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Minorités ethniques et agroécologie : la jeune génération s’organise pour préserver ses traditions

minsinvang

Chaque année, le Comité catholique contre la Faim et pour le Développement CCFD invite ses partenaires en provenance du monde entier. C’est l’occasion pour AlterAsia de rencontrer des acteurs de la société civile et de prendre des informations « du terrain ».
Interview avec Vang Sin Min, secrétaire du Réseau des Jeunes Eco-Agriculteurs de SPERI*, grâce à la traduction de Mme Dang To Kien, coordinatrice des programmes de recherche LUPAPA (analyse de la politique d’aménagement du territoire pour la réduction de la pauvreté).

AlterAsia : Comment avez-vous connu SPERI et qu’est-ce que cela vous a apporté ?
Vang Sin Min :
Je fais partie de la minorité Hmong, au Nord-Ouest du Vietnam. J’ai connu SPERI en 2006. L’organisation avait un bureau dans la province de Lao Cai et un ami m’a parlé de leur école d’agriculteurs**. Ce qui m’a plu, c’est qu’il s’agit de l’apprentissage de la culture traditionnelle, enseignée par les anciens eux-mêmes.
Car il y a une manière d’entretenir, de cultiver et de récolter typiquement hmong, comme notre culture en terrasse à flanc de collines abruptes en témoigne. C’est aussi utile pour s’éviter une trop lourde charge sur nos épaules. Mais c’est plus que de la technique. C’est un « feeling », une culture pour apprendre à vivre bien. La terre a un esprit que nous devons respecter et honorer. Avant de couper un arbre, nous prions pour demander son accord à l’esprit. Après, nous suivons un comportement sécifique pour prendre soin de la terre.
J’ai alors pris confiance en ma culture, je me suis senti fier et mon travail prenait un sens.

AA : Comment et pourquoi est né le Réseau des jeunes éco-agriculteurs ?
V. S.M. :
En 2008-2009, j’ai voyagé dans tout le pays, à la rencontre d’autres minorités ethniques. Cela a renforcé ma conviction de la valeur de la connaissance des minorités ethniques. Parallèlement, j’ai constaté que dans toutes les minorités, il y avait un fossé qui se creusait entre l’ancienne et la nouvelle génération. J’y ai beaucoup réfléchi à mon retour de voyage. En perdant cet intérêt pour les cultures anciennes, les jeunes ont tendance à se chercher dans la société. Elles ont perdu ce qui donnait du sens à la vie de leurs ancêtres. Cela me tourmentait et je sentais que je devais faire quelque chose. C’est un enjeu important quelle que soit la minorité et en tant que personne issue de minorité, c’était aussi ma responsabilité.
A mon retour, j’en ai donc parlé aux anciens qui avaient assuré mon enseignement chez SPERI. Et nous avons créé ce réseau.

AA : Comment a-t-il évolué ?
V.S.M. :
Au départ, nous avons fait un échange avec l’école de HEPA, au centre du Vietnam. Nous avons ensuite créé une association des anciens élèves car après les études chacun repart chez soi, mettre en œuvre les pratiques écologiques apprises. Aujourd’hui, nous nous réunissons chaque année. Et plus seulement au Vietnam, mais aussi au Laos et en Thaïlande, pour actualiser nos connaissances et décider des prochaines orientations de l’association. Et je suis fier de vous annoncer qu’ils m’ont élu pour les guider, au moins spirituellement. Personnellement je suis juste heureux, d’être respecté et de contribuer à ce travail.

Céline Boileau
Photo : C.B.

* Rappel du CCFD : SPERI a été fondée par Mme Tran Thi Lanh en 1990 alors qu’elle effectuait des recherches pour sa thèse en biologie sur les cultures traditionnelles, notamment les plantes médicinales, utilisée par les femmes Dao, une ethnie montagnarde du Nord du Vietnam. Interpellée par leur isolement, la méconnaissance complète de leur situation et l’originalité des systèmes de solidarité développés par ces femmes, Mme Tran Thi Lanh a commencé à travailler avec les groupes ethniques dans le but de valoriser leur culture. Très vite, l’action s’est transformée en défense de leurs droits et valorisation de leur rôle, notamment à travers la création de réseaux entre différents groupes ethniques. Les paysans issus des minorités sont formés par SPERI au sein des écoles paysannes de terrain qui privilégient l’apprentissage de la perma-culture, théorie holistique qui repose sur des principes éthiques : prendre soin de la terre, prendre soin de l’humain (de soi-même et de sa communauté), partager équitablement (limiter la consommation et la reproduction). Les agriculteurs formés par SPERI, représentent les nouvelles générations de leaders paysans capables d’impulser des changements. Ils se mobilisent également pour défendre les droits fonciers des minorités ethniques dont les terres font l’objet de prédation, sur l’ensemble de la zone Vietnam – Laos – Thaïlande.

** De 2006 à 2009, 57 personnes ont été ainsi formées, issues de différentes minorités ethniques.

Lire aussi : “L’agroécologie pour défendre les traditions indigènes au Laos et au Vietnam”, Interview de Duong Quang Chau (Speri).

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