AlterAsia

Politique

Vietnam : quel changement à l’horizon ?

Dung_Vietnam
Une année politique à venir intense, avec le Premier ministre Dung qui lutte pour rester au sommet.

La vie politique sera intense au Vietnam en 2015. A l’intérieur comme en dehors du Parti Communiste, l’attention des élites est rivée sur les résultats probables du Congrès du Parti qui se réunira en janvier 2016.

Les décisions politiques sont le monopole du parti, seul parti politique de droit et “ force dirigeant l’Etat et la société”. Les responsables actuels sont les successeurs des révolutionnaires qui ont mené le Vietnam à l’indépendance et à l’unification, il y a 40 ans. C’est de l’histoire ancienne pour les trois quarts de la population du pays.

La prétention du parti à gouverner dépend maintenant de sa capacité à régler les problèmes du 21è siècle. Bien qu’Internet ait élargi l’espace du débat politique (et permis de faire entendre une foule de dissidents et de critiques du régime), les 90 millions de citoyens vietnamiens ne sont pas tentés par des bouleversements politiques. Une relative prospérité a estompé mais pas effacé les souvenirs de 30 ans de guerre et de privations,. Les vietnamiens sont disposés à accepter un niveau élevé de contrôle étatique tant que le parti est capable de fournir stabilité et prospérité.

La stabilité n’est pas en cause. Les outils de persuasion politique du régime sont omniprésents. La prospérité – c’est-à-dire, le maintien de la croissance économique à un niveau de 7 à 8 % par an et une distribution équitable de celle-ci – est moins certaine. Les économistes s’accordent sur le fait que des politiques s’appuyant sur les atouts du Vietnam – en particulier sa main-d’œuvre jeune et disciplinée – devraient permettre une croissance très forte.

Cependant, le régime de Hanoï a trébuché ces dernières années. Le pari de transformer quelques entreprises publiques en sociétés compétitives au plan international ne s’est pas avéré payant. Presque au même moment, des efforts peu judicieux pour se sortir de la récession mondiale ont lamentablement échoué, laissant des milliers de projets immobiliers au point mort et imposant aux banques des prêts non performants. Matraquée par l’inflation et des taux d’intérêts élevés, la population a été mécontente. En 2012, des critiques de la politique du gouvernement ont été entendues à tous les coins de rues et vues dans des centaines de blogs dissidents.

Au sein du parti/Etat vietnamien, le pouvoir est concentré au Bureau Politique du parti. Espérant peut-être relever le moral du peuple, les collègues du Premier Ministre Nguyen Tan Dung au politburo l’ont désigné comme le bouc émissaire. Dung était en minorité – 3 pour et 11 contre dit-on – dans un vote du Bureau Politique. Le Premier Ministre s’est tourné vers les 200 membres du Comité Central du parti, a fait appel à tous ceux qui lui étaient redevables et a remporté le vote de confiance. Depuis, c’est l’homme à battre.

Le parti mène ses affaires à huis-clos mais il y a constamment des fuites dans la cyber-sphère. Ceci laisse à penser que l’antagonisme entre factions au sein du parti reste à un niveau étonnamment élevé. Cela fait un quart de siècle qu’on n’avait pas vu des divergences aussi vives sur les orientations au sein de l’équipe dirigeante du parti. La discussion se résume à trois problèmes : gérer la Chine, gérer les entreprises publiques et gérer la dissidence.

Autrement dit, une faction concentrée dans l’appareil du parti est en général conservatrice et une faction concentrée dans les institutions gouvernementales est, à l’inverse, décrite comme “ouverte d’esprit”. Pour des raisons pratiques, nous les appellerons faction du parti et faction du gouvernement.

Gérer le conflit sur la Mer de Chine du Sud

Une Chine renaissante, déterminée à imposer son hégémonie sur la mer de Chine du Sud, si ce n’est sur l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, fait peser une grave menace stratégique sur le Vietnam. Le maintien de l’identité nationale et de l’intégrité du Vietnam face à des envahisseurs étrangers – principalement Chinois – est le leitmotiv de la longue histoire de la nation.

La faction du parti conseille la retenue face aux provocations chinoises, sur la base du raisonnement que Pékin commande une écrasante puissance militaire et économique et que, bien que l’intérêt des autres puissances dans la région fluctuera, la Chine sera toujours dangereusement adjacente. La faction du gouvernement a poursuivi des alliances stratégiques avec des partenaires de l’ASEAN qui partagent ses vues, le Japon, l’Australie, l’Inde, la Corée du Sud et particulièrement les Etats-Unis – le tout afin de contrebalancer les ambitions chinoises.

Gérer les entreprises d’Etat

Les entreprises viêtnamiennes détenues par l’Etat commandent des secteurs clefs de l’économie et absorbent des ressources tout en créant relativement peu de richesses. Pour ce qui concerne la restructuration économique, la faction du parti a tendance à voir les industries appartenant à l’Etat comme « un outil important pour la mise en œuvre des politiques ». Elles sont pour eux moins problématiques que la corruption endémique.

Print Friendly

Pages : 1 2 3

Tagged

Voir aussi

Copyrights
Rejoignez-nous!
Je soutiens AlterAsia !

Ce n'est que grâce à vos dons qu'AlterAsia peut proposer une information alternative de qualité et gratuite. Soutenez-nous !

Vous pouvez choisir d'utiliser une carte bancaire si vous n'avez pas de compte Paypal en cliquant sur "Continuer" en bas à gauche de la page Paypal.