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La mer des Philippines occidentales pour tous !

manif_mer_philippinesLa manifestation organisée par l’organisation environnementale Kalikasan People’s Network for the Environment (PNE) et le parti progressiste Bayan Muna ressemble à bien des égards à une lutte entre David et Goliath. Le témoignage de Léon Dulce, coordinateur de campagne du Kalikasan PNE.

Réunis devant le bâtiment de verre et de béton du Consulat de Chine à Makati, nous avons appelé le gouvernement chinois à l’appétit gargantuesque à respecter les droits des petits pêcheurs et à cesser ses activités aux effets écologiques dévastateurs en mer des Philippines occidentales.

Nous avons protesté contre la manière dont la Chine étend ses intérêts commerciaux gaziers et pétroliers en mer des Philippines occidentales. En utilisant sa force navale, elle s’attaque directement à l’environnement et à l’industrie de la pêche. Nous avons dénoncé l’échec de la Chine et de tous les gouvernements concernés par ce conflit maritime à permettre à nos peuples de bénéficier d’un environnement sain et durable.

Un tiers de la biodiversité maritime mondiale

Gardez ceci en tête : la mer des Philippines occidentales abrite un tiers de la biodiversité maritime mondiale. Elle est également le second espace marin du Triangle du corail, qui est le cœur de la biodiversité marine et sur lequel comptent de 120 à 340 millions de personnes pour vivre et se nourrir. La pêche à elle-seule fournit à notre pays 70% de ses besoins en protéine et nos territoires dans la mer des Philippines occidentales représentent 26% de notre surface totale de pêche.

En plus de son importance environnementale majeure, la mer des Philippines occidentales est économiquement centrale. Elle est devenue une « route de la soie » où s’échangent chaque année cinq trillions de dollars d’intérêts commerciaux entre l’Asie et le Pacifique. De plus, 190 trillions de mètres cubes de réserves inexploitées de gaz et de pétrole se trouvent sous ses eaux, soit 11 milliards de barils, et l’équivalent de réserves probables.

Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’appétit capitaliste de la Chine et faire « pivoter » l’empire américain vers l’Asie-Pacifique. En redéployant 60% de ses forces armées dans la région Asie-Pacifique, les États-Unis se sont de facto réinstallés dans leurs bases aux Philippines. L’Asie orientale se retrouve aujourd’hui dans une situation volatile similaire à celle de l’Irak. Tout en faisant partie de ceux qui réclament un droit de propriété sur les richesses de la mer des Philippines occidentales, nous sommes à la fois le pion des Américains et le punchingball des Chinois.

Quel sens donner au fait d’être signataires de traités internationaux majeurs comme la Convention sur la diversité biologique, la Convention sur le droit de la mer ou la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction ? Comment ces nobles objectifs que sont le développement durable ou les Objectifs du Millénaire pour le développement peuvent-ils être atteints si nous détruisons cette mer qui nous apporte tant ?

En observant l’exemple de la mer du Nord dans l’océan Atlantique, nous savons qu’une coopération multilatérale et apaisée est possible. Depuis 1984 la Conférence internationale pour la protection de la mer du Nord réunit les États concernés. Celle-ci facilite une coopération et une gestion plus harmonieuse des industries de la pêche et de la protection de l’environnement.

Nous avons déjà de l’expérience avec l’Initiative du Triangle du corail qui réunit les Philippines et cinq autres pays pour œuvre à la protection de ce fameux corridor de biodiversité marine. Au lieu d’approfondir cette coopération multilatérale, l’administration Aquino reste coincée dans sa vision coloniale consistant à penser que d’augmenter l’intervention militaire américaine va maîtriser les agressions chinoises. Peu importe ses antécédents qui font des États-Unis le principal pollueur de la région Asie-Pacifique et que nos nombreux accords militaires bilatéraux ne les engagent finalement pas à venir à notre aide lorsque la Chine nous menace.

Il y a un besoin urgent non seulement de régler les tensions en mer des Philippines occidentales, mais également d’apporter des solutions pour une protection et une gestion durable de ses richesses. Ce défi sera relevé à la fois par le « Goliath » chinois et les « David » concernés par l’avenir de cette mer.

Nous pouvons initier une coopération internationale en effectuant une surveillance environnementale de nos zones économiques exclusives, en partageant nos connaissances et nos expériences pour répondre aux problèmes de surpêche, de braconnage et de dégradation de l’écosystème, tout en développant et en valorisant les capacités de nos pêcheurs. Nous pouvons contraindre les autorités à prendre davantage d’initiatives de façons bilatérales ou multilatérales pour explorer et utiliser le grand nombre de ressources naturelles qu’offre la mer des Philippines occidentales en se fondant sur les besoins des hommes et en respectant ses limites écologiques.

Nous, défenseurs de l’environnement de toute l’Asie, devons nous unir dans le respect mutuel de nos souverainetés respectives et de nos patrimoines nationaux propres, et continuer à propager ce message : la mer des Philippines occidentales pour tous !

* Leon Dulce est également le porte-parole de l’Environmental Network against Pork Barrel and Corruption.

Traduction : François Vezier
Source (Leon Dulce / Bulatlat) : West PH Sea for all!
Photo : L. Manalansan/Bulatlat

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