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Travail des enfants : l’Asie Pacifique accueille plus de la moitié des victimes

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Au Cambodge, plus de 660 000 enfants âgés de 5 à 17 ans sont soumis au travail. Parmi eux, beaucoup sont victimes de la traite des êtres humains, au mépris de leurs droits à la sécurité et à la protection. Ils travaillent pour de faibles salaires ou pour rien, certains sous la menace de violences, renonçant ainsi à leur éducation et, plus largement, à leur enfance.

Dans les régions du monde les plus dynamiques et à la croissance la plus rapide, des millions d’enfants sont toujours impliqués dans le travail infantile. Il y a plus d’enfants qui travaillent en Asie-Pacifique que dans le reste du monde : la région accueille, à elle seule, la moitié des enfants qui travaillent au monde, soit plus de 78 millions, presque 10% de l’ensemble des enfants de la zone.

La région Asie-Pacifique détient également le triste record mondial du plus grand nombre de victimes de la traite engagées dans l’exploitation commerciale du sexe, le travail forcé et autres formes sévères de travail infantile. Les droits fondamentaux de ces enfants sont littéralement niés.

Des estimations régionales s’appuyant sur des enquêtes auprès des ménages identifient certains enfants comme exerçant un « travail à risque » mais nombre d’entre eux ne sont pas comptés car ils exercent des activités illégales et sont souvent inaccessibles. Beaucoup sont isolés dans des travaux domestiques dangereux, la servitude pour dettes, l’industrie du sexe, le travail obligatoire et d’autres formes d’esclavage qu’on ne peut comptabiliser. Les études sont souvent basées sur de petites enquêtes ou des estimations rapides qui ne donnent pas une image complète. De ce fait, le nombre réel d’enfants qui travaillent est probablement supérieur à ces estimations.

Bien que les causes du travail infantile soient nombreuses au Cambodge, les forces de police, le système judiciaire, le manque de coordination effective entre les acteurs qui ont la responsabilité de protéger les enfants et des services sociaux insuffisants – avec seulement un assistant social de quartier pour 25 000 personnes – contribuent à pérenniser ce système.

ODD : Une éradication en… 2025?

La communauté internationale exhorte tous les pays à prendre des mesures. La proposition des Objectifs de Développement Durable (ODD) pour l’après 2015 de l’ONU prendrait des mesures immédiates et efficaces pour assurer l’interdiction et l’élimination des pires formes de travail infantile et l’éradication du travail forcé. D’ici à 2025, les nouveaux objectifs visent à mettre fin au travail des enfants sous toutes ses formes.

Depuis 2002, le 12 juin est la date à laquelle le monde renouvelle ses appels à supprimer le travail des enfants, en particulier dans ses pires formes. Cette année, le thème de la Journée Mondiale contre le travail des enfants a été l’importance d’une éducation de qualité comme étape essentielle de la lutte contre le travail infantile.

L’éducation est la pierre angulaire des sociétés prospères et florissantes – un élément clef pour réduire la pauvreté et le travail des enfants. Cependant le Programme des Nations Unies pour le Développement estime que le gouvernement cambodgien n’investit dans l’éducation que 2% du produit intérieur brut du pays.

Une approche globale peut s’attaquer de façon adaptée aux causes profondes du travail des enfants, y compris par la protection sociale et des politiques d’élimination de la pauvreté. Alors que la ratification des conventions internationales, l’instauration de lois ou de politiques et la formulation de stratégies spécifiques pour atteindre au plan national les familles et les enfants vulnérables sont essentielles, elles seront insuffisantes si la société reste tolérante envers le travail infantile.

Le leadership du gouvernement est crucial pour que les politiques et le budget national fassent une priorité de l’éducation gratuite, obligatoire et de qualité pour tous les enfants jusqu’à l’âge légal d’emploi. Il doit aussi garantir que les lois existantes sur l’âge minimum des travailleurs soient respectées, spécialement pour ce qui concerne la protection des enfants contre le travail dangereux, y compris dans les affaires familiales, en surveillant mieux les conditions de travail.

Malgré les progrès réalisés pour protéger les enfants travailleurs dans les usines de brique, la pêche, la chaussure et l’agriculture, il faut faire davantage. En tant que nation fortement touchée par le travail des enfants, le Cambodge doit aussi être chef de file dans la région pour apporter une coordination et une collaboration inter-gouvernementales efficaces afin de lutter contre l’exploitation par le travail et le trafic d’êtres humains.

La société civile et les médias peuvent modifier les attitudes qui tolèrent le travail des enfants. Une plus grande sensibilisation est nécessaire sur les effets néfastes du travail sur la croissance des enfants, au plan du développement physique, émotionnel et psychologique.

Les clients et consommateurs peuvent être malins et aider à mettre fin au travail des enfants sous ses pires formes. Ils peuvent exiger des produits qui n’utilisent pas de main d’œuvre enfantine à aucun stade de la chaîne d’approvisionnement. Les industries du tapis, des briques, du riz, des textiles travaillés, de la pierre, du poisson séché, des crevettes, du caoutchouc et de la canne à sucre ont été identifiées comme les plus importants coupables utilisant des enfants dans leur main d’œuvre.

Cherchons des options qui garantissent aux consommateurs que les produits n’ont pas été fabriqués dans des conditions proches de l’esclavage. Les familles et les communautés religieuses peuvent mettre en place des pratiques protectrices conduisant à l’éradication des conditions de travail dangereuses et de la violence fondée sur le sexe. Ils peuvent contester les normes sociales, les stéréotypes et les préjugés qui tolèrent en silence le travail des enfants. Chacun de nous peut et devrait faire quelque chose pour alléger la souffrance de millions d’enfants, dans le souci d’un avenir durable et prospère au Cambodge.

Traduction : Edith Disdet
Photo:ILO/Phan Hien
Source (Gabriela Olguin/The Cambodia Daily) : Millions in Asia’s Child Labor Force Denied Basic Rights

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