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Philippines : les producteurs de bananes s’opposent à l’exploitation salariale

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Des milliers de producteurs de bananes dénoncent la réduction de leur salaire liée à un nouveau système de paiement à la production.

Ville de Davao – Les producteurs de bananes et les salariés du géant Japonais du fruit SUMIFRU (Sumitomo Fruit) de Compostela, dans la vallée de Compostela, ont manifesté cette semaine contre le système de paiement à la production qui vient d’être mis en place. Ils accusent ce système d’engendrer une réduction de leurs salaires, en violation du code du travail. Ce nouveau système a été lancé le 23 mars dernier l’entreprise.

SUMIFRU Corporation Philippines œuvre dans l’approvisionnement, la production, l’expédition et la commercialisation de fruits frais. L’entreprise exporte principalement des bananes Cavendish, des ananas et des papayes de qualité. Elle a commencé à investir au Mindanao en 1970 et détient à ce jour 14 000 hectares de plantations réparties dans trois régions. Son système de production est entièrement intégré : centre de recherche, chaîne du froid, usines de conditionnement, port d’embarquement et installations maritimes.

SUMIFRU, leader du commerce des fruits frais aux Philippines

SUMIFRU exporte ses produits vers la Chine, le Japon, la Corée, le Moyen-Orient, la Nouvelle-Zélande et la Russie. La Chambre de Commerce et d’Industrie de la Ville de Davao considère cette compagnie comme l’acteur numéro un sur son marché en qualité et en volume. L’entreprise tente actuellement d’étendre ses plantations dans le Mindanao. L’an dernier, la Nouvelle Armée Populaire (New People’s Army) l’a accusée d’avoir accaparé 5 000 hectares de terres dans deux villes de la province de Bukidnon et d’avoir causé la disparition d’exploitations agricoles et des moyens de subsistance des populations indigènes et des agriculteurs. L’armée révolutionnaire affirme que ces derniers, « en tant que salariés, sont devenus des esclaves de la multinationale. »

Dans ses usines de conditionnement de Compostela, SUMIFRU rémunérait ses milliers de salariés à un taux horaire avant la mise en place du système du paiement à la production. Le porte-parole du groupe des travailleurs a indiqué qu’avec ce changement, le revenu des travailleurs a été réduit de moitié et que dans certains cas, il est même devenu plus bas que le salaire minimum obligatoire pour les travailleurs agricoles dans la région (307 pesos philippins ou 6,88 $). Quelque 5 000 travailleurs réguliers et contractuels employés dans les 2 700 hectares exploités par SUMIFRU sont touchés dans la province.

En conséquence, les travailleurs de plusieurs usines de conditionnement de Compostela ont lancé des manifestations contre ce système du paiement à la production. Ils se sont regroupés sous une alliance nouvellement créée appelée Bigwas (Travailleurs et Producteurs de l’Industrie de la Banane contre SUMIFRU). Le 10 avril, ils ont manifesté devant le siège social de SUMIFRU, à la Tour Pryce, dans la ville de Davao, pour marquer leur opposition au système de paiement à la production.

Une baisse de la moitié du salaire

Pour Joel Cuyos de l’usine de conditionnement 98, porte-parole de Bigwas, le nouveau système est « une attaque effrontée contre les salaires des travailleurs et l’expression concrète de la cupidité de SUMIFRU ». Il condamne l’entreprise pour mise en péril des moyens de subsistance des familles des travailleurs en raison de la réduction drastique de leurs salaires liée au nouveau système.

« Le système de paiement à la production est une forme d’exploitation que SUMIFRU a conçue afin de maximiser les profits sur le dos des travailleurs. Nos salaires sont déjà bas et nous travaillons par sessions de plus de 12 heures. Avec le nouveau système, nos salaires sont encore dégradés » affirme Cuyos.

Les travailleurs des bananeraies de Compostela effectuent en moyenne quatre à huit heures supplémentaires.

Cuyos estime que le nouveau système a réduit le salaire hebdomadaire des travailleurs de près de 2 000 pesos. Il l’a démontré à partir de données recueillies au sein de l’usine de conditionnement 90, où la différence de salaire entre le système du taux horaire et celui du paiement à la pièce a été analysée à partir du 23 mars, date de la mise en place du nouveau système, au 1er avril.

Ainsi qu’observé dans l’usine de conditionnement 90, une journée de travail de 16 heures qui était rémunérée 660,25 pesos au taux horaire est dorénavant payée entre 383 et 430 pesos (8,6 et 9,6 $), soit un peu plus de la moitié du salaire initial (de 58 à 62 %).

Les travailleurs ont demandé à SUMIFRU de renoncer immédiatement au nouveau système et de revenir au régime horaire. Ils ont demandé au Département du Travail et de l’Emploi (DOLE) de se saisir de ce cas de « claire violation des normes du travail et des droits constitutionnels des travailleurs ».

Traduction : Elsa Favreau
Source (Marya Salamat/Bulatlat) : Thousands of Banana growers decry wage cuts under new piece rate sysem
Photo : M.S./Bulatlat

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