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Jokowi peut-il lutter contre la corruption en Indonésie?

16/03/2015 by AlterAsia in Corruption, Politique

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La Commission d’éradication de la corruption en Indonésie, la KPK, largement considérée comme l’institution publique la plus incorruptible du pays, voit de nouveau son pouvoir remis en cause sous la présidence de Joko Widodo, dit Jokowi, élu en juillet dernier.

L’actuel président avait axé sa campagne sur la lutte contre la corruption, mais les attaques contre la KPK et l’affaire qui a suivi ont mis en doute ses bonnes paroles.

Un juge de la Cour du district sud de Jakarta a en effet « annulé » les charges qui pesaient contre le commandant en chef de la police indonésienne Budi Gunawan, soupçonné de corruption par la KPK après avoir été désigné par Jokowi pour devenir le prochain chef de la police nationale. L’annulation du procès, pas loin d’être illégale, pourrait marquer un précédent et devenir un nouveau moyen de contourner l’influence de la KPK.

Malgré l’annulation des charges qui pèsent contre M. Gunawan, Jokowi doit toujours faire face à la pression publique pour annuler la candidature de M. Gunawan à la tête de la police nationale.

La décision de la KPK d’inculper M. Gunawan avait suscité des craintes au sein de la police indonésienne et amené cette dernière à se défendre de toutes accusations en accusant à leur tour les membres de la KPK sur des motifs inventés de toute pièce. Jokowi, qui avait joué sur son intégrité et sa volonté de débarrasser le gouvernement de la plaie de la corruption pour remporter les élections, est aujourd’hui dans une situation délicate.

Dans une conférence de presse télévisée le 18 février dernier, le président indonésien a déclaré qu’il suspendait temporairement le chef de la KPK, Abraham Samad, et le député en chef Bambang Widjojanto en raison des charges qui pèsent sur eux après les accusations de la police nationale.

Il a de plus annoncé qu’il nommerait un chef de police intérimaire, Badrodin Haiti. Mais ce dernier semble à peine moins corrompu que M. Gunawan, selon une enquête du magazine Tempo. Dans un article publié en 2010, celui-ci avait stipulé que M. Haiti faisait partie des 23 chefs de police détenteurs d’un compte en banque bien garni très suspicieux au regard du salaire public. La richesse officielle de M. Haiti était estimée en 2014 à 8,2 milliards de roupies indonésiennes, soit 635 000 dollars. De plus, l’un des avocats de M. Gunawan a déclaré que c’est son client lui-même qui avait recommandé Badrodin Haiti pour le remplacer à la tête de la police nationale.

La décision du juge qui a décidé d’annuler les charges qui pèsent contre M. Gunawan a été violemment critiquée par ses pairs qui le soupçonnent fortement d’avoir passé un accord financier pour rendre ce jugement.

Cette affaire, survenue au début du mandat de Jokowi, soulève des questions sur sa détermination à préserver les intérêts de l’élite. La police nationale est en effet considérée comme l’une des organisations les plus corrompues d’Indonésie, bien que les tribunaux, la législature et l’administration ne soient pas en reste.

Tous les dossiers traités par la KPK, depuis sa création en 2003, se sont soldés par une condamnation pour corruption ou pots-de-vin, ce qui lui a évité d’être critiquée pour ces méthodes parfois controversées comme des écoutes téléphoniques ou de surveillance secrète afin de coincer certains hommes politiques les plus importants, y compris les membres proches de l’ancien président Susilo Bambang Yudhoyono, du Parti Démocratique.

L’affaire la plus délicate de la KPK a été sa querelle avec la Police Nationale en 2009 quand Susno Duadji, soupçonné d’être un chef détective, avait fait arrêter deux vice-présidents de la KPK sur des accusations de corruption. La KPK avait répondu en diffusant publiquement des conversations téléphoniques secrètes révélant une conspiration entre M. Susno Duadji et le bureau du ministre de la Justice pour ébranler la KPK. Avec le soutien de l’opinion publique, les deux détenus ont vite été relâchés et Susno Duaji avait finalement inculpé sur la base de différentes charges.

Jusqu’ici, la KPK avait donc poursuivi sa mission tout en semblant éviter soigneusement de se frotter au corps policier.

Résumé : Emeline mainy
Source (Correspondance/Asia Sentinel): Deal Seen on Indonesia Cop Controversy
Photo : Vanatman / Flickr

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