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Un moine raconte la persécution des bouddhistes sous le régime Khmer Rouge

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Le moine en charge de la province de Kampot est devenu lundi 16 février le premier moine bouddhiste à témoigner publiquement devant le tribunal spécial Khmer Rouge. Il a décrit à la Cour les termes utilisés par les cadres khmers rouges pour désigner les membres du clergé bouddhiste, des « sangsues et des vers », lorsque le régime de Pol Pot s’efforçait d’éradiquer la religion dans le pays.

Em Phoeung a rejoint le district de Tram Kak dans la province de Takeo, après que les Khmers Rouges eurent vidé la capitale en 1975, et s’est défroqué environ un an plus tard. Il se souvient d’avoir entendu parler de purges de moines, et a expliqué comment le régime avait essayé d’éradiquer complètement la religion pour laisser la place à une « culture du travail ».

« Après ces trois années, huit mois et vingt jours, il n’y avait plus de moines bouddhistes dans la communauté monastique… Car, jeune ou vieux, nous avions dû nous mettre à travailler », dit Em Phoeung.
« Le principe était qu’il n’y aurait plus de Bouddhisme au Cambodge, parce qu’ils disaient que la religion n’amènerait aucun progrès, et il n’y aurait donc plus d’individus libres se contentant de rester assis calmement tout en mangeant la nourriture offerte par les autres » dit-il. Il ajoute que des réunions se tenaient régulièrement pour encourager les dénonciations de comportements religieux.

Em Phoeung dit ne pas avoir assisté personnellement à des massacres, mais il a expliqué à la Cour que l’un de ses moines lui a rapporté des meurtres de religieux dans la commune de Tram Kak Samraong, et lui avait conseillé d’éviter tout conflit avec l’Angkar afin de ne pas connaître le même sort.

Dans une contradiction totale avec les efforts du régime pour nettoyer le pays de ses racines bouddhistes – dont le fait de transformer des pagodes en prisons – Em Phoeung dit qu’on lui a demandé de bénir une trentaine de couples lors d’une cérémonie de mariages forcés en 1978.
Le moine qui réside désormais au Temple Chum Kriel à Kampot, dit qu’il a lui-même échappé à un mariage forcé, malgré l’insistance du chef de son village.

« Ils disaient tu n’es plus tout jeune, tu devrais te marier, mais j’ai répondu que je n’avais pas besoin de femme car l’Angkar était magique… Après ils ont gardé le silence et m’ont ignoré jusqu’à la libération » dit-il, en ajoutant que d’autres amis moines comme lui ont été forcés de se marier.

A la suite du témoignage de Em Phoeung, les avocats de la défense de Nuon Chea et Khieu Samphan qui sont jugés pour crimes contre l’humanité et génocide, ont demandé que les audiences soient suspendues le temps d’étudier quelque 300 nouvelles dépositions soumises par l’accusation dans le Dossier 004 en cours.

Les avocats insistent sur le fait que ces documents pourraient être reliés aux accusations de crimes perpétrés dans le district de Tram Kak et à la prison de Kraing Ta Chan, au centre de la deuxième phase du Dossier 002, et pourraient avoir un impact sur les témoignages à venir.

Traduction : Louise de Nève
Source (/Cambodia Daily)
https://www.cambodiadaily.com/news/monk-tells-of-persecution-of-buddhists-under-khmer-rouge-78104
Photo : Max R / Flickr
Cambodia

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