AlterAsia

Economie

La place d’une femme en Indonésie

femme_indonesie_travail

Plus d’un siècle après la mort de Raden Ajeng Kartini, l’héroïne nationale sur la question des droits des femmes, le vieil adage stipulant que la place des femmes est à la maison semble obsolète. Aux yeux de la jeunesse instruite des villes indonésiennes tout du moins.

Ces dernières décennies, les évolutions au sein de la société indonésienne ont changé le regard sur la place des femmes dans le monde du travail et au sein du couple. Si l’on regarde les statistiques nationales de 2010, environ 70% des femmes de 25-29 ans vivant en milieu urbain et ayant suivi des études supérieures mentionnent le travail comme étant leur principale activité. D’autres indicateurs socio-économiques illustrent cette évolution : les taux de fécondité sont en baisse, l’âge de mariage est en augmentation et l’écart de scolarisation entre les sexes a disparu.

Les données du recensement de population 2010 montrent que chez les 25-29 ans, 76 hommes pour 100 femmes ont suivi des études supérieures. C’est l’exact opposé de la situation qui prévalait sous la génération précédente : ce ratio est de 176 hommes pour 100 femmes pour la population âgée de 50 à 54 ans. Bien que les perspectives de parité hommes – femmes en matière d’éducation incitent plutôt à l’optimisme, cela signifie-t-il que des évolutions similaires peuvent être attendues en matière d’emploi pour la génération de jeunes Indonésiens instruits en milieu urbain ? Il s’avère que même pour les jeunes femmes et jeunes hommes instruits, l’idéal de l’individu masculin chef de famille continue de peser sur la vision du rôle des sexes au sein du couple.

Marché du travail : des attentes variables selon les sexes

Les indicateurs suggèrent que malgré l’égalisation du niveau d’instruction homme – femme, les femmes continuent d’être moins bien rémunérées que les hommes et sont plus susceptibles d’occuper des emplois à bas salaires. Des études montrent en outre qu’à niveaux d’éducation et de qualification égaux, les jeunes hommes et femmes ont des ambitions et des attentes très différentes en matière d’emploi et de carrière, et ce, avant même leur entrée sur le marché du travail.
Cette tendance est conforme aux conclusions de l’enquête de terrain que j’ai menée en 2004 auprès de 1 761 étudiants de dernière année inscrits dans sept universités de Jakarta et dans cinq universités de Makassar. C’est l’année où la première femme présidente d’Indonésie, Megawati Sukarnoputri, était candidate à la première élection présidentielle au suffrage direct du pays. Pour commencer, les objectifs professionnels des étudiants interrogés reflétaient une division par sexe des domaines d’étude, typique de l’ensemble des universités en Indonésie. Tandis que la répartition par sexe des étudiants est généralement équilibrée dans le champ du commerce, les études d’ingénieur sont majoritairement suivies par des étudiants de sexe masculin et les disciplines telles que l’éducation, la psychologie et la littérature sont à dominante féminine. Au sein des facultés, la ségrégation par sexe s’exprime également selon les filières d’étude. Par exemple, dans la faculté d’ingénierie de l’une des universités enquêtées, la construction mécanique était majoritairement masculine, le génie chimique était plutôt féminin et l’architecture semblait attirer les deux sexes de façon égale.

Pourtant, même parmi les jeunes hommes et femmes étudiant dans des programmes similaires, de nettes différences étaient visibles selon le sexe concernant les attentes en matière de marché du travail. En moyenne, les étudiantes prévoyaient de gagner des salaires plus bas, de connaître des interruptions de carrière plus fréquentes et plus longues et de passer globalement moins de temps sur le marché du travail que leurs homologues masculins étudiant dans la même faculté. Les étudiantes valorisent également plus facilement que leurs camarades les avantages non financiers ou compensatoires d’un emploi, notamment le fait de bénéficier d’un environnement de travail agréable et compatible avec la vie de famille.

Il est important de garder en mémoire cette dimension genrée de l’enseignement universitaire lorsque l’on essaie d’interpréter des statistiques nationales montrant la parité entre les sexes dans l’éducation. Lorsque les jeunes femmes et hommes sont diplômés de l’université, ils sont non seulement titulaires de compétences différentes, mais aussi animés d’idées, d’attentes et d’ambitions divergentes quant à leur future carrière. Ces attentes et compétences genrées prédisent et préparent les modèles de ségrégation dans le monde du travail, les écarts de salaire entre les sexes et la sous-représentation des femmes dans les postes à responsabilité.

L’idéal du double-revenu

Comprendre ce qui motive ces attentes sexuées et, finalement, leurs conséquences sur le marché du travail, nécessite d’analyser la perception qu’ont les jeunes de la répartition des rôles au sein de la famille. Les jeunes Indonésiens de la classe moyenne urbaine sont unanimes : être diplômé de l’université, obtenir un emploi, se marier et avoir des enfants est le chemin idéal vers l’âge adulte. Dans ce contexte de transition vers l’âge adulte, j’ai examiné dans quelle mesure le modèle traditionnel de répartition des rôles au sein du couple continue à préfigurer les attentes de ces jeunes en ce qui concerne le marché du travail.

Print Friendly

Pages : 1 2

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.