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Cambodge : les victimes d’abus sexuels sont aussi des hommes

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Au Cambodge, de récents soupçons d’abus sexuels sur de jeunes garçons impliquant plusieurs responsables d’ONG de protection de l’enfance ont de nouveau attiré l’attention sur de tels actes. Pourtant, selon les experts réunis cette semaine, ces garçons restent privés de toute assistance face à ces crimes qui sont encore perçus comme n’affectant que des femmes et des jeunes filles.

Une conférence internationale organisée à Phnom Penh du 25 au 29 mai, a réuni 300 participants venus de 70 pays pour présenter leurs travaux et demander un changement urgent des mentalités envers les garçons et les hommes victimes de violences sexuelles.

Selon South-South Institute, un des co-organisateurs de la conférence, les plus récentes estimations montrent que dans le monde 1 homme sur 6 contre 1 femme sur 5, subit des violences sexuelles au cours de sa vie, et pour certains plusieurs fois. Malgré cela, on ne peut guère compter que sur un faible pourcentage d’ONG pour leur venir en aide, et les financements sont plus difficiles à trouver.

Le but implicite de cette conférence organisée par des ONG de protection de l’enfance dont First Step Cambodia (Première Etape) une ONG locale – axée sur l’aide aux victimes de sexe masculin – était d’attirer l’attention sur les difficultés et les injustices qui perdurent.

“Que vous soyez un jeune homme, une jeune fille, un homme ou une femme, en tant qu’être humain victime de violence sexuelles vous êtes en droit d’attendre des réponses”, déclare Christophe Dolan dont l’ONG Refugee Law Project en Ouganda assiste les victimes masculines abusées sexuellement sur les zones de conflits. “Du point de vue politique cela peut stopper l’enchaînement de la violence, et du point de vue psychologique nous aide à mieux comprendre les répercussions des traumatismes et pas seulement sur une seule catégorie d’individus”, poursuit-il.

Nou Va, Directeur de programmes à l’ONG Youth for Peace a assisté au tribunal les victimes des abus des Khmers Rouges. Il a mis en avant les problèmes auxquels sont confrontés les garçons et les hommes cambodgiens : “En tant que Cambodgien je n’avais jamais entendu parler de violence sexuelle envers les hommes… et du fait de nos croyances lorsque les gens en ont entendu parler, ils ne le croyaient pas, car ils ne pensaient pas une telle chose possible”, explique-t-il.

L’enquête nationale réalisée conjointement par le gouvernement cambodgien et l’Unicef en 2013 a dévoilé pour la première fois l’ampleur de la violence sexuelle dans le pays, qui pouvait toucher autant les filles que les garçons. L’étude a révélé que 4,4% des femmes contre 5,6% des hommes entre 18 à 24 ans ont déjà subi des sévices sexuels avant l’âge de 18 ans. Entre 13 et 17 ans, ces chiffres atteignent 6% pour les femmes et 5% pour les hommes.

Lors de ses observations des crimes sexuels commis sur les enfants au Cambodge, Samleang Seila, le président de l’ONG Action pour les enfants (APLE), a constaté une même proportion de maltraitance entre les garçons et les filles. Depuis le début des observations d’APLE, près de 650 enfants ont pu être sauvés de l’exploitation et des abus sexuels: 53% sont des garçons de 7 à 17 ans et 47% des filles de 4 à 16 ans, selon M. Seila. “Cependant bien qu’uniformément réparti, le problème est plus difficile à traiter avec les garçons”, a t-il ajouté.

Les raisons de ces difficultés englobent une inadaptation des services et des installations pour les victimes de sexe masculin, un manque de spécialistes et une tendance de la police et des juges à penser que les hommes sont moins affectés par les sévices sexuels.

Pour Alastair Hilton, un ancien assistant social anglais et collaborateur de First Step Cambodia, les cas d’abus perpétrés au sein d’organisations de protection de l’enfance ont mis en évidence la situation dramatique des garçons maltraités au Cambodge, mais reflètent plus généralement l’image de la société cambodgienne.

Au mois de mars, le propriétaire d’un orphelinat cambodgien a été accusé d’avoir agressé sexuellement de nombreux garçons sous sa protection, et l’année dernière un Américain a été reconnu coupable d’avoir abusé sexuellement cinq garçons de l’orphelinat qu’il dirigeait. “Nous devons concentrer nos efforts sur les nombreuses victimes de mauvais traitements, dont la moitié sont des garçons”, a-t-il expliqué – “les abus institutionnels sont un risque potentiel et si parmi les organisations qui travaillent pour nous, la suspicion est avérée pour 1, ce sont 10 autres centres qui fermeront leurs portes.”

Mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

Une étude de 2015, réalisée par des chercheurs en santé publique au sein de l’ecole Gillings, à l’Université de Caroline du Nord, sur le traumatisme des orphelins et des enfants vulnérables de cinq pays en voie de développement dont le Cambodge montre qu’indépendamment du genre, la violence sexuelle est de loin la cause la plus importante, touchant 12% des filles et 14% des garçons au sein des institutions. “Pourtant les mécanismes de financement internationaux intensifient plus particulièrement la protection des filles, faisant fi des besoins de protections physique et sexuelle spécifiques aux garçons”, notent les auteurs.

M. Hilton a rédigé en 2008, le tout premier rapport sur les garçons victimes de violence sexuelle au Cambodge, intitulé : “Je n’aurai jamais pensé que cela puisse arriver aux garçons” et ses révélations ont confirmé que si les abus contre les garçons sont clairement établis, aucune recherche pour en mesurer l’ampleur n’a été faite et il soupçonne que les habitudes culturelles concernant la masculinité n’étouffent ce problème endémique. “Une culture du silence a empêché les hommes de parler car tout dans leur communauté et dans la société minimise leur sexualité, et laisse croire que seules filles peuvent être maltraitées”.

En 2010, après ses dénonciations, M. Hilton a participé à la fondation de First Step Cambodia, mais les changements d’attitudes ont été particulièrement laborieux.
Malgré le grand nombre d’ONG destinées aux femmes et aux filles victimes d’exploitation sexuelle, on ne compte que trois organisations – First Step, Hagar et M’lop Tbang à Sihanoukville – pour répondre aux besoins spécifiques des garçons et des hommes. Friends International travaille autant avec les filles que les garçons. “A la sortie de l’étude en 2008, il n’en existait aucune. J’ai cru naïvement qu’une fois les résultats reconnus, les donateurs s’y intéresseraient et penseraient “oh, oui maintenant on sait qu’il y a un problème, agissons” mais j’ai appris que ça ne fonctionnait pas comme ça”, poursuit-il.

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