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Tacloban : la ville philippine dévastée enfin reconstruite

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Cette reconstruction constitue un véritable test pour le gouvernement Aquino alors que les victimes de Haiyan trouvent de nouvelles maisons.

Ridge View Park est un nom qui sonne chic et qui fait plutôt penser à l’expansion immobilière moderne haut de gamme dans les grandes villes à travers les Philippines. Mais à Tacloban, où s’est produite il y a plus de 15 mois la catastrophe du typhon, ce lotissement résidentiel sera accordé à des familles pauvres dont les baraques ont été anéanties.

Le super typhon Haiyan, connu aux Philippines sous le nom de Yolanda, est sans doute la plus puissante tempête qui ait jamais touché terre. Il a frappé l’île de Leyte le 7 novembre 2013, avec des vents soutenus de 315 kilomètres/heure sur une minute, ce qui en fait le plus fort cyclone tropical jamais observé. Mais, plus que les vents, c’est une onde de tempête de 4,5 mètres qui a démoli Tacloban

La férocité de la tempête et les ravages impressionnants qu’elle a causés en balayant l’île de Leyte a donné lieu à une mobilisation internationale sans précédent. Selon les médias, les agences locales et nationales ont collectivement déployé 18 177 personnes, 844 véhicules, 44 bateaux de haute mer et 31 avions pour des opérations diverses. Des critiques ont condamné le gouvernement à la fois pour son manque évident de préparation et pour la coordination entre les organismes gouvernementaux. Cinq jours après le passage du typhon, les survivants manquaient toujours du strict nécessaire.

Ainsi, après la mise en route des opérations de secours, la reconstruction de Tacloban et du reste de Leyte est devenue un test de détermination de l’administration Aquino à remettre en ordre la région touchée.

Construire un canton à partir de rien, surtout dans un pays où l’infrastructure est, au mieux, en-dessous des normes, signifie relier les routes aux marchés, rétablir l’électricité et l’eau courante, ouvrir des écoles pour les enfants. Amilah Rodil, coordinatrice sur le terrain pour l’Agence Habitat des Nations Unies, a indiqué que la solution immédiate pour la ville avait été une relocalisation massive plutôt que la qualification des zones à risque comme quartiers « non-constructibles» et d’autres comme nécessitant un système d’alerte contre les typhons qui reviennent suffisamment souvent année après année. « Cela aurait pris une ou deux décennies pour voir le résultat, a-t-elle ajouté. Un grand nombre d’agences doivent être sur la même longueur d’onde. Cela aurait pu déboucher sur quelque chose de bien mais la ville est sous pression et les agences doivent montrer qu’elles font quelque chose. On n’avait pas le temps pour penser à d’autres solutions. De plus, quand une catastrophe se produit, la tendance est de créer quelque chose de nouveau mais c’est difficile à faire, car les gens veulent simplement revenir là où ils étaient avant. »

Il faut encore voir si ça va réussir. Est-ce que les gens vivront là ? Est-ce que cela améliorera leurs vies ? La construction rapide de Ridge View Park fait partie d’une demi-douzaine de projets de logements sur 100 hectares situés à bonne distance du centre-ville, qui, après la catastrophe, avait l’air d’un terrain vague apocalyptique. Environ 14 000 familles pauvres doivent en bénéficier, selon la mairie, qui essaie de combler son retard et respecter une date limite pour ce qu’elle considère comme un nouveau canton plus éloigné des risques des ondes de tempête.

Ridge View Park ressemble à n’importe quelle série d’habitations mitoyennes, de conception spartiate et manquant d’esthétique, dans une plaine avec vue sur des collines accidentées. Mais pour les victimes pour qui cela va devenir leur maison, ce sera grandiose par rapport aux colonies de squatters où ils ont vécu, des cabanes faites de bouts de bois, de morceaux de bâches en lambeaux et de tôles.

« C’est beau parce que c’est en béton » a déclaré Elsie Apolinar, dont le mari fait partie des plus de 7 000 personnes qui ont péri ou sont toujours portées disparues depuis le typhon. Sa famille, avec trois enfants qui ont survécu, a été choisie par un tirage au sort organisé par le gouvernement local, exigeant qu’elle paie 200 Pesos philippins (4,52 US$) par mois durant les 30 prochaines années – voire plus après une période de deux ans – pour que la propriété soit à son nom.

Si tout va bien, les autres projets de logements, avec des noms tels que Villa Diana, les Tonnelles de North Hills, les Hauts de Salvacion, sont censés être terminés pour le quatrième trimestre de cette année. C’est peut-être un calendrier optimiste étant donné les retards bureaucratiques habituels et les exigences d’un partenariat avec le secteur privé. Mais « nous arrivons à ce que les pièces du puzzle soient assemblées », a déclaré Maria Lagman, en charge du Département Logement à l’Hôtel de ville. « Nous avons fait tout ce chemin malgré les problèmes. »

Outre le choc et le chagrin, la reconstruction de la ville de Tacloban a beaucoup souffert de la politique, de la confusion et du manque de préparation. Le Président Benigno Aquino III a dû mettre en place un bureau spécial pour accélérer le rythme après que les agences gouvernementales missionnées légalement et supposées avoir mis au point un plan directeur sur la base d’un rapport d’ »évaluation des besoins post-catastrophe », se sont retrouvées aux prises avec des retards démesurés.

À la fin de 2014, environ un an après le passage dévastateur de Haiyan, le plan directeur établi par le Bureau de l’Assistant Présidentiel pour la Réhabilitation et la Reconstruction [OPARR] a été approuvé par le Président. Il concerne 175 villes dans les provinces touchées dans un rayon de 50 km autour du point d’arrivée à terre du typhon.

Rien que pour la ville de Tacloban, capitale de la province de Leyte et carrefour commercial de la région orientale de Visayas, il a fallu 1 milliard de Pesos Philippins pour réparer les maisons et les bâtiments endommagés.

Toutefois, l’OPARR manque de fonds et a eu fortement recours à des donateurs privés, principalement des grandes entreprises et des fondations ainsi qu’à l’aide des organisations humanitaires américaines. Il a toutefois réussi à obtenir du gouvernement environ le tiers du budget total d’aide à la reconstruction des provinces de 170 milliards de Pesos Philippins (3,7 milliards $US). « Si la position est de faire comme d’habitude, rien ne bougera, » a déclaré un fonctionnaire de l’OPARR qui a demandé à garder l’anonymat. « Le gouvernement est connu pour sa lenteur, la communauté internationale observe et ils ne voudraient pas être embarrassés. »

Après cela, la personne nommée par la présidence, Panfilo Lacson, surnommée par la presse le « tsar de la réhab, » a démissionné, disant qu’il n’avait aucun pouvoir pour réussir cette immense entreprise à part coordonner les efforts entre le gouvernement et les groupes privés. Le temps est compté pour que la ville de Tacloban serve d’exemple et les projets de logements qui sont conçus pour se développer hors du fatras urbain et loin des zones dangereuses pourraient rencontrer des obstacles car les élections nationales de 2016 approchent, avec le risque que de nouveaux fonctionnaires changent des plans dont l’exécution est déjà commencée.

A Ridge View Park, Elsie Apolinar fait partie des premières familles qui occupent une des maisons type de 22m². Elle en a transformé une partie en boutique, vendant des cigarettes et des provisions aux ouvriers du bâtiment sur place et la plupart du temps, ils lui achètent à crédit. Ici, elle se sent isolée, dit-elle. Ses amis des anciens bidonvilles viennent lui rendre visite. Ses enfants doivent marcher quelques kilomètres pour attraper un transport public qui les amène à l’école.

D’autres familles ont été hébergées dans des dortoirs temporaires en bois et d’autres encore sont retournées là où elles avaient l’habitude d’être sur le rivage où l’onde de tempête a pris tant de vies, ayant à nouveau reconstruit leurs abris avec les matériaux de récupération sur lesquels ils ont pu mettre la main. Ils n’ont pas reçu des autorités locales l’ordre de partir, peut-être en attendant la chance de leur vie et de recevoir de nouvelles maisons.

Traduction : Edith Disdet
Source (Criselda Yabes/Asia Sentinel): Stricken Filipino city finally rebuilds
Photo : Storm Crypt/Flickr

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