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Les Fondamentalistes brisent le pacte de l’opposition en Malaisie

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En voulant faire appliquer la Sharia, le PAS détruit la coalition.

L’une des causes principales de ce qui sonne le glas du système politique malaisien actuel et ruine la possible mise en place d’un nouveau rassemblement, est l’émasculation de la coalition Pakatan Rakyat qui avait réussi à construire l’opposition la plus puissante depuis l’indépendance du pays.

L’arrêt de mort de la coalition a été prononcé le mardi 16 mai après que l’aile conservatrice islamique du PAS (Parti islamique malaisien) a refusé de renoncer à ses positions fondamentalistes sur la gestion de l’Etat du Kelantan, seul Etat dirigé par le PAS. Le leader du Democratic Action Party au Parlement, Lim Kit Siang, a déclaré que la coalition n’attendait plus que l’organisation de ses « funérailles ».

Lim a reproché à Adbul Hadi Awang, le leader du PAS, d’être responsable de la mort de la coalition, expliquant que ses manœuvres avaient entraîné la destruction du Cadre de Politique Commune défini par le leader de l’opposition Anwar Ibrahim au moment de la formation de la coalition en 2008.

La coalition, un rêve fragile

Mais depuis sa naissance, il y a 7 ans, la coalition Pakatan Rakyat, composée du DAP, du PAS et du Parti Keadilan Rakyat, qu’Anwar avait réussi à constituer avec les Malais modérés, les anciens déçus de l’UMNO et d’autres composantes éparses, n’a jamais été vraiment viable. Pourtant, en raison des désillusions provoquées par le Barisan Nasional au pouvoir, corrompu et obsédé par la race, l’opposition avait réussi à assommer le Barisan en 2008, en remportant 82 des 222 sièges au Parlement, le Dewan Rakyat, et en brisant pour la première fois la majorité des deux-tiers que détenait jusqu’alors la coalition au pouvoir.

Puis en 2013, le parti a fait encore mieux, remportant 50,87% des votes contre 47,38% pour le Barisan, mais ne gagnant que 89 sièges sur 133 en raison du découpage électoral et du système majoritaire à un tour. Le Barisan, et en particulier le Premier Ministre Najib Tun Razak, réalisèrent alors qu’il fallait neutraliser l’opposition, et ils commencèrent à courtiser le PAS pour briser la coalition.

Le PAS a bien compris la manne que cela représente, et semble donc tenter de s’aligner avec l’UMNO en vue de récolter ensemble une part suffisante des 60,1% des votes des Malais pour continuer à dominer la politique du pays, contre les 22% de Chinois, les 8% d’Indiens et le reste, principalement les tribus chrétiennes de Sabah et Sarawak.

A la grande frustration du DAP et du Parti Keadilan, Abdul Hadi Awang, le leader du PAS, semble – dans une évolution inexorable – soutenir de plus en plus Najib, malgré l’énorme scandale qui commence à éclater sur le fonds public d’investissement 1Malaysia Development Bhd.

Un pacte avec le diable ?

Une alliance avec l’UMNO peut pourtant se révéler un pacte avec le diable, et dépend de la capacité à convaincre les Malais modérés de continuer à suivre la ligne du parti. Or, comme la plupart des minorités ethniques, de nombreux Malais ne veulent pas entendre parler des lois dites « hudud », qui veulent lapider les femmes adultères et couper les mains des voleurs.
« Le vote des Malais va se diviser au moins en quatre, ce qui signifie que les gouvernements des Etats seront instables, à l’image du gouvernement fédéral », explique un avocat malais. Ce dernier prédit de façon pessimiste une grave période de troubles politiques.

Une autre source malaisienne souligne que les deux autres partis – le DAP et le Parti Keadilan – restent dans la coalition et peuvent désormais se développer de manière plus efficace sans le poids des fondamentalistes islamiques, pour recruter plus de Malais modérés frileux à l’égard de l’UMNO et du PAS.

Avec 71% de la population qui vit désormais dans les zones urbaines, le pourcentage de Malais ruraux vivant dans les villages se réduit énormément. On peut présumer que le désir de voir les lois fondamentalistes s’appliquer se réduit en conséquence. Les Malais des villes sont bien plus modérés que leurs homologues des campagnes, veulent suivre les tendances de la mode et boire de la bière quand personne ne regarde. Par exemple, lors d’un sondage effectué après les sévères inondations de l’an dernier, 81% des Malais, au niveau national, estimaient que le gouvernement du Kelantan devait se concentrer sur la mise en place de l’hudud, la sévère loi islamique fondamentaliste, plutôt que de s’occuper des inondations. Dans le Kelantan, 81% se prononçaient au même moment contre l’hudud.

Il y a une énorme incertitude politique dans les Etats où la coalition Pakatan Rakyat est au pouvoir, et il est difficile de savoir si ces alliances doivent être dissoutes. Si tel est le cas, cela demanderait de nouvelles élections, au risque de provoquer encore plus d’incertitude. L’UMNO est paralysée par la guerre entre la droite du parti contrôlée par l’ancien Premier Ministre Mahatir Mohamad, et l’aile contrôlée par Najib ; la situation dans le pays semble donc se détériorer de jour en jour. Ce n’est qu’une question de temps avant que l’impasse politique ne commence à affecter les investissements étrangers.

Le Secrétaire Général du DAP Lim Guan Eng a déclaré à des journalistes que le parti rechercherait la formation d’une coalition avec des partis islamiques sans les nommer, mais la question d’une quelconque viabilité se pose. Cela rendrait plus facile la progression d’une nouvelle coalition centrée autour du frère du Najib, Nazir, qui serait un arrangement plus viable.

La coalition commence à se désintégrer

Avec l’effacement d’Anwar, la coalition avait lentement commencé à se désintégrer. L’année dernière, après avoir échoué à prendre la tête de l’Etat du Selangor, riche et peuplé, en raison de sa condamnation par le tribunal, il avait essayé de mettre sa femme à ce poste, mais le PAS avait refusé de les soutenir. Finalement, Wan Azizah a dû laisser la place à Azmin.

Anwar, poursuivi par les accusations continuelles de sodomie, considérées abusives par les organisations de défense des droits de l’homme, n’a pas pu consacrer ses efforts à lisser les divisions entre un parti Chinois, un parti rural de fondamentalistes islamiques, et son propre parti le PKR. Il a finalement été emprisonné en janvier dernier et est toujours en prison ; sa carrière politique est sans doute terminée.

D’après les observateurs, la destruction de la coalition d’opposition est très probablement l’œuvre de Najib, dont on pense qu’il a travaillé dans l’ombre pour promouvoir un arrangement « d’unité » avec les PAS et son leader Abdul Hadi Awang.

L’opposition au sein de la coalition au pouvoir – l’opposition de l’UMNO – la décision du PAS de vouloir mettre en application l’hudud – une loi islamique datant du VIIè siècle – dans l’Etat côtier de l’Est, le Kelantan, n’auraient été mis en avant qu’à titre symbolique.

Traduction : Louise de Nève
Photo : Firdaus Latif/Flickr
Source (/Asia Sentinel) : Fundamentalists Sink Malaysia Opposition Pact

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