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Eradiquer l’extrême pauvreté et la faim en Indonésie

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Le premier Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD) est d’éradiquer l’extrême pauvreté et la faim. Au titre de cet OMD, les pays se sont engagés à réduire de moitié la pauvreté entre 1990 et 2015. Grâce à différentes mesures sur la pauvreté, l’Indonésie a déjà atteint cet objectif avec succès. Néanmoins, d’importants défis subsistent, y compris une grande vulnérabilité, des disparités régionales, une pauvreté non-monétaire et la hausse rapide des inégalités.

Le premier OMD a 3 objectifs :
– Entre 1990 et 2015, réduire de moitié la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour ;
– Atteindre le plein emploi productif et un travail décent pour tous, y compris pour les femmes et les jeunes ;
– Et entre 1990 et 2015, réduire de moitié la proportion de personnes qui souffrent de la faim.

Dans cet article, nous nous concentrons sur le premier point. Cet objectif aborde aussi en partie le second point. Échapper à la pauvreté de revenu dépend d’un emploi décent, alors qu’avoir un revenu suffisant pour acheter de la nourriture est essentiel pour éviter la faim.

Il y a différentes façons de mesurer la pauvreté en Indonésie. Le gouvernement travaille sur le coût pour acheter assez de nourriture dans les zones urbaines et rurales, dans chaque province, pour tous les membres de la famille, ainsi que sur un montant modeste pour les biens et services essentiels, tels que le logement et le transport. En 2014, c’était autour de 300 000 roupies indonésiennes par personne et par mois.

Par cette mesure, la pauvreté a diminué de moitié entre 1990 et 2014, et se situe actuellement à 11%. Si nous utilisons le seuil d’extrême pauvreté de la Banque mondiale qui est de 1,25 dollars par jour, la pauvreté est tombée à 16% en 2011, soit une baisse de 70% par rapport à 1990. Ces mesures visent différents objectifs : le taux de pauvreté national rend mieux compte de l’évolution de la pauvreté dans le pays, tandis que le taux de 1,25 dollars permet des comparaisons internationales. Cependant, les deux taux montrent que l’Indonésie a déjà réalisé avec succès l’objectif de réduire de moitié la pauvreté avant la date butoir de 2015.

Les défis à venir

Toutefois, les défis à relever restent nombreux. Les écarts de pauvreté à travers les régions, le grand nombre d’Indonésiens vivant juste au-dessus du seuil de pauvreté et qui risquent de retomber dedans, la grande pauvreté dans d’autres domaines importants tels que la santé et les conditions de vie, et la montée des inégalités, tout cela signifie que combattre la pauvreté dans un monde après OMD sera plus dur que jamais. Pour l’avenir, que signifient ces défis pour le cadre de développement de l’Indonésie?

Les politiques et stratégies qui ont réussi dans le passé ne seront pas nécessairement valables. Le monde dans lequel nous vivons est en train de changer rapidement et devient de plus en plus complexe, nous devons donc faire face à de nouveaux défis qui auront besoin de nouvelles solutions. Il est clair qu’une approche universelle ne fonctionnera pas. Ce qui a effectivement permis de réduire les taux de pauvreté dans une grande partie de l’Indonésie peut ne pas fonctionner ailleurs, comme dans la lointaine Papouasie.

De plus, de nos jours, les régions pauvres et les populations pauvres ne sont pas les mêmes. Quand les OMD ont été convenus, la pauvreté était élevée dans la majorité de l’Indonésie. Maintenant, la plupart des pauvres vivent dans des régions non-pauvres, tandis que les régions les plus pauvres ne représentent plus que peu de personnes pauvres au regard du pays.
Par exemple, l’Indonésie orientale est l’une des régions les plus pauvres du pays, avec une pauvreté autour de 20% à Maluku, à l’Est et l’Ouest de Nusa Tenggara, et environ 30% en Papouasie. Toutefois, seulement 11% des pauvres indonésiens vivent dans ces provinces. Dans le même temps, plus de la moitié (55%) vivent sur l’île de Java, où la pauvreté est juste au-dessus de 10% en moyenne.

Nous devons également accepter que la pauvreté va de plus en plus avoir un visage urbain. Alors que nous avons beaucoup appris sur ce qui fonctionne dans les zones rurales, il y a encore beaucoup à apprendre sur ce qui conduit à la pauvreté dans les villes. Nous devons découvrir comment atteindre à la fois les zones urbaines pauvres et les pauvres dans les zones urbaines non-pauvres, tout en continuant de répondre aux ruraux et aux zones rurales pauvres.

Les chances de retomber dans la pauvreté sont élevées en Indonésie. En plus des 28 millions d’Indonésiens vivant en dessous du seuil national de pauvreté, il y en a 68 millions qui vivent juste au-dessus de ce seuil et qui sont donc vulnérables face à la pauvreté s’ils subissent un choc comme la maladie, la perte d’emploi ou une mauvaise récolte. En fait, chaque année, la moitié des pauvres n’était pas pauvre l’année précédente. Par ailleurs, malgré des réductions significatives de la pauvreté économique, la pauvreté reste élevée dans un certain nombre d’autres aspects.

Par exemple, 72% des Indonésiens vivent dans des logements surpeuplés, mal construits, ou manquant d’eau potable, de conditions sanitaires décentes et d’électricité. 37% des enfants indonésiens de moins de 5 ans sont sous-alimentés et plus petits que ce qu’ils devraient être. Souffrir de malnutrition affectera leur réussite scolaire, ainsi que leur état de santé une fois adultes et leur revenu.

Enfin, l’inégalité augmente rapidement. En 2002, les 10% d’Indonésiens les plus riches vivaient déjà avec autant de revenus que les 40% plus pauvres. Maintenant, ces 10% consomment autant que les 52% de pauvres. Lorsque la croissance économique impressionnante de l’Indonésie n’est pas partagée par tous, la réduction de la pauvreté et de la vulnérabilité est beaucoup plus difficile.

Lutter contre la pauvreté après les OMD

Que faut-il pour résoudre ces problèmes dans le monde post-OMD? Tout d’abord, plus d’emplois et de meilleurs emplois. Les jeunes Indonésiens ont besoin d’avoir un bon travail avec un bon salaire à leur disposition quand ils vont commencer à travailler. Cela suppose que l’économie continue à croître fortement, qu’il y ait aussi plus de routes, de ports et de ponts pour rendre l’économie plus efficace. Cela signifie des lois et des règlements qui encouragent les entreprises à investir, croître et créer des emplois. Et enfin que les jeunes auront besoin d’être formés et d’acquérir les compétences que les employeurs recherchent.

Deuxièmement, il s’agit de renforcer la protection sociale pour tous les Indonésiens, de façon à ce que les pauvres puissent sortir eux-mêmes de la pauvreté, que les plus vulnérables soient protégés des bouleversements qui les rendraient pauvres, et que tout le monde puisse avoir la chance d’accéder à la classe moyenne. Il faudra également travailler sur la façon de soutenir le nombre croissant de personnes âgées.

Répondre à ces défis exige la participation du plus grand nombre. Cela signifie associer les pauvres, qui ont besoin d’avoir plus d’autonomie pour s’aider eux-mêmes. Mais il s’agit aussi d’impliquer toute la société : les gouvernements centraux et locaux, la société civile, les partenaires internationaux de développement et le secteur privé.

Traduction : Elodie Prenant
Source (Vivi Alatas et Matthew Wai-Poi / Inside Indonesia) : Eradicating Extreme Poverty and Hunger

Photo : Cuci Mata / Flickr

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