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Malaisie : une vie politique qui reste féodale

PM Razak-Malaisie

La base de l’ensemble des partis politiques devrait obliger les chefs de partis à être plus responsables. Les problèmes actuels liés à la mauvaise gouvernance en Malaisie prend ses racines dans une culture hiérarchique féodale autoritaire, observe Ronald Benjamin* pour Aliran.

Les prises de bec entre les partisans du Dr Mahathir Mohamad et ceux du Premier ministre Najib Razak renforcent le schéma d’une politique malaisienne basée sur l’élite.

Un affrontement parmi les leaders se transforme automatiquement en un drame de la loyauté dans lequel les questions de fond sont seulement présentées ou mises en avant quand c’est une valeur politique ou de loyauté. La nature même de cette politique a assiégé la Malaisie au fil des années et la voix de la raison est parfois perçue comme enfouie dans la terre.

Les problèmes actuels liés à la mauvaise gouvernance en Malaisie prend ses racines dans une culture hiérarchique féodale autoritaire (top-down) dans laquelle les membres ordinaires des partis politiques croient que leurs dirigeants resteront sur la bonne voie.

Cela s’est également infiltré dans les partis d’opposition : il y a un mutisme parmi la base sur des questions telles que le népotisme, le factionnalisme (ou sectarisme) et l’instrumentalisation de la religion. Il n’y a jamais eu de mouvement populaire à la base des partis politiques traditionnels, travaillant à la fondation d’un gouvernement propre, fondé sur des principes, transparent et qui répond à l’intérêt général de ses citoyens.

Seules les nominations aux postes de ministre et les allocations financières des projets, rendent la base heureuse, ainsi que la recherche de rente en utilisant l’identité ethnique comme moyen de pression. S’il y a une certaine forme de stabilité politique au fil des ans, cela a plus à voir avec la fondation construite par les anciens chefs de parti honnêtes plutôt qu’avec les efforts des membres à la base des partis.

Les scandales pendant l’ère Mahathir et maintenant ceux du Premier ministre Najib ont leurs racines dans l’échec des membres des partis à tenir leurs chefs responsables de certains principes de gouvernance juste à cause de leur fidélité et de leur réciprocité ethnocentrique aveugle, cause de manipulation et de tromperie.

Ce mode de loyauté aveugle est bien plus dangereux, car il échoue à découvrir la vérité quand cela est nécessaire. Par exemple, un ancien directeur de la police, qui a gardé le silence pendant le processus d’enquête et le procès du meurtre d’une top model mongole, a soudainement demandé à rouvrir le dossier avant de faire marche arrière plus tard. Était-ce à cause de sa loyauté et de son admiration pour un certain chef de parti ou a-t-il honnêtement cherché la vérité ? Pourquoi ne s’en est-il pas préoccupé avant ?

Je n’ai pas encore vu les délégués de l’Organisation nationale malaisienne unifiée (UMNO) parler à l’assemblée générale du parti des efforts concertés nécessaires pour lutter contre la corruption. Est-ce parce que cela offenserait leurs dirigeants ?

La culture féodale hiérarchique autoritaire qui sert les dirigeants doit cesser si la Malaisie veut aller de l’avant en construisant une culture qui part de la base et dans laquelle les dirigeants sont tenus responsables de maintenir un gouvernement transparent.

Il est essentiel que les Malaisiens, de toutes tendances politiques, soient conscients des revers d’une politique basée sur la personnalité et la loyauté aveugle. Ils devraient travailler à la création de mouvements populaires fondés sur des enjeux et des principes. Cela restreindrait la tromperie provoquée par certains politiciens arrivistes de part et d’autre du clivage politique dont la compréhension de la vérité est basée sur l’opportunisme et la loyauté politique.

La voie à suivre est de créer un mouvement populaire fondé sur des principes qui oblige les dirigeants à être responsables devant les principes d’intérêt général.

Traduction : Elodie Prenant
Source (Ronald Benjamin / Aliran- : Grassroots of political parties must hold leaders accountable
Crédit photo : Commonwealth Secretariat/Flickr

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