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Aux Philippines, une nouvelle union en faveur d’une « vraie » réforme agraire

Rosaria_Guzman_Ibon_Philippines_PLRMLes fermiers ont été rejoints par les représentants d’autres secteurs d’activité pour s’unir en faveur d’une vraie réforme agraire, qui devrait se traduire par une réelle croissance économique générale, une rapide réduction de la pauvreté et une véritable sécurité alimentaire.

Plus de 500 fermiers de différentes régions du pays et les dirigeants de plusieurs organisations se sont réunis le 28 mai à l’Université des Philippines à Diliman pour lancer le Mouvement de la Réforme Agraire aux Philippines (PLRM). Les fermiers présents au lancement du Mouvement de la Réforme Agraire aux Philippines se considèrent comme des victimes du Programme Global de Réforme Agraire (CARP) : bien qu’ils soient bénéficiaires dudit CARP, les fermiers de l’Hacienda Luisita à Tarlac, Hacienda Looc à Batangas, Hacienda Dolores à Pampanga, Araneta Estate à Bulacan et Hacienda Yulo à Laguna ont ainsi été expulsés de leurs terres. Mais les responsables des paysans de Panay, Cordilleras, Cagayan Valley et Mindanao ont également assisté à l’événement.

Ce nouveau mouvement s’oppose à l’adoption du projet de loi n° 4296 Acquisition et Distribution des Terres (LAD), en cours d’examen à la Chambre des Représentants, qui vise à étendre davantage le CARP. « L’expérience nous a appris que nous ne pouvions pas compter sur le gouvernement pour mettre en oeuvre un véritable programme de réforme agraire », explique Jeremias Numeral, président de Namasor, la branche locale du Kilusang magbubukid ng Pilipinas (KMP) à Agusan del Sur.

L’échec du CARP

Après 27 ans d’application du CARP, la majorité des fermiers ne possède toujours pas la terre qu’ils cultivent. D’après Ibon Foundation, un groupe de réflexion indépendant, le nombre de fermiers locataires est passé de 555 232 en 1988 à 1,2 million en 2012. Des millions de fermiers sont toujours sous contrat avec des propriétaires de plantations et des sociétés agro-industrielles et beaucoup de ces contrats sont onéreux pour les fermiers et les travailleurs agricoles. Quelque 1,2 million d’hectares sont sous contrat avec l’agro-industrie.

Les données de la Land Bank of the Philippines montrent que seulement 9,7% des “bénéficiaires” du CARP se sont intégralement acquittés de leur contribution tandis que 14 continuent à payer et 76% ont arrêté les versements. D’autre part, selon Ibon, le gouvernement a payé la stupéfiante somme de 192 milliards de Pesos (3,8 millards €) entre 1988 et 2012 au titre de l’“ indemnisation” des propriétaires.



Voici le conseil que Melecio Canete, l’un des centaines de fermiers menacés d’expropriation à Tungkong Mangga, Province de Bulacan, à ses collègues fermiers « Ne quittez pas la terre, même si cela doit vous coûter la vie ». C’est exactement ce qu’ont fait, entre autres, ses collègues fermiers de Hacienda Luisita, Hacienda Looc, Hacienda Dolores, Hacienda Yulo, Central Mindanao Université, la Réserve Militaire de Fort Magsaysay malgré l’usage de la violence à leur encontre.

Jeremias Numeral a précisé que seule l’action collective leur permettra de remporter de “petites victoires” et a signalé que dans la région de Carage, les organisations paysannes ont réussi à diminuer le coût du broyage de 2 P (0,04 €) par sac de palay (riz non décortiqué) à 0,75 P (0,01 €). Il a ajouté que Namasor a réussi à négocier la baisse des intérêts imposés par les usuriers, d’un sac de palay par tranche de 1 000 P (20 €) pour 20 kg de palay (un sac de palay équivaut à 40 kg).

Namasor a également dirigé la campagne contre le versement d’un loyer foncier de 50% à la famille Ong-oh. La majorité des 140 familles cultivant la noix de coco a arrêté de payer les loyers de la terre après que Namasor leur a expliqué que le clan Ong-oh ne pouvait pas prouver qu’il était propriétaire de la terre qu’ils louaient dans les trois provinces de Caraga.

A Panay, entretemps, Chris Chavez, président du groupe local de paysans Pamanggas, a raconté comment les Tumanduks, une tribu indigène, continuent d’affirmer leurs droits sur leurs terres ancestrales dans la réserve militaire de 33 310 hectares.

La nécessité d’une réforme agraire

Jeremias Numeral et Chris Chavez ont tous deux salué la formation du PLRM. C’est la première fois dans l’histoire qu’un tel mouvement se forme, remarque Chris Chavez : « Non seulement les fermiers mais aussi des personnes appartenant à d’autres secteurs militent maintenant pour une vraie réforme agraire ». Des membres de l’académie, de l’église, des scientifiques et ingénieurs, des parlementaires, des artistes, des paysans, des ouvriers, des pauvres urbains, des jeunes, des femmes, des Moro, des défenseurs des droits humains et de la paix ont ainsi rejoint le PLRM. Pour Rosaria Bella Guzman, rédactrice en chef d’Ibon, la réforme agraire reste la clef du développement national et une vraie réforme agraire se traduirait par une réelle croissance économique générale, une rapide réduction de la pauvreté et une véritable sécurité alimentaire.

Dans sa déclaration d’unité, le PLRM a rappelé que « l’industrialisation nationaliste et une véritable réforme agraire sont les piliers fondamentaux d’une croissance durable et de la souveraineté nationale ». Le PLRM s’est engagé à rejoindre des actions directes pour affirmer et défendre les droits des fermiers à la terre.

Traduction : Edith Disdet
Source (Ronalyn V. Olea/Bulatlat) : Farmers, other sectors link arms to fight for genuine land reform
Photo (Ronalyn V. Olea / Bulatlat.com) : Rosaria Bella Guzman, rédactrice en chef d’Ibon.

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