AlterAsia

Economie

Le parcours de Sisalio Svengsuksa, président d’une coopérative paysanne et député au Laos

sisalio_svengsuksaChaque année, le Comité catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) invite ses partenaires en provenance du monde entier. C’est l’occasion pour AlterAsia de rencontrer des acteurs de la société civile et de prendre des informations « du terrain ». Interview avec Sisalio Svengsuksa, président de l’Association pour le soutien au développement des Sociétés Paysannes (ASDSP), au Laos*.

AlterAsia : Vous êtes le seul membre du Parlement à ne pas faire partie du parti unique. Comment le vivez-vous ?
Sisalio Svengsuka :
Je suis le seul à ne pas faire partie du parti unique mais je ne suis pas opposé au parti. Je pense que la politique du parti est adaptée au pays. Par exemple, il y a 49 minorités ethniques qui n’avaient pas accès à l’éducation et étaient considérées comme des « serviteurs » avant l’arrivée des socialistes. Aujourd’hui ces derniers essaient de les intégrer en leur facilitant l’accès à l’éducation, à l’alphabétisation et à des formations professionnelles. Résultat : il y a des médecins et des ingénieurs issus de minorités ethniques. Elles sont aussi toutes présentes à l’Assemblée nationale.

A. A. : Comment avez-vous intégré la Parlement ?
S.S. :
En 2011, les députés cherchaient quelqu’un pour s’occuper de la question du développement rural. Une nuit, ils m’ont sollicité pour me présenter aux élections (il y a 15 députés élus sur 21 candidats). Après concertation avec ma famille, j’ai accepté et j’ai été élu à Vientiane. Après mon élection, je suis entré à la Commission d’economie, de plan et d’investissement. L’indépendance fait partie de mon caractère, je veux pouvoir dire ce que je veux.

A.A. : Quel est votre parcours ?
S.S. :
J’ai obtenu un doctorat de géographie à Bordeaux. Je fais partie des rares personnes qui sont retournées au Laos en 1975, après 12 années passées en France. J’étais contre l’influence capitaliste américaine. Je suis devenu professeur de géographie à l’Ecole Supérieure de Pédagogie et directeur adjoint de l’Ecole Normale. Depuis 1996, j’ai créé 3 structures : l’association de soutien de développement des sociétés paysannes (ASDSP) où l’on forme les paysans à la valorisation des ressources naturelles, une institution de micro-crédit sur le modèle de la Grameen Bank, la CCSP, destinée aux paysans formés par l’ASDSP et Lao Farmer Products, afin d’écouler leur production bio. Actuellement, nous faisons ainsi vivre 850 familles environ.

A.A : Quels sont les résultats aujourd’hui de ces trois structures solidaires ?
S. S. :
L’ASDSP a toujours les soutiens d’Oxfam et du CCFD. L’IMF est devenue un Fonds coopératif avec des actionnaires internationaux (DGRV en Allemagne, Solidarité internationale de développement et d’investissement (SIDI) en France, AlterFin en Belgique, Arabo-Bank en Hollande). Lao Farmer Products est une société mais nous n’avons pas accès au crédit car il s’agit d’un groupement de paysans et nous n’offrons donc pas assez de garanties pour les banques. C’est la seule société laotienne qui exporte des produits manifacturés. Elle a 31 salariés et dégage un chiffre d’affaires de 300 000 EUR. Parmi nos clients, figurent la Fédération Artisans du monde, Oxfam Boutique, GEPA (en Allemagne), Solidar’ Monde (la centrale d’achat d’artisans du monde)… Aujourd’hui, à cause de la réévaluation de la monnaie, nous devons faire face à une baisse des achats, nécessaires au préfinancement de notre production. Nous cherchons donc à nous développer sur le marché intérieur et au sein de l’ASEAN, où il y a encore peu de produits bio et nous essayons de voir comment répondre techniquement à leur cahier des charges, par exemple, pour le packaging la pâte de fruits de tamarin ou des pots de confiture.

A.A. : Vous êtes un défenseur de l’environnement, que pensez-vous de la politique de barrages hydrauliques en Laos ?
S.S. :
Nous sommes un pays enclavé. Je viens du Sud du Laos, j’ai été élevé aux poissons de la rivière et je connais très bien les cycles des poissons. Aujourd’hui, les oeufs éclos restent capturés sur le Tonlé Sap, au Cambodge et ils ne reviennent plus au Laos. Les barrages de Xayabury et de Don Sahong ont prévu des couloirs pour permettre aux poissons de remonter, par exemple. J’étais très heureux de lire que le barrage de Nam Theun II est l’un des meilleurs au monde, selon Eric Orsenna. Et le barrage de Xayabury a été en partie conçu par les ingénieurs qui ont étudié les migrations du Rhône !
Mais le Mékong est un fleuve international. Les Vietnamiens ont peur de manquer d’alluvions et les Thaïlandais ont des doutes sur la migration des poissons. On connaît les problèmes entre la Jordanie et Israël par exemple, alors pourquoi ne pas utiliser l’énergie dégagée par les chutes d’eau plutôt que de créer de grands réservoirs ?

Céline Boileau
Photo : Oxfam

* Note du CCFD : L’ASDSP a été créée en 1988 et a pour mission de soutenir le développement rural, afin de permettre aux paysans d’augmenter et de diversifier leur production. Le premier projet de l’association a été un projet de développement rural dans la région de Kasi ; il a permis aux paysans d’augmenter et de diversifier leur production (formations aux techniques agricoles, mises en place de systèmes d’irrigation innovants, désenclavement des villages, caisses d’épargne-crédit, développement de la conservation et de la transformation des produits alimentaires). A l’heure actuelle l’ASDSP est au cœur d’un réseau de l’économie solidaire (avec Lao Farmer Products et le Fonds Coopératif soutenu par la SIDI) dont l’objectif principal est de promouvoir le niveau des paysans, en équilibre avec leur environnement naturel et humain. Lao Farmer Products leur offre la possibilité de débouchés (transformation des produits récoltés puis commercialisation de près de 40 produits dans les réseaux de commerce équitable en Europe). Depuis avril 2008 et après 20 ans d’existence et de travail, l’ASDSP est officiellement enregistrée au Laos et a pu installer un bureau à Vientiane. En 2011, son fondateur a été le premier député à l’Assemblée nationale non affilié au Parti unique, il profite désormais de son siège pour faire du plaidoyer « en direct ».

Print Friendly

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.