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Philippines : la police harcèle des cinéastes progressistes

philippines_police« Un tel harcèlement trahit combien les autorités de l’Etat traitent mal les medias et les artistes indépendants et avec quelle facilité ils pensent qu’ils peuvent violer notre droit à communiquer librement » (Pinoy Media Center).

Manille – Des cinéastes progressistes ont été harcelés par le Département de Police de la ville de Quezon (QCPD) lors de la séance de projection de Sine Henerasyon organisée le 28 février au théâtre Bantayog ng mga Bayani.

Dans un message sur Facebook, J.L. Burgos, l’un des cinéastes, a indiqué qu’une escouade anti bombe du QCPD était arrivée vers 10 heures du matin pour « nettoyer » les lieux en prévision de la venue d’un soi-disant « VIP ». Les organisateurs leur ont permis d’inspecter les locaux. Cependant, deux policiers armés de fusils de forte puissance ont été laissés en surveillance.

Vers 16 h 30, relate-t-il, d’autres forces de police sont arrivées. Cette fois, ils ont demandé si l’un des films, intitulé « Mga Hugis ng Pula » (Shapes of Crimson) parlait de la Nouvelle Armée Populaire. Un autre policier voulait pénétrer dans la salle mais les organisateurs ont dit qu’ils devaient alors payer l’entrée et laisser leurs armes derrières eux. Le policier est tout simplement parti.

J.L. Burgos indique avoir tout d’abord pris ce harcèlement comme une plaisanterie. Mais, vers 18 h, la police est encore revenue, à la recherche des organisateurs : « Je leur ai à nouveau fait face et leur ai carrément demandé s’ils collectaient des renseignements. Les policiers n’ont pas été en mesure de répondre clairement. Ils étaient sur la défensive et ont quitté les lieux. Je leur ai dit qu’ils nous harcelaient. J’ai pris des photos des plaques d’immatriculation de leurs véhicules quand ils sont partis ».

Trois films documentaires étaient projetés à Sine Henerasyon: « Daughters of Cordillera » de Ilang-Ilang Quijano, « Portraits of a Mosquito Press » de J.L. Burgos et le controversé « Shapes of Crimson » de EJ Mijares. « Shapes of Crimson » est un documentaire sur la vie du lauréat des Prix Famas et Palanca, le scénariste Bonifacio Ilagan.

« Nous ne savons pas pourquoi vous devez nous surveiller. Nous ne sommes pas des criminels. Mais nous sommes armés de nos caméras et, surtout, de nos principes » leur a répondu J.L. Burgos qui est aussi le fils du combattant en faveur de la liberté de la presse, Joe Burgos.

Dans une déclaration, le Pinoy Media Center, organisateur de la projection, a indiqué trouver ironique le fait que les trois films concernaient des militants ayant combattu la dictature de Marcos et que la police a mené une forme de harcèlement digne de « l’ère de la loi martiale ».

« Le harcèlement évident de la police a jeté un froid sur une projection par ailleurs très réussie et festive de nos documentaires, sur lesquels nous avons travaillé pendant longtemps avec le soutien des institutions culturelles allemandes et françaises tout comme des corps artistiques nationaux » précisait le communiqué.

Le groupe de medias alternatifs a ajouté qu’il s’inquiétait que les « autorités armées de l’état aient le culot de nous interroger sur le contenu de nos films ».

« A notre connaissance, la liberté d’expression existe ou devrait exister. Nous ne devons tolérer aucune tentative d’utilisation du pouvoir des armes pour intimider n’importe quel réalisateur ou artiste qui essaie de produire des œuvres décrivant avec exactitude l’histoire des Philippines et la réalité sociale. » a indiqué le PMC en ajoutant : « Un tel harcèlement trahit combien les autorités de l’Etat traitent mal les medias et artistes indépendants et avec quelle facilité elles pensent pouvoir violer notre droit à communiquer librement ».

Dans une déclaration, l’Union Nationale des Journalises des Philippines a dit être « alarmée et irritée » par le « harcèlement notoirement illégal et sans-gêne » de la police envers les cinéastes. Elle a ajouté qu’ « il est clair que le QCPD a terriblement besoin d’un cours de recyclage sur sa devise, souvent citée mais souvent dédaignée, de ‘servir et protéger’, ce qui signifie non seulement nos vies et propriétés mais aussi les droits et les libertés garanties par notre Constitution, y compris de droit à la libre expression et à la liberté de la presse.

Traduction : Edith Disdet
Source (Janess Ann J. Ellao/Bulatlat): Police harass progressive Filmmakers
Photo : JL Burgos

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