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Comment la Malaisie reste un pays facilitateur du trafic d’êtres humains

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Beaucoup croient que le trafic d’êtres humains ne concerne que les travailleurs du sexe. Or, ce trafic englobe l’exploitation de tous les travailleurs. C’est pourquoi, selon l’avocat Charles Hector, la Malaisie doit sans attendre mettre fin à toute forme d’exploitation pour contribuer à la lutte contre la « traite des personnes ».

Au plan international, la traite des personnes est définie comme regroupant trois éléments :
– une “action”, constituée par le recrutement, l’acheminement, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes ;
– un “moyen” par lequel l’action est réalisée, par exemple la menace ou l’usage de la force, ou d’autres formes de contraintes, enlèvement, fraude, tromperie, abus de pouvoir ou de faiblesse et le versement ou l’acceptation de paiements ou bénéfices pour obtenir le consentement d’une personne ayant le contrôle sur une autre ;
– un “objet” de l’action envisagée ou des moyens, à savoir l’exploitation. A noter que le consentement de la victime désignée à sa propre exploitation n’entre pas en ligne de compte.

En Malaisie, la Loi de 2007 contre le Trafic des Personnes définit donc la « traite des personnes » ou « trafic des personnes » comme le recrutement, l’acheminement, le transfert, l’hébergement, la fourniture ou la réception d’une personne à des fins d’exploitation. Et « exploitation » signifie toute forme d’exploitation : sexuelle, travail ou services forcés, esclavage ou pratiques assimilables à l’esclavage, servitude et toute activité illégale, ainsi que le prélèvement d’organes humains.

Nous allons examiner plus précisément l’exploitation des travailleurs en Malaisie, notamment celle qui passe par le travail forcé (ou obligatoire). Ce dernier est défini comme « tout travail ou service exigé d’un individu sous la menace d’une peine quelconque et pour lequel cette personne ne se n’est pas proposée de son plein gré». Le travail forcé fait référence aux situations dans lesquelles on oblige les gens à travailler en utilisant la violence ou l’intimidation, mais aussi des moyens plus subtils comme l’endettement, la confiscation de papiers d’identité ou les menaces de dénonciation aux autorités de l’immigration.

Le cas du travailleur local

Le travailleur en Malaisie peut être menacé de licenciement ou de report d’une promotion (ou d’une hausse de salaire) afin d’être découragé à faire valoir ses droits.

Les responsables syndicaux eux-mêmes ne sont pas à l’abri de telles “intimidations” – certains s’estiment ainsi oubliés des promotions et des hausses de salaires à cause de leur activité syndicale. Ils peuvent aussi subir des actions disciplinaires ou être licenciés pour avoir mené des activités telles que: déclarations aux médias, organisation de piquets de grève, participation à des campagnes de promotion et de protection des droits des travailleurs… qui devraient raisonnablement être considérées comme des activités syndicales légitimes.

Si les syndiqués sont ainsi intimidés et menacés de telles sanctions, que dire du travailleur ordinaire non syndiqué ? Déposer une plainte auprès des autorités compétentes pour le non-paiement de salaires, d’heures supplémentaires et la violation d’autres droits peut provoquer non seulement des mesures d’intimidation mais aussi des actions disciplinaires et son renvoi.

Les heures supplémentaires, qui en principe requièrent le consentement du travailleur, n’en sont plus dans de nombreuses entreprises. Les travailleurs ont le sentiment de ne pas avoir d’autre choix que d’obéir aux « ordres » de l’employeur. En Malaisie, la limite légale est environ quatre heures par jour, ce qui signifie que le travailleur peut finir par travailler 12 heures par jour.

Si certains travailleurs ne se sentent pas bien et veulent aller voir un médecin, ils doivent parfois trouver eux-mêmes leur remplaçant.

Avec le recours accru à des contrats à court-terme, habituellement d’une durée inférieure à un an, la possibilité d’être exploité augmente et la capacité ou le désir de défendre ses droits diminuent. En Malaisie, la durée de la période d’essai n’étant pas fixée par la loi, elle peut durer des années ! Or, en période d’essai, les modalités de renvoi sont simplifiées et les droits du salarié sont inférieurs à ceux d’une personne confirmée.

Concernant l’endettement, celui-ci n’est plus forcément tourné vers l’employeur mais vers des tiers comme les banques, du fait d’emprunts pour la maison ou la voiture. Elles doivent néanmoins être remboursées, ce qui fragilise la position des salariés.

Le Congrès des Syndicats Malaisiens (MTUC) a ainsi récemment demandé la mise en place d’un système d’assistance temporaire pour les chômeurs afin de réduire la vulnérabilité des travailleurs malaisiens.

Le cas des travailleurs migrants

Si un Malaisien sort et se rend soudain compte qu’il a oublié sa Carte d’identité ou son permis de conduire, il peut craindre une arrestation par la police et une amende. Mais, connaissant parfaitement la langue locale, il pourra facilement appeler un ami ou sa famille pour échapper à l’arrestation ou au maintien en détention. Ce n’est pas le cas d’un travailleur migrant.

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