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Philippines : 300 familles sans logement après la démolition de leur maison à Manille

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Le 26 mai dernier, plus de 300 familles se sont retrouvées à la rue lorsqu’une équipe de démolisseurs a détruit leur maison, sur ordre du gouvernement. Le terrain accaparé doit être employé pour la construction d’un bâtiment en copropriété dans le quartier de Calaanan, village 86, zone 8, dans la ville de Caloocan.

« Tout comme d’autres personnes pauvres dont l’habitat est menacé de démolition, ceux du quartier de Calaanan sont victimes de la politique du gouvernement car les autorités donnent la priorité au développement d’entreprises privées plutôt qu’à l’attribution de terres aux projets de construction de logements à prix abordable, » constate Francis Tio, 62 ans, ancien représentant du village et habitant de longue date du quartier de Calaanan.

Il poursuit : « Elles choisissent de vendre les terres publiques aux grandes compagnies locales et étrangères plutôt que de mettre des logements abordables voire gratuits à la disposition des plus défavorisés ».
L’équipe de démolition est arrivée dans la communauté vers 5 heures du matin. Les habitants ont rapidement installé des barricades de fortune pour défendre leur foyer. Quelques incidents violents ont éclaté : lorsque les démolisseurs ont progressé dans le quartier, les résidents ont essayé de les arrêter avec des jets de pierres et de bouteilles.

Deux résidents au moins, sélectionnés arbitrairement, ont fait l’objet d’une arrestation par les forces de l’ordre, selon M. Tio. Un policier a été blessé par une arme à feu improvisée.

D’après lui, la branche 51 du tribunal régional de Caloocan avait ordonné la démolition de seulement 50 maisons ; il estime que vers 13h, près de 100 habitations avaient été complètement détruites.

Toujours selon M. Tio, cette action résulterait de la trahison d’au moins deux représentants de la communauté, le chef du village Bernard Yuson et le représentant du deuxième district de la ville de Caloocan, Egay Erice : « Deux officiels locaux, supposés défendre les droits de leurs électeurs, nos droits, ont préféré trahir notre cause. Ils ont vendu non seulement leurs principes, mais également leur dignité en échange de ce que Yao leur a promis. Leur action est méprisable, » rapporte-t-il, amer. La zone est revendiquée par l’homme d’affaire Alfredo Yao.

M. Tio explique que les résidents se sont vu offrir 60 000 pesos philippins (presque 1 190 euros) à la place d’un endroit où se reloger. Sur les 500 familles, quelque 100 résidents auraient accepté cet argent ; la plupart d’entre eux seraient des proches du chef du village. La majorité des habitants vit dans cette communauté depuis 30 ou 50 ans. Elle tire ses revenus de la vente d’aliments séchés ou de baluts (spécialité culinaire à base de fœtus de canard), pour un bénéfice journalier d’entre 120 et 300 pesos (entre 2 et 6 euros). Les autres travaillent comme charpentiers ou occupent des postes à salaire minimum.
L’ancien représentant de village, annonce toutefois que leur combat n’est pas encore fini. Les résidents ont prévu de s’installer provisoirement à côté du monument Andres Bonifacio au bord du boulevard périphérique de Manille. Ils souhaitent ainsi montrer comment ils ont été victimes d’un gouvernement qui favorise le profit au détriment des droits des personnes. M. Tio conclut : « Nous renaîtrons des décombres de cette démolition ».

Traduction : Cindy Presne
Source (Janess Ann J. Ellao/Bulatlat) : Caloocan Demolition leaves 300 families homeless
Photo : Jhun Dantes / Bulatlat.com

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