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Au Cambodge, une première bombe sortie de l’eau par une équipe de démineurs sous-marins

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Plus de 40 ans après que l’armée américaine se soit retirée de l’Asie du Sud-Est, la première équipe cambodgienne de démineurs sous-marins, dont certains ne savaient pas nager il y a deux ans, a tiré hors de l’eau, jeudi 21 mai dernier, une bombe d’environ 226 kg située dans le Mékong. Un souvenir mortel des 2,7 millions de bombes larguées par les avions de guerre américains sur le pays.

Depuis que les relevés ont démarré en 1979, près de 20 000 Cambodgiens ont perdu la vie à cause de munitions et de mines non explosées, une partie de l’héritage cruel de la stratégie des États-Unis pour gagner sa guerre avec le Vietnam en déversant des millions de tonnes de bombes sur les pays voisins. Des décennies de guerre civile ont également laissé le pays truffé de mines meurtrières.

Au fond du fleuve Mékong, on estime qu’il y a plus de 2 000 tonnes de munitions cachées sous l’eau boueuse qui ont coulé sous le feu américain, alors que des bateaux américains transportaient des fournitures militaires de la frontière du Vietnam jusqu’au périlleux tronçon de 100 km sur le fleuve vers Phnom Penh.

Il y a deux ans encore, le Cambodge ne pouvait rien faire sauf laisser ces menaces là où elles se trouvaient, car le déminage sous-marin est un métier extrêmement dangereux, et le Cambodge manquait de personnes ayant des compétences spécialisées pour s’en charger. C’est alors que le Centre d’action antimines du Cambodge (CMAC) et la Fondation humanitaire Golden West, un organisme de bienfaisance pour le déminage financé par le gouvernement américain, ont annoncé le recrutement de la première équipe de plongeurs sous-marins du Cambodge.

Jeudi 21 mai, après des essais exténuants et une formation intensive, l’équipe a réussi à sortir de l’eau sa première bombe, une bombe MK82 de fabrication américaine submergée sous 7m d’eau boueuse, que les médias ont suivi à partir d’un endroit sûr. « C’est la première fois qu’une équipe de plongée sous-marine pour le déminage est créée de toute pièce. Cela n’avait jamais été fait auparavant », a déclaré Allen Tan, directeur de la fondation Golden West au Cambodge, pendant que les plongeurs travaillaient sous l’eau dans le district de Lvea Em (province de Kandal). Selon Allen Tan, le danger pour la sécurité publique, malgré le confinement des eaux, est important et si un pêcheur attrapait la bombe avec son filet, l’explosion détruirait son bateau et probablement aussi sa vie.

Les plongeurs ont travaillé dans des conditions de visibilité quasiment nulles avec des torches pour apposer un équipement de levage à distance pour baliser la bombe à la surface. À 11h, un ballon a troublé la tranquillité de l’eau et a ensuite été tiré vers les berges du fleuve.

Un des plongeurs, Lorn Sarat, âgé de 27 ans, a déclaré que malgré la difficulté pour retirer une bombe de l’eau, il n’a pas eu peur : « Quand je suis allé dans l’eau, j’ai cherché la bombe. Puis nous avons attaché un ballon dessus et j’ai creusé autour pour retirer la boue entourant la bombe », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas eu peur car je me suis entraîné plusieurs fois et je connais la stratégie et les techniques pour retirer des bombes ».

Malgré les tentatives réussies par le gouvernement et les organismes de bienfaisance pour le déminage de réduire les victimes, les munitions non explosées continuent de tuer et de mutiler, avec 157 victimes recensées en 2014, dont 21 décès. Et malgré le courage de Lorn Sarat, le déminage est un travail dangereux. En mai 2014, deux démineurs cambodgiens ont été tués lorsqu’un engin non explosé a explosé dans la province de Battambang.

Outre la complication du travail sous l’eau, Lorn Sarat a eu un autre défi à surmonter. « Avant d’être recruté comme plongeur CMAC, je ne savais pas nager », a-t-il dit. « Ils ont dû nous apprendre à la fois à nager et à connaître les techniques de déminage, mais après un mois, j’avais appris à nager et dans les 4 à 5 mois qui ont suivi, j’étais beaucoup mieux ».

Sok Chenda, le chef d’équipe des plongeurs-démineurs du CMAC qui a désamorcé la bombe une fois posée sur la terre rouge, a déclaré que ce travail de déminage était plus que jamais indispensable pour le développement du Cambodge. « Ce travail est très dangereux car nous ne pouvons pas voir la bombe, nous pouvons seulement utiliser notre main pour la toucher et la sentir », a-t-il dit. « Mais les ponts et les ports ne peuvent être construits que s’il n’y a plus de bombes sous l’eau ».

Traduction : Elodie Prenant
Source (Khuon Narim / The Cambodia Daily) : Underwater Deminers Pull First Bomb From Deep
Photo : Voice Of America (capture)

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