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Interview avec l’actrice Ornanong : lèse-majesté, délit d’opinion et « Thaïtitude »

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Ce doit être la première fois que des officiers de l’armée thaïlandaise assistent à toutes les représentations d’un même spectacle. Non pas que ces officiers soient impressionnés par le spectacle en lui-même mais son contenu est sensible : il traite du climat de peur, de la « Thaïtitude » superficielle qui est imposée et des prionniers coupables de lèse-majesté. La présence de ces officiers, qui ont pour mission de réaliser un enregistrement vidéo du spectacle et du public présent chaque soir de représentation, ne fait que renforcer le message de la nouvelle mise en scène d’une pièce de Bang-la-Merd : « La Terre qui ne m’appartient pas » (The Land I Do Not Own). Il est surréaliste mais pourtant vrai qu’Ornanong Thaisriwong, directrice et actrice solo de la pièce, joue sur scène une performance consacrée au climat de peur tout en étant surveillée et enregistrée par de véritables officiers de l’armée.

Ornanong a décidé de supprimer le premier acte du spectacle qui est le plus sensible au regard de la loi sur les crimes de lèse-majesté. En effet, les officiers lui ont demandé que B-floor, la compagnie de théâtre, envoie une lettre demandant la permission de mettre en scène le spectacle. « J’ai coupé le texte les larmes aux yeux », regrette Ornanong.

La nouvelle mise en scène de Bang-la-Merd, à laquelle assistent environ 40 personnes chaque soir, est en partie inspirée de l’arrestation de deux militants oeuvrant dans le théâtre, Pornthip M. et Patiwat S., principaux membres de l’ancienne compagnie Prakai Fai Karn Lakorn aujourd’hui disparue, qui ont été arrêtés et accusés de crime de lèse-majesté pour la mise en scène d’une de leurs pièces. Ornanong a en commun avec Pornthip sa profession mais aussi le surnom de « Golf ». Pornthip et Patiwat sont maintenant en prison. Ornanong explique que la version de 2012 de sa pièce a été inspirée par Amphon T., alias Akong SMS, un vieux monsieur accusé d’envoyer des SMS diffamatoires pour la monarchie qui est finalement décédé en prison en 2012.

Amitha Amranan, chroniqueuse au Bangkok Post, a écrit à propos de la pièce : « Je recommande ce spectacle, en particulier aux personnes travaillant dans les industries créatives. Si vous pensez encore que ce qui se passe tous les soirs dans la pièce de Bang-la-Merd arrive seulement en Corée du Nord, en Chine ou en Russie, venez voir le spectacle et discuter avec l’artiste. Et vous découvrirez la réalité. »

L’actrice, qui a remporté un prix, a accordé une interview à Thaweeporn Kummetha et Kongpob Areerat de Prachatai dans laquelle elle évoque son inspiration, son expérience de représentation sous surveillance militaire et la situation de la liberté artistique en Thaïlande.

Pourquoi avez-vous choisi de réaliser une nouvelle mise en scène de votre pièce à ce moment précis ?

C’est en réalité l’idée du producteur (du Thonglor Art Space). Il a ajouté cette pièce à la programmation de ce théâtre l’an dernier, avant le coup d’Etat. Il nous a invités et a programmé la pièce car il avait vu et apprécié la précédente version.

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