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Vers une troisième voie politique en Malaisie?

realsize imagesNazir Razak, cadre dirigeant de la finance et frère du Premier Ministre malaisien, aurait discrètement rencontré des personnalités du monde des affaires au Royaume-Uni et à Kuala Lumpur afin de constituer une nouvelle entité politique, correctement financée, non partisane et touchant toutes les races pour mettre fin aux politiques raciales, source de divisions qui empoisonnent l’atmosphère du pays.

L’effondrement manifeste le 16 mai de la coalition d’opposition Pakatan Rakyat semble ouvrir la voie à un réalignement politique majeur. Le parti extrémiste du Parti Islam se-Malaysia fondamentaliste, ou PAS, s’étant rallié au parti gouvernemental UMNO sur l’idée afin d’obtenir la majorité des votes des 60% de la population Malaise et de préserver la domination politique de cette ethnie.

Nazir Razak, 49 ans, aurait rencontré des modérés, dont des responsables chinois, dans le cadre d’une campagne pour élaborer une nouvelle entité qui, en cas de succès, devrait considérablement redessiner le paysage politique du pays, faisant éclater les lignes de partis historiques, établies avant l’indépendance 1957. Interrogé par les médias locaux, Nazir Razak a toutefois écarté l’idée que la nouvelle entité serait un parti politique, lui préférant le statut d’organisation non gouvernementale.

Il s’agit toutefois d’un pari risqué : Nazir Razak ne s’opposerait pas seulement à son frère mais à l’héritage de son propre père, Tun Abdul Razak Hussein, l’un des fondateurs de l’UMNO qui fut le second Premier Ministre du pays.

Saifuddin serait le visage public

Il semble que Nazir Razak veuille rester dans l’ombre, retenu par ses sentiments sur le rôle de son père dans la construction du pays. Néanmoins, des compte-rendus ont largement circulé à Kuala Lumpur bien qu’on s’attende à ce que Nazir nie publiquement toute implication. A sa place, la figure publique devrait être Saifuddin Abdullah, précédent ministre de l’UMNO, décrit comme l’un des politiciens les plus modérés et libéraux du parti. Après avoir quitté le Parlement, Saifuddin a rejoint l’Université de Malaya en tant que chercheur. Il a ensuite quitté l’université en protestation à la démission forcée de Mohamad Redzuan Othman, un professeur de sciences sociales, accusé d’avoir mené des études critiques envers le gouvernement.

Néanmoins, les amis de Nazir Razak lui ont conseillé d’apparaître comme le moteur principal, sous peine d’échec. Saifuddin, pour respecté qu’il soit comme modéré, n’a pas suffisamment d’influence pour attirer les soutiens.

L’abandon des voies traditionnelles par les modérés

Ce scenario est susceptible de conduire les minorités modérées et ethniques actuellement liées à l’UMNO – l’Association chinoise malaisienne et le Congrès indien malaisien – à chercher une voie politique différente et plus viable.

Du côté de la coalition de l’opposition, le Parti de l’Action Démocratique (DAP) et le Parti Keadilan Rakyat (PKR), la voie centriste mise en place par Anwar Ibrahim, maintenant en prison, sont censées rester alliées même si le Parti Keadilan est déchiré par des luttes internes (Mohamad Azmin Ali, Ministre en Chef du Selangor, se bat pour le pouvoir contre Wan Azizah Ismail épouse d’Anwar Ibrahim et présidente du parti). Sans Anwar Ibrahim, le parti paraît se diriger vers la paralysie, spécialement avec le départ du PAS. Lim Kit Siang, longtemps leader du DAP dominé par les Chinois, a appelé à plusieurs reprises à un gouvernement d’unité mais a été ignoré. Tony Pua, figure montante de la politique du DAP, a semble-t-il été approché par les modérés.

Nazir est le président du groupe CIMB, l’une des plus importantes banques du pays et un de ses hommes d’affaires les plus respectés. Depuis des mois, il est à la limite d’une rupture ouverte avec son frère, Najib Razak, à cause du scandale du fonds d’investissements soutenu par l’Etat, 1Malaysia Development Bhd, qui a un passif de 42 milliards de RM [11,2 milliards de $] dont on estime que plus de la moitié des dettes ne sont pas couvertes. Beaucoup craignent que l’effondrement du 1MBD ne provoque celui du système financier du pays. En même temps qu’il envisage la formation d’un gouvernement d’unité nationale, Nazir lutte donc avec Najib pour trouver l’argent afin de sauver le 1MBD. Un peu plus tôt cette semaine, il a d’ailleurs rencontré le milliardaire Ananda Krishnan, un des hommes les plus fortunés de Malaisie.

Tout comme ses frères, Nazir serait également soucieux de l’effet sur la réputation familiale des dépenses extravagantes de la femme de Najib, Rosmah Mansor, ainsi que des soupçons, relayés par l’ancien Premier Ministre, Mahathir Mohamad, qui portent sur l’identité du commanditaire du meurtre en 2006 d’une mannequin mongole suite à l’achat de sous-marins à la France, à l’époque où Najib était ministre de la Défense. La transaction aurait rapporté à l’UMNO 141 millions de dollars de commissions occultes.

Traduction : Edith Disdet
Source (Asia Sentinel) : Major Realignment Possible in Malaysia Politics

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