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Thaïlande : la vie après l’expulsion

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Huit mois après la mise en œuvre du Plan Directeur du gouvernement Thaï pour reboiser le pays, les villageois de la région Isaan en subissent les conséquences, au prix de leur moyen de subsistance et de leur santé.

Kalasin – Trois mille hévéas sont entassés les uns sur les autres comme une simple rangée de dominos renversés. Un homme mince aux mains calleuses et des rides autour des yeux regarde le terrain qui fut autrefois les économies de toute sa vie, sa principale source de revenus et sa maison. Il est maintenant couvert de mauvaises herbes, détruit au nom de la conservation environnementale et du reboisement.

Paiwan Taebamrung, 46 ans, raconte comment tout ceci s’est passé. Un agent de district armé est venu chez lui de nuit et a exigé qu’il quitte sa propriété. Des relents de whisky flottaient dans l’air. Trois jours plus tard, l’agent est revenu avec le chef du village. Paiwan a observé les douzaines d’agents quand ils ont coupé 4,8 de ses 5,7 hectares d’hévéas.

Le Plan Directeur, dévoilé par le Conseil National pour la Paix et l’Ordre (NCPO) peu après le coup d’Etat l’année dernière, prétend cibler les investisseurs commerciaux qui possèdent et exploitent des milliers de rais (unité de mesure thaïlandaise) pour cultiver du caoutchouc, du manioc et d’autres plantes lucratives.

Mais les villageois affirment qu’ils ne sont pas du tout des investisseurs – seulement de pauvres familles essayant de gagner leur vie sur la terre où ils ont travaillé toute leur vie : « Beaucoup de villageois pauvres qui ont vécu dans la forêt pendant des décennies ont été identifiés comme des investisseurs », explique le Dr. Nattakant Akarapongpisak, maître de conférence à la Faculté de Sciences Politiques à l’Université de Maha Sarakham.

Des villageois assimilés aux investisseurs

C’est le cas de Paiwan. « Ils m’ont catalogué investisseur et dit que je devais partir. Ma famille a travaillé sur cette terre pendant 47 ans. » La maison de Paiwan a été déclarée construction illégale et sa femme et lui ont dû emménager chez sa sœur ainée. Aujourd’hui, huit mois après son éviction, les répercussions du Plan Directeur sont toujours aussi fortes. Paiwan et sa femme ont dû trouver du travail comme journaliers au salaire minimum de 300 bahts par jour (8€). « On a du mal à joindre les deux bouts », dit-il « et je suis frustré de ne pas travailler sur ma propre terre. J’ai travaillé dans le sud pendant 20 ans afin d’économiser suffisamment pour acheter les hévéas ».

Selon le Commandement des Opérations de Sécurité Interne, des fermiers de 68 provinces sont confrontés à des accusations et expulsions similaires. Ce qui a commencé comme un objectif admirable d’atteindre la couverture forestière en Thaïlande en l’espace de 10 ans est devenu maintenant une liste interminable de violations des droits humains.

Le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels (ICESCR) énonce clairement le droit de travailler et protège les gens contre la privation de leurs moyens de subsistance. Bloquer l’accès à la terre va directement à l’encontre des principes que l’Etat Thaïlandais a juré de défendre.

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