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Cambodge « Après la hausse de leur salaire, les ouvrières du textile font face à l’aumgentation de leur loyer »

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Chaque année, le Comité catholique contre la Faim et pour le Développement CCFD invite ses partenaires en provenance du monde entier. C’est l’occasion pour AlterAsia de rencontrer des acteurs de la société civile et de prendre des informations « du terrain ».
Interview avec Pisey Ly, coordinatrice de l’alliance United Sisterhood*.

AlterAsia : Quelle est la campagne que vous soutenez actuellement?
Pisey Ly :
Nous menons une campagne sur la santé et les droits humains. Elle a commencé en 2009. Elle revendique non seulement un accès gratuit aux soins pour les pauvres, mais aussi un accès à des soins de qualité. Et nous ne parlons pas seulement des soins fournis par le service public, mais aussi de ceux fournis par les donateurs ou les ONG. Aujourd’hui, beaucoup de personnes font face à ce même problème, qu’il s’agisse des enfants, des travailleurs du divertissement ou de l’industrie du sexe, du textile, des migrants ou des urbains, toutes générations confondues : elles dépensent beaucoup d’argent dans les services de santé, parfois même elles doivent s’endetter pour accéder aux soins !

A. A. : Les ouvrières du textile vivent-elles mieux depuis les manifestations de décembre 2013 ?
P. L. :
La campagne pour le salaire minimum dans le textile fait moins parler d’elle depuis la répression de janvier 2014 mais la situation n’a pas vraiment changé car la hausse de salaire s’est accompagnée d’une hausse du loyer de leur dortoir. Pour avoir un toit, elles paient environ 35 dollars par mois. Ensuite il faut payer les sanitaires, la gestion des déchets et l’électricité.
Nous rassemblons actuellement près de 400 personnes pour identifier leurs besoins et les services sociaux à interpeller. Nous voulons mobiliser à partir de la base, nous ne voulons pas d’un énième plan qui nous vienne « d’en haut ». Cela prend du temps mais les gens savent ce dont ils ont besoin, ce qu’ils veulent et auprès de qui ils le veulent.
Nous faisons donc de la mise en relation, y compris entre différents secteurs : qu’il s’agisse du secteur du textile, de la pêche, des droits fonciers, des travailleurs du secteur formel ou informel, de la jeunesse… ils partagent parfois les mêmes enjeux, comme la sécurité alimentaire, par exemple.

A.A. : Vous vous intéressez également à l’intégration du Cambodge à l’économie de marché au sein de l’ASEAN. Pouvez-vous nous en dire plus ?
P. L. :
Nous faisons de la prévention car la population est très peu informée de ce qui se passe au niveau des négociations de l’ASEAN. Nous analysons ce modèle de développement, et notamment en termes d’impact sur les ruraux ou les urbains. Nous les aidons à identifier des partenaires et à se connecter pour qu’ils ne restent pas seuls en cas de problème et de les renforcer afin qu’ils s’organisent et qu’ils parlent collectivement d’une seule voix. Nous pensons qu’ils peuvent influencer la politique, donc on les aide à avoir un esprit critique.

Céline Boileau
Photo : Kyle Cruz
* Rappel du CCFD : United Sisterhood est un réseau de mouvements de femmes cambodgiennes actives dans la défense des droits des travailleuses vulnérables (notamment dans les usines de textile) et la mobilisation des différents mouvements sociaux en zone urbaine et rurale pour obtenir un changement social. Le réseau a comme objectifs : la fin des discriminations au Cambodge et le respect des droits humains, une société démocratique et équitable, une réelle implication des mouvements populaires et un accès pour tous à des soins médicaux de qualité.

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