migrants (MWR2R) se réjouit du vote des amendements de la Loi sur la Prévention du trafic d’êtres humains et de travailleurs migrants (ATIPSOM) par le Parlement et demande que le droit de travailler soit étendu aux travailleurs migrants ayant des dossiers pour renvoi abusif en cours auprès des conseils de prud’hommes.

Le droit de demander justice auprès des conseils de prud’hommes pour les travailleurs étrangers renvoyés de façon abusive n’existe que sur le papier en Malaisie car ces travailleurs n’ont pas le droit de travailler tant que l’instruction de leur dossier est en cours, explique Rani Rasiah.

Les nouvelles dispositions de la loi permettent aux individus rescapés de trafics d’êtres humains de se déplacer librement et de travailler dès qu’ils bénéficient d’un ordre de protection accordé par un juge. Cela constitue une énorme amélioration par rapport aux pratiques punitives actuelles qui les confinent dans des centres de rétention en attendant leur expulsion du territoire.

Bien que ces nouveaux amendements aient un champ d’application limité, la clause sur le droit de travailler est particulièrement significative. A travers elle, le gouvernement reconnaît que les victimes méritent que justice leur soit rendue, et non d’être punies. Cela rompt avec plus d’une décennie de logique tortueuse de la part des autorités, qui a criminalisé les migrants victimes, et laissé en liberté les trafiquants, les contrebandiers, les intermédiaires et leurs complices fonctionnaires, les violeurs, les meurtriers… En un mot : les coupables.

Cette position officielle consistant à refuser aux travailleurs le droit de demander justice a largement contribué au trafic, cela fait peu de doute. Cela a permis aux trafiquants d’opérer en toute impunité, faisant de milliers de migrants des victimes de l’esclavage moderne, à la merci d’une cruauté extrême et indescriptible.

Le fait que le problème actuel des bateaux de réfugiés Rohingya-Bangladeshi ait éclaté au grand jour après la découverte accidentelle de charniers, et non à la suite de plaintes officielles déposées par des victimes de trafiquants est particulièrement révélateur. Les milliers de victimes qui ont survécu à la brutalité des trafiquants d’êtres humains ont clairement choisi de garder le silence plutôt que de parler et d’être arrêtées.

Le refus du gouvernement de reconnaître et d’accorder le droit de réparation aux travailleurs migrants fait perdurer l’oppression et l’exploitation dont ils sont victimes sur leurs lieux de travail. Les migrants renvoyés sans raison n’ont le droit de demander justice aux prud’hommes que sur le papier, car ils ne peuvent travailler tant que l’instruction de leur dossier est en cours.
Cela met les travailleurs migrants dans une situation extrêmement vulnérable. De nombreux employeurs n’ont aucun scrupule à tromper ou à abuser leurs travailleurs –salaire et heures supplémentaires non payés, horaires de travail étendus, réductions de salaires illégales etc. – car ils savent que les travailleurs ne les dénonceront pas par peur, parce que la loi ne les protège pas en tant que victimes.

Le droit de se pourvoir en justice est un droit élémentaire pour tous. Le gouvernement doit s’assurer de la bonne application du droit de se déplacer et des amendements qui concernent les victimes des trafics. Il doit immédiatement commencer à annoncer des mesures pour rendre possible un réel droit à la justice pour tous les travailleurs migrants.

Tradution : Louise de Nève
Source (MWR2R/Aliran) : Give Migrant Workers seeking redress in Courts right to work
Photo : The Spacemen/Flickr, extrait d’un reportage sur les réfugiés Rohingyias en Malaisie (New Internationallist Magazine, anglais)

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