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Demande d’enquête sur les abus militaires aux Philippines

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D’après un récent rapport de « Protection Cluster », les opérations militaires sont « le principal facteur de déplacement (de la population)» à Maguindanao. L’analyse de Carlos Conde, chercheur de Human Rights Watch.

Voici un aperçu du sort de dizaines de milliers de personnes déplacées dans la province philippine de Maguindanao (sur l’île de Mindanao) après une opération militaire contre les rebelles : les femmes, les enfants et les personnes âgées subissent la chaleur dans des camps d’évacuation de fortune avec une alimentation et des soins médicaux insuffisants et un approvisionnement en électricité irrégulier. Beaucoup sont malades, au moins un enfant est mort de déshydratation. Ils dorment sur des cartons et des couvertures à même le sol, exposés aux intempéries.

Ce sont les retombées humanitaires en cours, suite au désastre des forces de sécurité survenu il y a trois mois. Le 25 janvier dernier, au petit matin, des dizaines de commandos d’élite de la police ont été déployées à Maguindanao pour arrêter des personnes soupçonnées de terrorisme se cachant parmi les rebelles locaux du Front Moro islamique de libération et son groupe dissident, les combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro.

Cette opération est devenue un fiasco meurtrier dans lequel 44 membres du commando sont morts, ainsi que 10 rebelles et 7 civils. L’armée a répondu à cet incident avec une « offensive générale » contre les insurgés. Les politiciens sont obsédés par qui sont les responsables de la mort des policiers, sans tenir compte du résultat de l’opération militaire sur la population locale.

Les résidents musulmans de l’île agitée de Mindanao, où se trouve la province de Maguindanao, au sud des Philippines, ne sont pas étrangers aux bouleversements dus au conflit séparatiste armé. Mais l’ampleur de l’impact de cette opération sur la population est considérable, même selon les critères locaux. Le nombre de personnes déplacées dans la province de Maguindanao a chuté à environ 70 000 après avoir culminé à plus de 125 000 personnes après le 25 janvier, mais leur situation reste désastreuse.

Dans un récent rapport, Protection Cluster, une initiative du gouvernement et des ONG soutenue par les Nations-Unies, indique que l’offensive militaire a donné lieu à de nombreuses et graves violations présumées des droits de l’homme, et que les opérations militaires dans la province de Maguindanao sont « le principal facteur de déplacement de la population dans ce conflit armé ».

Le rapport indique également que les maisons ont été détruites à cause de l’offensive, que l’armée a créé des zones interdites indéfinies et restreint inutilement la liberté de mouvement de la population, et qu’elle a harcelé les gens qui essayaient de rentrer chez eux pour sécuriser leurs cheptels, leurs cultures et leurs biens. Le rapport établit également que les soldats sont présents dans les centres d’évacuation et les centres de distribution de secours, ils sont présents dans les écoles, et ont même déployé des enfants pour collecter des renseignements sur les opérations des insurgés.

Ces accusations exigent une enquête urgente. Le président philippin, Benigno Aquino, se doit de préciser clairement aux forces armées que la liberté, la sécurité et les moyens de subsistance de la population de Maguindanao ne peuvent pas être pris en otage dans les opérations anti-insurgés.

Lire le rapport de Protection Cluster (en anglais)

Traduction : Elodie Prenant
Source (Carlos H. Conde / Human Rights Watch via Bulatlat) : Dispatches: Military Abuses in Southern Philippines
Photo : EU Humanitarian Aid and Civil Protection / Flickr

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