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Amnesty International rétrograde Singapour… et prépare à l’ère post-Lee Kuan Yew

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Bastonnades, peine de mort, censure… Le classement d’Amnesty International dégrade la place de la cité-Etat en matière de droits de l’homme. Et prévient, quelques jours avant l’annonce du décès de Lee Kuan Yew, que l’état de santé des leaders pourrait influencer l’avenir du pays.

Détentrice du produit intérieur brut par habitant le plus élevé d’Asie à 62 400 US$ en parité de pouvoir d’achat, Singapour pointe à la septième place du classement des pays les plus riches du monde. Derrière ce profil attractif se glisse une anomalie : la ville la plus moderne d’Asie du Sud-est continue de recourir à la bastonnade à l’encontre des condamnés, ruine ses ennemis politiques et utilise les tribunaux pour faire taire ses opposants lors de procès en diffamation ou d’outrages à magistrat.

Un récent rapport d’Amnesty International illustre les contradictions du pays et sans l’affirmer ouvertement, laisse entendre que des changements pourraient être en cours. La représentante de la branche Asie du Sud-est d’Amnesty International, Margaret John, a remarqué lors de la diffusion du rapport que depuis son écriture « ces dernières semaines, des questions ont été soulevées concernant la Singapour du futur » en raison de l’état de santé incertain du fondateur de la Singapour moderne, Lee Kuan Yew (ce dernier est décédé à l’heure où nous publions cette traduction, quelques jours seulement après la parution de cet article, ndlr) et de celui de son fils, le Premier Ministre Lee Hsien Loong, qui a récemment été diagnostiqué d’un cancer de la prostate.

Lee Kuan Yew était hospitalisé pour pneumonie. Il restait en soins intensifs malgré les légères améliorations dont ont fait état les derniers rapports de santé.
Lee Hsien Loong, âgé de 63 ans, a initialement été diagnostiqué d’un lymphome au début des années 90. Il a subi une prostatectomie le 15 février au cours d’une opération qui a été annoncée comme un succès.

En dépit de sa prospérité et de sa modernité, Singapour est descendue d’un cran dans divers classements. Amnesty International a remarqué que la cité-Etat avait rétabli la peine de mort, exécutant deux trafiquants de drogue après un moratoire de trois ans. L’exécution de l’un de ces deux trafiquants s’est déroulée en mars 2014. Les cas de transformation de peine capital en emprisonnement à vie comprennent 15 coups de cane.

En 2012, dernière année pour laquelle les statistiques sont disponibles, les juges ont condamné 2 500 personnes à recevoir la bastonnade. 88% d’entre eux ont effectivement reçu la punition. Selon le Code de Procédure Pénale de Singapour, le condamné est dénudé et plié sur une barre rembourrée. Ses mains et ses pieds sont fixés avec des bandes de cuir. L’agent en charge d’administrer le châtiment délivre le nombre de coups prescrits au rythme d’un toutes les 10 à 15 secondes. Dans les cas où le condamné est blessé au point de ne pouvoir recevoir la suite de sa sentence, il est renvoyé devant le tribunal afin de convertir les coups prescrits non distribués en une peine de prison pouvant aller jusqu’à douze mois.

« La bastonnade demeure une peine utilisée pour diverses infractions, incluant les cas de violation des lois sur l’immigration et les actes de vandalisme. Elle est également une alternative à la peine de mort » remarque le rapport d’Amnesty International. En août, Yong Vui Kong, dont la condamnation à mort a été transformée en emprisonnement à vie incluant la bastonnade, a contesté cette dernière au motif que la Constitution interdisait la torture. Le jugement de la Cour d’Appel était en instance à la fin de l’année mais le Procureur Général a pris position en déclarant que la bastonnade ne pouvait être assimilée à de la torture et que la torture n’était pas interdite par la Constitution. »

Quant à la liberté d’expression, Reporters sans Frontières fait glisser Singapour de la 149è à la 150è sur 180 pays, juste devant la République Démocratique du Congo ravagée par la guerre.

« Les militants de l’opposition, les anciens prisonniers d’opinion et les défenseurs des droits de l’Homme ont exprimé leur inquiétude concernant le rétrécissement de l’espace octroyé au débat public sur les questions de liberté d’expression, de peine de mort, de droits des gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres, de droit du travail, de pauvreté et d’insuffisance du niveau de vie » note également le rapport.

Le gouvernement persiste à lancer des poursuites en diffamation contre les critiques. Il n’a jamais perdu un procès devant ses propres tribunaux. En mai, a constaté Amnesty International, Le Premier Ministre Lee a poursuivi le bloggeur Roy Ngerng Yi Leng pour diffamation après que ce dernier a accusé le Premier Ministre de « détournement criminel » de fonds de retraite publics dans son blog.

Malgré sa rétractation et ses excuses publiques ainsi qu’une offre de dédommagement, le Premier Ministre a requis un jugement en référé en juillet. Ngerng a été renvoyé de son poste dans un hôpital public en juin. Compte tenu de ses finances mises à mal par ses précédents procès perdus, Ngerng s’est tourné vers le crowdfunding pour financer sa défense juridique.

Par ailleurs, Singapour n’hésite pas à recourir à la Loi sur la Sécurité Intérieure datant de l’époque coloniale, comme c’est le cas pour douze présumés militants islamistes qui seraient toujours détenus sans procès.

Traduction : Elsa Favreau
Source (Asia Sentinel) : Amnesty International gives Singapore Low Grade
Photo : Aliénor Simon/AlterAsia

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