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Philippines : #MaryJane, plus jamais ça ?

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Aux Philippines, les femmes demandent à Aquino de procurer du travail dans le pays et de stopper la politique d’exportation de main d’oeuvre.

Au cours d’une manifestation du 23 avril dernier, le Parti féministe Gabriela a demandé au président Benigno Aquino III de procurer du travail aux Philippinnes au chômage. Il a rappelé que le manque d’emplois dans le pays force les femmes, et spécialement les mères comme Mary Jane Veloso, à travailler à l’étranger pour leurs enfants et le reste de leur famille.

Mary Jane Veloso est une migrante Philippine travaillant à l’étranger (“OFW”) condamnée à mort par le gouvernement indonésien pour trafic de drogue. Des avocats de l’«Union Nationale des Avocats du Peuple» sont actuellement en Indonésie pour rencontrer les avocats indonésiens de Veloso qui doivent déposer ce jour une requête pour une seconde révision judiciaire, son sursis avant exécution se terminant le 24 avril*.

Misty Lorin, secrétaire générale adjointe de Gabriela, a critiqué le président Aquino pour son « manque de considération constant pour la situation déjà miséreuse des gens ». Elle a précisé que le rapport sur les Tendances Mondiales de l’Emploi publié en janvier 2014 par l’Organisation internationale du travail (OIT) montre que les Philippines ont le taux de chômage le plus élevé de tous les membres de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et contredit la présentation du pays par Aquino comme une « économie de tigre », ajoutant qu’il n’y a que ceux qui font partie du Top 50 de Forbes aux Philippines qui continuent de s’enrichir et non pas la majorité du peuple philippin.

Cette protestation est l’une des manifestations qui se sont déroulées dans tout le pays et au niveau international afin de pousser le gouvernement Aquino à sauver Mary Jane Veloso et d’autres Philippins du couloir de la mort. Des membres de Gabriela venant de différentes communautés ont défilé de Trabajo Market jusqu’au pont Chino Roces (autrefois le pont Mendiola).

La plupart des femmes sont sans emploi

Citant une étude récente de l’institut de sondage Social Weather Station (SWS), Lorin a indiqué qu’au dernier trimestre 2014, le taux de chômage dans le pays a atteint 27% soit 12,4 millions de personnes. D’après cette enquête, beaucoup de femmes sont sans travail et leur taux de chômage est passé de 33,2% à 41,7%.

Rose Bihag, secrétaire générale de Gabriela-Tondo, affirme que les femmes doivent avoir plusieurs emplois, rien que pour pouvoir mettre à manger sur la table : « Les femmes ont recours à toutes sortes de petits boulots – des services de manucure et pédicure à la vente de n’importe quoi – , juste pour acheter la nourriture pour le lendemain », a-t-elle rappelé. Pour elle, c’est cette forme de pauvreté qui pousse des mères comme Mary Jane à quitter le pays pour travailler, même si elles laissent leur famille derrière elles.

Le groupe a également critiqué le programme d’allocations phare d’Aquino, “Pantawid Pamilyang Pilipino Program” (4Ps), qui prétend avoir « amélioré les vies des plus pauvres parmi les pauvres ». Le groupe soutient que les Philippins ont besoin d’emplois réguliers pour améliorer leurs conditions de vie et pas seulement d’un programme d’assistance.

Fe Orendo, 38 ans, mère de quatre enfants, résidant à Tatalon dans la ville de Quezon, est sans emploi. Son mari vend des légumes et gagne P200 par jour (4 euros). Pour augmenter leurs revenus, elle vend aussi des produits Avon mais ce qu’elle obtient reste insuffisant et ses enfants ont dû arrêter leurs études.

Bing Galero, 35 ans, est enceinte de quatre mois et n’a pas de travail. Son mari est agent de sécurité et touche un maigre salaire qui suffit à peine à payer l’électricité, l’eau et la nourriture. « Il m’arrive parfois de devoir emprunter de l’argent pour pouvoir survivre une journée de plus », dit-elle. Elle s’inquiète également de leur situation quand son premier enfant sera né.

Pour Badet Adales, également de Gabriela Tatalon, les mères ne peuvent jamais avoir l’esprit tranquille car elles sont constamment préoccupées par la recherche de nourriture pour assurer tous les repas de la journée à leurs enfants : « Nous ne pourrons jamais obtenir le confort sous ce gouvernement qui n’a aucune compassion pour les souffrances des Philippins. Ce n’est que justice de demander la démission d’Aquino même s’il reste moins d’un an de mandat. Nous ne pouvons plus supporter cette vie » a-t-elle ajouté.

Davantage de Philippins dans le couloir de la mort

Sol Pillas, secrétaire générale d’International Migrante , indique que 125 Philippins sont en attente d’exécution – la question étant de savoir s’ils ont effectivement commis des crimes et s’ils ont jamais eu un avocat pour les défendre. Citant le cas d’une autre femme philippine travaillant à l’étranger dans le couloir de la mort, Rose Dacanay, détenue depuis deux ans en Arabie Saoudite, elle affirme que pas un seul fonctionnaire de l’ambassade des Philippines ne lui a rendu visite en prison.

La mère de Rose Dacanay, Editha, a également participé à la manifestation et a fustigé le gouvernement pour ne pas faire une priorité du cas de sa fille ou des autres travailleurs migrants (Overseas Filippino workers ou “OFWs” ) condamnés à mort à l’étranger : « Je suis allée au bureau du Vice-président (Jejomar) Binay mais on m’a donné des réponses évasives ». Maintenant, selon elle, même le ministère des Affaires étrangères n’est pas en mesure de répondre à ses questions concernant le cas de sa fille.

Sol Pillas a demandé à ses consœurs et à d’autres secteurs d’intensifier les campagnes pour sauver Mary Jane Veloso. La représentante du Parti des Femmes Gabriela, Emmi de Jesus, précise que « les travailleuses migrantes qui ont laissé derrière elles leur famille ne sont pas stupides au point de vouloir chercher un travail dangereux à l’étranger. Elles le font en désespoir de cause pour trouver un travail qu’il est peu probable de trouver localement, à cause du gâchis d’une Aquinomics (l’économie d’Aquino) préjudiciable aux pauvres. Elle constate en effet que ce système économique détruit des moyens de subsistance et fournit très peu d’emploi en contrepartie, ce qui engendre le départ de 6 000 Philippins chaque jour (majoritairement des femmes, ndlr), dans l’espoir de trouver un travail à l’étranger. « Ce que les femmes veulent, c’est un travail décent et régulier, correctement payé et dans des conditions de travail humaines ici aux Philippines où elle ne seront pas obligées de quitter leurs familles! ».

Misty Lorin, la secrétaire générale de Gabriela, a assuré que les femmes ne se lasseront jamais de redescendre dans les rues, même sous un soleil de plomb, jusqu’à ce que le gouvernement accède à leurs demandes et que plus aucun philippin ne meure ou ne soit condamné à l’étranger à cause de la négligence du gouvernement.

* A l’heure où nous publions cet article, la justice indonésienne a octroyé un sursis à Mary Jane Veloso.

Traduction : Edith Disdet
Source (Anne Marxze D. Umil / Bulatlat) : Women call on Aquino to provide local jobs, stop labor export policy
Photo : A. Umil/ Bulatlat.com

A lire aussi : Une Philippine raconte comment elle s’est retrouvée dans le couloir de la mort en Indonésie pour trafic de drogue · Global Voices en Français
A la dernière minute, l’exécution de Mary Jane Veloso a été reportée – Le Monde

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