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Thaïlande : une loi interdit aux homosexuels de devenir moines bouddhistes

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La junte a approuvé un projet de loi sur la religion qui peut servir à poursuivre, par des peines de prison, des personnes qui propagent des versions «erronnées» des doctrines bouddhiques ou qui peuvent nuire au bouddhisme. Il prévoit également des peines d’emprisonnement spécifiques pour les moines homosexuels.

Ces dernières décennies, bien que le bouddhisme Theravada reste la croyance la plus populaire en Thaïlande, suivie par environ 90% des Thaïlandais, les pratiques et les doctrines du bouddhisme traditionnel et les institutions qui en font la promotion ont perdu leur capacité d’attraction. Cette place religieuse est comblée par des cultes bouddhistes qui ont réussi à attirer des centaines de milliers d’adeptes, comme le Santi Asoke, un courant bouddhiste qui promeut les modes de vie communs simplistes dont le fondateur a été destitué par les autorités monastiques bouddhistes de Thaïlande en 1989 ; et Dhammakaya, une version commerciale controversée du bouddhisme qui a bénéficié de milliards de bahts en dons de ses adeptes. En voyant ces développements comme des menaces, les institutions bouddhiques ont instauré des mécanismes juridiques pour contrôler les pratiques bouddhiques et reprendre le pouvoir.

Depuis 2006, le Conseil Suprême de la Sangha (SSC) – connu en thaïlandais comme «Mahathera Samakhom », l’organe directeur du clergé bouddhiste thaïlandais – et l’Office national du bouddhisme, le bureau séculier du cabinet du Premier Ministre chargé de promouvoir le bouddhisme, ont tenté en vain de proposer un «projet de loi pour soutenir et protéger le bouddhisme». L’avant-projet de loi avait été rejeté sous les gouvernements militaires et civils précédents, qui avaient recommandé que son contenu soit simplement inclus dans les règles monastiques, et ne soit pas appliqué au grand public. Cependant, en août 2014, le cabinet de la junte, qui voit le bouddhisme comme une partie de l’identité thaïlandaise, a approuvé le projet de loi et se prépare à le soumettre à l’Assemblée nationale législative. Il est actuellement en cours d’examen au Conseil d’Etat.

Rappelant l’importance du bouddhisme pour la nation, l’avant-projet de loi affirme que « le bouddhisme est l’un des piliers de la nation thaïlandaise et la religion à laquelle adhère la majorité des Thaïlandais. Par conséquent, les bouddhistes devraient être unis pour protéger le bouddhisme afin de le faire prospérer et d’améliorer les principes et l’éthique bouddhiques pour développer la qualité de la vie ». Outre ces sentiments vagues, cependant, le projet de loi permettra au Conseil suprême de la Sangha (SSC) et au gouvernement de punir les personnes qui menaceront la version strictement définie du bouddhisme promue par les autorités.

Pour Sulak Sivaraksa, un des membres fondateurs du Réseau international des bouddhistes engagés et historien réputé pour ses critiques du SSC, le projet de loi montre clairement la volonté du SSC d’obtenir plus d’importance dans la société thaïlandaise. « Ce projet de loi montre la bêtise aveugle et la soif de pouvoir », a déclaré Sulak. « Le Conseil suprême de la Sangha est un conseil très faible. Il n’a pas d’identité propre. C’est pourquoi, il veut montrer qu’il a le pouvoir, ce qui est regrettable », a-t-il ajouté.

S’accaparer les enseignements du Bouddha

Dans la section 8 du projet de loi sur les sanctions, l’article 32 stipule que toute personne qui propage de mauvaises versions des enseignements bouddhiques ou, en d’autres termes, des versions qui diffèrent de celle du Conseil suprême de la Sangha sur le Tripitaka (textes anciens), pourrait faire face à un emprisonnement de 1 an à 7 ans.
Pour faire appliquer ce monopole doctrinaire du bouddhisme, les comités provinciaux bouddhistes seront établis conformément à l’article 14 de la section 3. L’une des fonctions de ces comités, comme précisé dans l’article 16 du projet de loi, est de former un centre d’alerte dans chaque province contre les menaces à l’encontre du bouddhisme.

Selon le vénérable Phramaha Paiwan Warawunno, un moine bouddhiste libéral connu pour ses critiques du SSC, le contenu du projet de loi pour protéger le bouddhisme viole les droits des individus à interpréter les enseignements du Bouddha. Il a souligné que les doctrines bouddhistes dans le Tripitaka ne devraient pas être accaparées par une institution spécifique, mais devraient être ouvertes à tous, sur une base individuelle.

« Quelles interprétations sont correctes et doivent être utilisées comme normes ? Qui aura le droit de juger si une version spécifique est correcte et déclarer que les autres ne le sont pas ? », demande-t-il.

Le vénérable Shine Waradhammo, un moine étudiant de premier cycle à l’Université de Mahachulalongkornrajavidyalaya, une université bouddhique de Bangkok, a déclaré que si le projet de loi était adopté, il pourrait devenir la version religieuse du controversé article 112 du code pénal, c’est-à-dire la loi relative au crime de lèse-majesté. « Ce sera un sérieux danger pour l’éducation, en particulier l’éducation religieuse supérieure, à la fois pour les moines et les personnes laïques », a-t-il ajouté.

Nidhi Eoseewong, historien thaïlandais et commentateur politique de premier plan, a également fait le rapprochement entre le projet de loi pour protéger le bouddhisme et la loi relative au crime de lèse-majesté en Thaïlande.

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