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Les (mauvais) chiffres des concessions de terre au Cambodge

carte_landgrab_cambodge Les ONG demandent au gouvernement cambodgien de publier les chiffres réels sur les concessions de terres.

Selon l’ONG Licadho (Ligue cambodgienne pour la défense des droits de l’homme au Cambodge), malgré une série de récentes annulations, au moins 272 plantations recouvrant quelque 2,14 millions d’hectares ont été allouées, plus encore qu’il y a trois ans lorsque le Premier ministre Hun Sen avait suspendu les autorisations de nouvelles concessions foncières économiques (ELCs).

Lundi 30 mars, pour encourager le gouvernement à rendre publique toute la comptabilité de ce qui a été une activité opaque, la Licadho a publié une ventilation de ce chiffre par pays d’origine et par type de culture.

Le gouvernement loue les mérites des concessions foncières qu’il considère comme un des piliers du développement économique du pays, apportant les emplois indispensables aux communautés rurales, et l’accroissement des productions de caoutchouc et de sucre nécessaires à la demande mondiale.
Néanmoins, les ONG accusent ces concessions propriétaires de plus de la moitié des terres arables, de violations des droits de l’homme parmi les pires et les plus fréquentes du pays : l’expulsion de leurs terres de milliers de familles réduites à la misère, la déforestation, la violation des lois du pays, la violence de la répression des protestations, par la police et par l’armée. Ils accusent aussi le gouvernement de dissimuler l’ampleur de ces concessions.

Naly Pilorge, directrice de la Licadho s’est exprimée lundi, dans un communiqué “L’expérience à montré que les concessions à grande échelle ruinent les modes de subsistance des populations, les ressources naturelles et freinent nos projets de développement. Si le gouvernement souhaite sérieusement améliorer ses politiques foncières, il doit d’abord s’engager dans une complète transparence des transactions. Les cambodgiens ont le droit et le besoin de savoir qui occupe les terrains à côté de leur maison”.
Elle ajoute que les concessions économiques dont le ministère de l’Agriculture, qui alloue le plus de concessions, détient une liste incomplète et toujours périmée. D’après elle le ministère de l’Environnement, qui alloue le reste, ne fait pas mieux, divulguant uniquement le nombre total de concessions et la superficie des terres occupées, sans plus d’information. Sur les 113 concessions recensées par ce ministère en décembre, la Licadho n’a pu en confirmer que 73.

Le groupe admet cependant que ses chiffres, présentés à partir du site internet du ministère de l’Agriculture, des bulletins officiels de la Gazette royale et de ses propres visites sur les domaines, sont incomplets et peuvent parfois comporter des erreurs.

“L’opacité générale des transactions de terres et le manque d’une information officielle accessible et systématique, vont inévitablement conduire les organisations qui souhaitent faire la lumière sur ce secteur à des inexactitudes, poursuit Mme Pilorge dans un courriel “Nous pensons ainsi que la publication de nos données ne doit pas se substituer aux données officielles et nous appelons les ministères concernés à une totale transparence concernant les contrats fonciers”.

Il n’a pas été possible de contacter le porte parole du ministère de l’Environnement.
Au ministère de l’Agriculture, le sous-secrétaire d’Etat Eang Sophalleth a précisé que la liste du gouvernement publiée en ligne n’était qu’un document de travail encore imparfait parce que le recensement des concessions (en cours depuis 2012) demandé par le Premier ministre Hun Sen était toujours en cours.

“Nous avons actualisé les compagnies que nous avons vérifiées. Mais nous examinons encore celles dont les contrats ne sont pas appliqués ou qui n’ont pas respecté la loi, et ces concessions seront rendues à l’Etat”.

Selon M. Sophalleth, les concessions de terres ont rapporté au ministère plus d’un million de dollars l’année dernière mais il ne peut pas être plus précis car l’analyse n’est pas terminée.
Lors de conférences de presses organisées récemment par les ministère de l’Agriculture et de l’Environnement il a été annoncé que dans le cadre du contrôle des concessions ordonné au mois de mai 2012 par le Premier ministre, certaines concessions ont été révoquées pour non respect des termes de leur contrat avec le gouvernement. Cependant, aucune entreprise n’a été condamnée à une amende ou poursuivie et les infractions conduisant à l’annulation des concessions n’ont pas divulguées. Ils ont ajouté que certaines concessions ont été supprimées ou réduites car elles avaient été prises sur des terres déjà exploitées par des agriculteurs, sans pouvoir donner davantage d’informations.
Selon la Licadho, malgré ces annulations, le territoire cambodgien compte plus de concessions économiques qu’avant la suspension. En mars 2012, elle annonçait avoir vérifié 227 plantations, recouvrant 2.04 millions d’hectares.

“Les nouvelles données montrent que même après les annulations très médiatisées par les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, la couverture des concessions s’étend encore sur un territoire de 2.14 millions d’hectares” a déclaré Mme Pilorge soulignant que le chiffre réel était probablement plus élevé.

Quelques mois après son annonce de suspension, le gouvernement de M. Hun Sen a continué d’accorder des autorisations à des entreprises dont les demandes, selon lui étaient antérieures au gel des concessions.
Sur ces nouvelles cartes, la Licadho recense les concessions par pays d’origine des propriétaires et par type de culture. D’après ses chiffres, les entreprises cambodgiennes possèdent un peu moins de la moité des 2.14 millions d’hectares de terre. Les entreprises chinoises et vietnamiennes disposent d’environ 350 000 hectares par pays et les entreprises malaisiennes, singapouriennes, sud-coréennes et thaïlandaises, de 79000 et 112000 hectares par pays.

L’hévéa, qui couvre au moins 82400 hectares, est de loin la culture la plus répandue, soit environ 39% des terres concédées. Loin derrière arrivent le sucre, la pâte à papier, la manioc et l’huile de palme.

Les plantations d’hévéas et de sucre font particulièrement polémique. Dans la province de Koh Kong des familles ont intenté un procès à la Société anglaise Tate & Lyle qui aurait acheté du sucre en provenance de deux plantations appartenant à des propriétaires thaïs qui auraient volé les paysans. Dans la province du Ratanakiri, la Société Financière Internationale, désignée comme médiateur, tente de négocier entre les propriétaires vietnamiens de plantations d’hévéas et les familles dont les fermes auraient été volées.

Traduction : Michelle Boileau
Source (Zsombor Peter et Aun Pheap / Cambodia Daily) : Rights Group Asks Gov’t to Disclose True Land Figures
Carte (2014) : Licadho

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