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Malaisie : la coalition au pouvoir et celle de l’opposition fragilisées lors des élections partielles

wan_azizah_malaisie Ni l’opposition ni la coalition au pouvoir n’ont significativement progressé lors des élections de ce début du mois de mai.

Deux élections partielles qui se sont déroulées la semaine dernière dans des districts ruraux de Malaisie démontrent que les soupçons de corruption et l’impopularité de la taxe sur les produits et services (TVA) continuent de diminuer la popularité de la coalition au pouvoir, le Barisan Nasional, dirigée par le Premier Ministre Najib Tun Razak. Mais elles n’annoncent pas de meilleures nouvelles pour la coalition d’opposition maintenant menée par Wan Azizah Wan Ismail, l’épouse du leader emprisonné, Anwar Ibrahim.

«Il n’y a pas vraiment de conclusion à tirer des deux élections partielles excepté que, dans les deux circonscriptions, l’Organisation Nationale Unifiée Malaise (UMNO, principal parti de la coalition au pouvoir, ndlr), a perdu un peu plus d’emprise auprès des Malais », a indiqué un analyste politique à Kuala Lumpur. « Est-ce que ce sera suffisant pour l’éliminer lors des prochaines élections ? Nous ne disposons pas d’assez de données pour arriver à cette conclusion. Est-ce que les Malais en ont assez des dirigeants de l’UMNO et [l’ancien Premier Ministre Mahathir Mohamad] a-t-il joué un rôle dans le recul du soutien à l’UMNO? Oui, certainement. »

Le principal à retenir reste probablement que le Parti Islam Se-Malaysia (PAS), la branche islamique de l’opposition, a raté sa campagne pour faire de l’application des hudud – série de règlements issus de la charia, datant du 7è siècle – une question centrale. De plus, les luttes intestines au sein de la coalition d’opposition Pakatan Rakyat, l’ont empêchée de progresser en total de voix, malgré la forte désillusion actuelle vis-à-vis du gouvernement. Pourtant, il y a un besoin évident d’un dirigeant fort pour dominer l’opposition avant qu’elle ne se disloque. Les Chinois du Parti d’Action Démocratique (DAP), profondément méfiants vis-à-vis de la loi islamique et aux commandes des hautes sphères des affaires en Malaisie, pourraient en effet s’en détourner.

Najib Razak, assailli au sein de son parti par les alliés de Mohamad Mahathir, qui l’ont accusé de divers manquements, avait besoin d’une forte victoire, particulièrement dans le fief malais de Rompin, dans l’Etat de Pahang, où le siège était tenu par un des alliés les plus proches de Najib, Jamaludin Jarjis, récemment décédé. Mais Najib Razak n’a pas eu le vote d’approbation espéré : si Hasan Arifin, l’un des plus anciens cadres de l’UMNO, a gagné haut la main avec 23 219 votes contre 14 901 en faveur du PAS, le total des votes en sa faveur a néanmoins baissé de 20% par rapport aux élections générales de 2013 et sa majorité a été diminuée de moitié. Les électeurs malais se seraient en effet abstenus, agacés par l’instauration d’une TVA à 6% sur l’ensemble des biens et services et par le scandale qui touche le fonds d’investissements d’Etat, 1MDB, qui aurait 42 milliards RMB (10,4 milliards €) de dette non provisionnée en raison d’investissements imprudents.

Dans le même temps, à Permatang Pauh, un district semi rural de Penang, Wan Azizah, 63 ans, a réussi à remporter le siège de son époux, Anwar Ibrahim, emprisonné pour cinq ans pour des charges, largement considérées comme abusives, de perversion sexuelle avec un ancien collaborateur. Elle avait déjà occupé ce siège lors du premier emprisonnement de son mari, sur des accusations similaires. Wan Azizah a dû non seulement affronter Suhaimi Sabudih de l’UMNO, mais aussi le PAS, dans son propre camp, dont les efforts sont de plus en plus affirmés pour imposer la loi islamique à une coalition réticente. Des leaders du PAS avaient même menacé de boycotter les élections. Toutefois, la campagne du PAS sur la question des hudûd, à la fois à Rompin et à Permatang Pauh, semble avoir eu peu d’impact sur les électeurs Malais.

Mais la question devient de plus en plus explosive au sein du parti lui-même et pourrait le faire éclater lors de la prochaine convention générale, entre les extrêmistes religieux d’un côté qui se tourneraient vers l’UMNO et les modérés qui quitteraient le parti en bloc. Cela étant, malgré une participation plus faible, Wan Azizah a gagné dans une proportion à peu près identique aux 13è élections générales de 2013 quand Anwar a obtenu 58,56% des suffrages. Un succès qui a pour effet d’en faire de facto le chef de l’opposition nationale. En conclusion, l’opposition serait donc parvenue à maintienir son électorat, alors que l’UMNO serait, de son côté, en perte de vitese auprès de son électorat traditionnel.

Traduction et résumé : Edith Disdet et Céline Boileau
Source (Asia Sentinel): Continued Erosion for Malaysia’s ruling Coalition
Photo : Vote de Wan Azizah, lors des élections partielles de Permatang Pauh. Pocket News/Flickr

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