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Tenir l’industrie du tabac pour responsable en Indonésie

tabac_lobbyMalgré d’accablantes preuves crédibles et scientifiquement fiables que le tabac tue et constitue un facteur de risque commun aux plus importantes maladies non transmissibles, les programmes de santé publique ont été incapables de faire des progrès significatifs dans la réduction de la consommation de tabac, notamment dans les pays pauvres ou émergents.

Avec plus de 6 millions de décès liés au tabagisme chaque année, le monde est bien loin d’éliminer le fléau. Par exemple, l’Indonésie ne s’est jamais attaquée à la fabrication des kreteks, une mine d’or lucrative pour le gouvernement. Les efforts de la Chine pour contrôler le tabac sont au mieux contradictoires compte tenu du fait que l’industrie du tabac est un monopole d’Etat et qu’en même temps, le plus grand producteur de tabac du pays, l’Administration du Monopole d’Etat du Tabac, est l’organisme de régulation de l’industrie en charge du contrôle du tabagisme.

Chaque décès lié au tabac est une tragédie car il aurait pu être évité, a déploré le Chirurgien Général américain Vivek Murthy lors de l’ouverture de la 16è Conférence sur le Tabac et la Santé. « Un des obstacles majeurs à la mise en œuvre de la Convention Cadre de l’Organisation Mondiale de la Santé pour la Lutte Anti-tabac est l’ingérence de l’industrie du tabac et sa capacité à intimider et harceler les gouvernements » a précisé Matthew Allen, auteur principal de « Boîte à Outils de l’Article 5.3 : Guide à destination des gouvernements afin de prévenir l’ingérence de l’industrie du tabac », et membre de l’Union Internationale contre la Tuberculose et les Maladies Respiratoires.

Conflit d’intérêt

Un des renversements majeurs dans la lutte anti-tabac a été l’adoption des directives de l’Organisation Mondiale de la Santé en novembre 2008 par les pays qui ont ratifié le traité mondial du tabac. Celles-ci ont été parfaitement efficaces pour mettre en lumière le conflit d’intérêt fondamental et irréconciliable entre l’industrie du tabac et les politiques de santé publique, lui déniant ainsi le droit de s’asseoir à la table du contrôle du tabagisme. Mais il y a plus dans les directives qui peuvent continuer à inverser le cours de l’épidémie mondiale de tabagisme.

Les directives envisagent un monde où les gouvernements ont le pouvoir de protéger les peuples de produits nocifs comme le tabac, peuvent recouvrer auprès de l’industrie du tabac les coûts du traitement des maladies causées par le tabac et utiliser leurs systèmes juridiques pour garantir leur droit à agir ainsi.

Cloe Franko, présidente du Réseau pour la Responsabilité des Multinationales du Tabac, estime que ces lignes directrices sont « un des articles les moins bien mis en œuvre du traité. En conséquence, il y a un immense potentiel inexploité pour pouvoir déplacer le ratio coût-bénéfice sur lequel l’industrie du tabac fonctionne et par conséquent la tenir pour responsable et lui faire supporter les couts élevés du préjudice qu’elle cause aux gens à travers le monde. » Cloe Franko est également Organisatrice Internationale principale auprès de l’association Corporate Accountability International pour la campagne « Challenge Big Tobacco » : « A l’heure actuelle, l’industrie du tabac utilise sa puissance politique et économique pour maîtriser les systèmes juridiques, en particulier dans les plus petits de l’hémisphère sud, de façon à faire pencher la balance en sa faveur », explique-t-elle.

Sans surprise, les progrès dans la mise en œuvre des lignes directrices ont été lents. Lors de la récente réunion intergouvernementale du traité mondial de tabac, il a été décidé de proroger le mandat du groupe d’experts sur les lignes directrices. Au septième round de négociations intergouvernementales de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’OMS qui aura lieu en 2016, le groupe communiquera un rapport final sur les approches susceptibles d’aider les gouvernements à renforcer les mécanismes de la responsabilité civile pour tenir l’industrie du tabac responsable à travers toute une série de systèmes juridiques.

Outre le rapport, indique Cloé Franko, le groupe s’attache à fournir des principes directeurs forts et concrets permettant aux gouvernements d’avancer dans la mise en œuvre des directives. « Il peut être intimidant pour les gouvernements d’envisager de plaider contre l’industrie du tabac. C’est pourquoi les principes directeurs et les outils deviennent d’autant plus importants pour les gouvernements. Adapter les lois et les systèmes juridiques et partager les connaissances et l’expertise au niveau international contribueront à s’assurer que le processus judiciaire contre l’industrie du tabac n’est pas si lourd et coûteux. De récents développements dans le combat contre l’industrie du tabac au Canada, bien qu’importants, peuvent être difficiles à suivre par les pays à revenu faible et intermédiaire. Le groupe d’experts a un rôle clé à jouer pour assurer que les pays disposent d’un soutien afin d’amener l’industrie du tabac à rendre compte des dégâts qu’elle cause. »

YUL Francisco Dorado, directeur pour l’Amérique latine à Corporate Accountability International, a appelé les gouvernements à faire en sorte que les directives restent au centre de la 7è réunion intergouvernementale du traité global tabac en 2016. « Nous ne pouvons pas retarder sa pleine application », conclut-il.

Traduction : Edith Disdet
Source (Shobna Shukla/Citizen News Service /Asia Sentinel) : Holding the tobacco industry liable
Photo : Trinity Care Foundation

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