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Les chiffres de la pauvreté au sein des minorités ethniques en Malaisie orientale

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Privations, marginalisation et échec du programme de discrimination positive malgré l’incroyable richesse dont jouissent les 10% les plus riches, voici l’image de la pauvreté en mer de Chine méridionale, qu’offre le blog Wandering Malaysian.

Comment s’en tirent nos compatriotes Malaisiens en mer de Chine méridionale ? Commençons avec le revenu moyen des ménages. En 2012, le revenu mensuel moyen des ménages au Sabah et Sarawak représentait environ la moitié de celui des ménages de Kuala Lumpur.

Le Sabah, qui compte 10% de la population malaisienne, a un taux de pauvreté de 8,1% (sur la base du seuil de pauvreté officiel) et est l’Etat le plus pauvre de Malaisie. Le Sarawak est le 3e état le plus pauvre de Malaisie, avec un taux de pauvreté de 2,4%.

Comme nous le savons tous, le Sabah et le Sarawak sont extrêmement riches en ressources naturelles, pour une population très réduite. Que se passe-t-il ? Si l’on se base sur le revenu des ménages de 2009 pour le Sabah, les Bajau sont la communauté la plus pauvre, avec un taux de pauvreté de 28%, suivis par les Murut (26%), et les Kadazan Dusun Sabah (25%). Les Iban, Bidayuh et Melanau sont les plus pauvres au Sarawak (environ 11%), suivis par les Malais de Sabah (7%).
D’après les mêmes sources, les Malais du Sarawak, avec un taux de pauvreté de 3,8%, s’en tirent un peu mieux que les Malais de Malaisie Péninsulaire (4,3%). Ces taux sont basés sur des indicateurs de mesure du seuil de pauvreté irréalistes… il y a donc lieu d’extrapoler pour avoir une idée des chiffres réels.

Je ne dispose pas de données plus récentes mais ce que je veux souligner c’est que la population des principales minorités ethniques au Sabah et au Sarawak (qui sont Bumiputeras) représente environ 8% de la population malaisienne totale, et qu’une part significative de cette population vit dans la pauvreté.
La situation de certaines petites minorités ethniques est de fait effarante. Les Penan au Sarawak atteignent un taux de pauvreté inadmissible de 65%, tandis que plus de 50% des Kajang sont considérés en situation de pauvreté aggravée.

L’image qui se dégage est une image de privation et de marginalisation, ainsi que le constat d’échec du programme de discrimination positive en dépit de la richesse incroyable dont jouissent les 10% les plus privilégiés des habitants de ces Etats.

Pour quelles raisons la politique de discrimination positive à destination des Bumiputeras échoue-t-elle pour ces communautés ? Une grande partie de ces communautés isolées, pauvres et rurales n’ont pas accès à une éducation de qualité, ni au développement social ou aux opportunités d’emplois, ce qui entrave leur mobilité sociale. Prenons le cas des Penan : leur culture et leur identité même sont menacées, et la destruction de leur style de vie traditionnel et de leurs communautés au travers d’une assimilation forcée n’a pas été compensée par un partage équitable des revenus en provenance de l’abattage des arbres. La réponse officielle est qu’en dépit de tous les efforts du gouvernement, ces communautés sont incapables ou non désireuses de profiter du soutien qui est offert.

Cette réponse est inacceptable. Des éléments de discrimination ethnique et religieuse dans la façon dont sont mis en œuvre ces programmes devraient faire l’objet d’une enquête dans le cadre d’une évaluation objective. L’assimilation forcée n’a pas fonctionné. Une nouvelle politique est nécessaire, respectueuse des identités culturelles de chaque communauté, définie et mise en place avec leur participation directe, et contrôlée de façon indépendante.

Cela exigerait en premier lieu que les gouvernements, locaux et fédéral, ainsi que tous les Malaisiens reconnaissent que c’est un problème national, et non un phénomène confiné sur les bords de la mer de Chine méridionale.

Traduction : Louise de Nève
Source (Wandering Malaysian/Aliran): Poverty amidst plenty across the South China Sea
Photo : Louise de Nève/AlterAsia (enfants Bajau Laut jouant sur l’île de Sibuan, Sabah)

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