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Malaisie : hausse alarmante de l’extrémisme religieux

musulmane_malaisieOn évalue entre 400 et 1000 le nombre de jeunes musulmans malaisiens qui ont rejoint l’Etat Islamique en Syrie et en Irak. Cependant, les autorités malaisiennes avancent un chiffre bien moindre. Le ministre malais de l’Intérieur, Zahid Hamidi, a pour sa part déclaré en janvier dernier que 67 jeunes seulement auraient pris le chemin du jihad au Moyen-Orient. Le ministre a néanmoins ajouté que la Malaisie avait transféré des détenus suspectés de prêcher le jihad dans des cellules individuelles afin d’éviter qu’ils n’influencent pas d’autres détenus.
Excepté la hausse alarmante du nombre soupçonné de jihadistes malaisiens en partance pour le Moyen-Orient, la Malaisie montre d’autres signes inquiétants de radicalisme religieux, cette fois au niveau politique. L’un des exemples les plus flagrants est la tentative par le parti radical islamique PAS (l’un des partis de l’opposition) d’imposer un code pénal médiéval dans l’Etat malais de Kelantan : les Hudûd (l’application des peines légales prévues par le Coran, ndlr).

La journaliste Aisyah Tajuddin a été l’objet de commentaires d’une rare violence et de centaines de menaces de mort et de viol après avoir critiqué la tentative du gouvernement du Kelantan de faire passer la loi religieuse dans la région lors d’une émission à la radio BFM de Kuala Lumpur le 19 mars dernier.

Cet événement fait suite à l’attaque à son propre domicile de Dzulkefly Ahmad, le directeur de recherche du PAS et membre de l’aile modéré du parti, qui a eu lieu le 6 février dernier. Ce dernier avait critiqué les radicaux du PAS en proie actuellement à de fortes dissensions internes entre les modérés et les conservateurs pour reprendre le pouvoir suite au décès du leader suprême du parti.

Encore auparavant, en décembre, un groupe de 25 dirigeants musulmans malais, dont des anciens haut fonctionnaires comme des juges, des ambassadeurs ou des généraux, ont signé une lettre ouverte déclarant que le pays « glissait lentement vers l’extrémisme religieux et la violence » exprimant ainsi une profonde inquiétude à propos du radicalisme islamique que le gouvernement malais doit tolérer pour des raisons politiques.

L’antipathie croissante à l’égard de l’Islam modéré a des conséquences inquiétantes dans le débat sur les Hudûd qui doit faire l’objet d’un vote au niveau national en mai prochain. Ayant passé avec succès les objections au Kelantan, le PAS souhaite désormais demander au parlement (Dewan Rakyat), un amendement de la constitution fédérale qui garantit actuellement la liberté de culte : seuls les musulmans restent soumis à la loi islamique (charia).

En Malaisie, des observateurs politiques soupçonnent l’Organisation nationale des Malais unis (UMNO, le parti au pouvoir) d’avoir agi en en coulisse pour encourager le PAS à imposer les Hudûd au Kelantan afin de diviser l’opposition, la coalition Pakatan Rakyat (PR), entre les modérés urbains du Parti Rakyat Malaysia Keadilant (PKR), la population chinoise qui soutient le parti d’action démocratique (DAP) et le PAS. Le DAP est en effet fermement opposé à cette loi et devaiit se rassembler pour délibérer sur le fait de quitter ou non la coalition.

En théorie, la loi devrait être bloquée au niveau fédéral car elle impliquerait justement que les partis ethniques, à savoir l’Association chinoise malaise, le Gerakan à dominante chinoise et le Congrès indien malaisien, sortent de la coalition au pouvoir (Barisan Nasional).
Mais rien n’est moins sûr, comme l’explique un membre de l’UMNO qui n’a pas souhaité être nommé. Selon lui des députés de l’UMNO pourraient subir des intimidations pour approuver les hudûd au Kelantan. Cela signerait un précédent pour d’autres Etats malais du Nord qui aimeraient également voter leur propre version des hudûd.

Résumé : Emeline Mainy
Source (/Asia Sentinel) : Alarming rise of Malaysian religious extremism
Photo :

Sur le même sujet : Le tournant de l’islam politique en Malaisie

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